Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

L’argent mobile, un écosystème à sécuriser

L’Afrique regroupe 48 % des utilisateurs d’argent mobile dans le monde. Mais a-t-on bien mesuré l’impact et les enjeux de l’essor fulgurant des transactions mobiles sur le continent ?

Par James Claude, PDG de Global Voice Group

L’Afrique peut se targuer d’être pion­nière et leader mondial en matière d’argent mobile, entraînant dans son sillage une cascade de services financiers connexes qui permettent progressivement au continent de panser sa principale plaie économique, l’exclu­sion financière.

Afin d’assurer la sécurité et la confor­mité de cet écosystème financier, Global Voice Group (GVG) propose aux gouver­nements, en partenariat avec les autorités réglementaires, de superviser en temps réel toutes les transactions d’argent mobile sur leur territoire.

Selon le rapport 2018 de la GSMA sur l’argent mobile, le continent regroupe 48 % des utilisateurs dans le monde, devant l’Asie du Sud. Si, en Afrique de l’Est, le Kenya a ouvert la voie en lançant M-Pesa en 2007, ce modèle a rapidement fait des émules chez ses voisins, la Tanza­nie et l’Ouganda, historiquement en pointe dans l’usage de l’argent mobile.

En Afrique de l’Ouest, le Ghana se distingue par le nombre de transactions mobiles enregistrées, dont la valeur représente désormais 75 % du PNB, sous l’effet conjugué de mesures réglementaires fortes et d’une collaboration accrue entre opérateurs et système financier classique.

Aujourd’hui, ce sont quelque 350 millions d’utilisateurs qui n’ont qu’à piocher parmi les 135 services d’argent mobile disponibles sur le continent. Des services émanant en premier lieu des télécoms, très vite rejoints par le secteur bancaire lui-même.

Il est d’ailleurs intéressant d’observer l’état de maturité de ce marché et les rela­tions qui en découlent, entre banques et opérateurs.

Comme le pointe une étude de McKinsey & Company, Mobile finan­cial services in Africa : winning the battle for the customers (septembre 2017) dans les marchés matures (Tanzanie, Kenya, Ouganda, Ghana et Rwanda), l’évolu­tion du cadre réglementaire a permis à certains opérateurs de concurrencer les petites banques.

C’est ainsi que M-Pesa, le service de transfert d’argent de Safaricom (80 % de parts de marché au Kenya), a bénéficié d’un paysage bancaire fragmenté au Kenya et en Tanzanie.

Si l’argent mobile est un levier écono­mique majeur sur le continent, c’est avant tout parce qu’il constitue un mécanisme…

Rendre visibles les flux financiers issus d’activités informelles, sécuriser les services de paiement en ligne, éliminer toute fraude liée aux services d’argent mobile, assurer à l’État des ressources complémentaires pour financer son développement… Autant d’enjeux qu’ont bien compris certains pays africains.

…d’inclusion financière des 66 % de la popu­lation non bancarisée en Afrique subsa­harienne, précise la Banque mondiale. Les Fintechs ont rendu les services financiers beaucoup plus accessibles, intégrant des millions d’Africains non bancarisés dans l’économie formelle. Pérenniser cette tendance implique de s’attaquer aux risques inhérents à ces services.

Failles de sécurité

Si les services financiers mobiles sont un vecteur d’inclusion financière dans la plupart des pays émergents, le chemin est encore long pour sécuriser cet écosystème. L’argent mobile n’est pas régi par les mêmes mécanismes ancrés et pérennes que ceux auxquels sont soumis les acteurs du secteur bancaire.

C’est pour­quoi les organismes de réglementation, à commencer par les banques centrales, sont appelés à jouer un rôle majeur dans la mise en oeuvre et le respect des règles KYC et AML – relatives à la vérification de l’identité des clients et à la lutte contre le financement du terrorisme.

C’est le seul moyen de sécuriser le marché, de le rendre conforme et exempt de fraudes.

Respect de la confidentialité

En avril 2019, MTN a reconnu qu’un piratage lui a coûté quelque 100 millions de shillings ougandais (près de 25 000 euros). En 2018, Airtel Kenya a perdu 6,7 millions de dollars suite à plusieurs vols d’argent mobile en interne.

Une vague de fraudes aux services financiers mobiles via l’échange de cartes SIM a aussi été enregistrée dans plusieurs pays africains cette année. Selon le Centre d’information sur les risques bancaires en Afrique du Sud (Sabric), ce genre d’agissements a doublé en un an dans le pays.

Rendre visibles les flux financiers issus d’activités informelles, sécuriser les services de paiement en ligne, éliminer toute fraude liée aux services d’argent mobile, assurer à l’État des ressources complémentaires pour financer son développement…

Afin d’assurer la sécurité et la confor­mité de cet écosystème financier, Global Voice Group (GVG) propose aux gouver­nements, en partenariat avec les autorités réglementaires, de superviser en temps réel toutes les transactions d’argent mobile sur leur territoire.

Objectif : fournir une vue claire et complète de l’évolution et des tendances du marché de l’argent mobile dans leur pays et permettre, à travers la collecte et l’analyse continue d’informa­tions clés, de veiller à l’application des normes en vigueur tout en garantissant le respect de la confidentialité des données des utilisateurs. Aujourd’hui, la société supervise 25 % des flux d’argent mobile en Afrique subsaharienne.

Rendre visibles les flux financiers issus d’activités informelles, sécuriser les services de paiement en ligne, éliminer toute fraude liée aux services d’argent mobile, assurer à l’État des ressources complémentaires pour financer son développement… Autant d’enjeux qu’ont bien compris la Côte d’Ivoire, le Kenya, la Tanzanie, le Zimbabwe et l’Ouganda.

Dans ce dernier cas, la taxe sur l’argent mobile, instaurée en juillet 2018, n’a eu aucun impact néga­tif sur l’activité de MTN, principal opérateur du pays.

Au contraire, son chiffre d’affaires pour le segment des transactions mobiles a augmenté de 30,7 % au premier semestre 2019, ce qui s’expliquerait avant tout par la croissance de sa clientèle dans l’inter­valle (+8,9 %). Gageons que cette dynamique fera tache d’huile dans d’autres pays déter­minés à prioriser l’inclusion financière, dans l’intérêt collectif.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts