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African Banker

Cameroun : L’outil méconnu du crédit-bail

Entre 2008 et 2017, le marché du crédit-bail est passé de près de 51 milliards de F.CFA à un peu plus de 116 milliards. Une croissance prometteuse dans un marché confronté à une sinistralité élevée et une fiscalité peu adaptée.

Douala, Fréderic Nonos

Le marché du crédit-bail est en nette progression depuis le lancement du « dispositif pilote d’appui à la modernisation de l’outil de production des entreprises du Cameroun par le crédit-bail », en 2013. Engagé par l’État et doté de 5 milliards de F.CFA (7,6 millions d’euros), ce dispositif, selon le ministère de l’Économie, a permis à 24 PME sur les 39 dossiers soumis, de bénéficier de plus de 1,5 milliard de F.CFA en capitaux.

Selon Pierre Kam, président de l’Association camerounaise du crédit-bail (Camlease), les encours du crédit-bail sont estimés à 130 milliards de F.CFA (200 millions d’euros) en 2018. Un marché local qui connaît un essor grâce à l’appui de la Société financière internationale (SFI) et des pouvoirs publics.

Le crédit-bail est un enjeu dans un pays où l’écosystème est constitué essentiellement de microentreprises. Au Cameroun, les secteurs les plus demandeurs sont l’agriculture, les infrastructures, les équipements médicaux et les énergies renouvelables.

En plus de la SFI, les crédit-bailleurs se sont aussi accrus passant de quatre en 2009 à sept en 2018 (Africa Leasing Company – ALC) du groupe Afriland First Bank, l’Association des sociétés d’assurance du Cameroun (ASAC), ALIOS-Finance Cameroun, Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (BICEC), la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA), le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM), PRO-PME Financement SA, la Société Générale Cameroun (SGC).

D’après un rapport de la Banque mondiale, contenu dans le manuel statique du crédit-bail en Afrique en 2017 et publié en avril 2018, ce marché a plus que doublé en une dizaine années. Entre 2008 et 2017, le marché du crédit-bail est passé de 90 à 205 millions de dollars. La Banque mondiale note que l’action du gouvernement camerounais a été déterminante dans l’atteinte de ce résultat. Elle a permis de lever les deux obstacles initiaux au développement du marché du crédit-bail dans le pays : le manque de cadre juridique et une fiscalité inadaptée.

En décembre 2010, le Cameroun a adopté une loi sur le crédit-bail. Les marges de progression du secteur au Cameroun restent importantes. L’institution de Bretton Woods évalue en effet le potentiel en matière de crédit-bail à plus de 450 millions $ (près de 255 milliards de F.CFA). Un enjeu dans un pays où l’écosystème est constitué essentiellement de microentreprises. Elles représentent 79,1 % des 209 482 entreprises recensées en 2016. Selon la Camlease, les secteurs les plus demandeurs sont l’agriculture, les infrastructures, les équipements médicaux et les énergies renouvelables.

Succès confirmé

Preuve de son succès, le crédit-bail a fait ses premiers pas dans le financement des coopératives agricoles. Le PIDMA (Projet d’investissement et de développement des marchés agricoles), financé à hauteur de 50 milliards de F.CFA par la Banque mondiale, et la Banque camerounaise des PME, ont signé en mai 2018, un accord de financement, dans l’optique de dynamiser la production du maïs, du manioc et du sorgho, en vue d’approvisionner les agro-industries en activité au Cameroun.

Au moins deux sociétés coopératives bénéficiaires du projet ont déjà été financées par crédit-bail. Selon le mécanisme de financement du PIDMA, en plus des subventions accordées aux sociétés coopératives et l’apport personnel des bénéficiaires (qui culmine à 10 % du montant du projet à financer), ceux-ci doivent ensuite compléter les financements nécessaires pour leurs projets auprès des institutions financières partenaires, qui se sont engagées à pratiquer des taux d’intérêt ne dépassant pas 9 %. Stratex, une PME camerounaise, est un autre exemple de succès du crédit-bail.

En moins de dix ans, l’entreprise a quadruplé son personnel et multiplié par 5 son chiffre d’affaires. Après s’être lancée dans la production d’ustensiles en plastique en 2004 avec ses 50 employés et un chiffre d’affaires de 300 millions de F.CFA, l’entreprise a souhaité moderniser son usine en chaîne sur la période 2009-2015, par une série de baux avec Africa Leasing Company (ALC). « Aujourd’hui, précise sa direction, Stratex emploie environ 200 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de F.CFA. L’entreprise a également étendu son réseau de distribution au Cameroun et à l’étranger, en tant qu’exportateur vers la Cemac. »

Taux de défaut élevé

Autant de réussites qui ne cachent pour autant les failles de ce mode de financement. À en croire Pierre Kam de Camlease, l’activité du crédit-bail n’échappe pas à la culture du non-remboursement observée dans le pays. « Plus de 15 % de taux de sinistres sont enregistrés. Et cette tendance se renforce d’année en année », révèle-t-il, avant de préciser que ce taux de sinistre dépasse 20 % pour les PME. « On ne peut pas continuer à prendre de risque sur ce compartiment, alors qu’on en a besoin pour soutenir la croissance de notre pays, si la fiscalité n’est pas adaptée », alertent les crédit-bailleurs.

Car le mécanisme présente encore plusieurs écueils à son expansion. La loi de 2010 fixe le taux d’intérêt prélevé chez le crédit-preneur par la banque à environ 10 %. Un taux d’intérêt jugé « excessif » par les investisseurs. À cela s’ajoute la frilosité des établissements financiers en surliquidité, qui rechignent à investir, en brandissant la faible crédibilité des PME. Pour contenir les risques, la Camlease préconise un renforcement de l’État des mécanismes de surveillance du crédit-bail, notamment par la création d’une centrale des risques de bilan. Ainsi que par la formation et la sensibilisation des investisseurs à ce nouveau mode de financement. 

ENCADRE

Un mécanisme complexe

Mécanisme de financement souvent méconnu des opérateurs camerounais, le crédit-bail, ou leasing, est une opération de crédit destinée au financement de l’acquisition de biens d’équipements, de matériels d’outillage ou de biens immobiliers à usage professionnel, spécialement achetés ou construits. Ces opérations de location, quelle que soit leur dénomination, donnent au locataire la faculté d’acquérir, tout ou partie des biens loués, moyennant un prix convenu, tenant compte, au moins pour parties, des versements effectués à titre de loyer.

Trois acteurs principaux interviennent dans le crédit-bail : le crédit-bailleur (banque, tout établissement de crédit ou de microfinance qui finance les opérations de crédit-bail), le crédit-preneur (personne qui utilise les biens loués pour les besoins de son activité professionnelle) et le fournisseur (personne physique ou morale qui met à disposition, pour raison commerciale, un bien choisi et spécifié par le crédit-preneur et qui fera l’objet d’un contrat de crédit-bail, au terme d’un accord d’achat/vente ou de construction selon un cahier de charges établi avec un crédit-bailleur). Ce mécanisme de financement est de plus en plus adopté par des investisseurs.

Une réponse à “Cameroun : L’outil méconnu du crédit-bail”

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