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African Banker

La BADEA porte son capital à 20 milliards de dollars

La Banque arabe pour le développement économique en Afrique change de dimension, afin de mieux financer les économies de ses pays membres et s’orienter davantage vers le secteur privé. Une opération permise par le soutien de ses actionnaires historiques.

Par Véronique Clara-Vérone

 

Le capital de la BADEA (Banque arabe pour le développement économique en Afrique) passe de 4,2 milliards de dollars à 20 milliards $. Lors du Conseil de ses gouverneurs, qui s’est tenu le 7 avril, la décision a été prise à l’unanimité des 18 actionnaires – pour autant de pays – de la banque. Ces actionnaires « souverains » sont membres de la Ligue des États arabes.

Ainsi, la nouvelle structure du capital sera constitué d’un capital autorisé total de 20 milliards $, dont 10 milliards $ seront souscrits par les actionnaires et 5 milliards $ sont déjà versés. Cette augmentation place la base de capital et la structure globale de la banque au même niveau que d’autres banques multilatérales de développement comparables.

Jusqu’à présent, la BADEA prêtait essentiellement aux États, pour des rendements assez faibles. La possibilité qui lui est offerte de faire appel aux marchés financiers va lui permettre de financer bien davantage de projets privés, sans doute plus risqués mais plus rémunérateurs.

Depuis fin février 2022, la banque est notée Aa2 avec perspective « positive » par l’agence Moody’s. [Lire notre article ici].

Entre autres arguments, les analystes rappelaient que les actionnaires comprennent des États dont la dette souveraine est « très bien notée », tels que l’Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït et le Qatar. Ces actionnaires « considèrent la BADEA comme la principale passerelle et catalyseur pour aider à coordonner le déploiement des fonds de développement arabes en Afrique » ; un atout même en l’absence de contrat formel.

C’est la première fois que du capital exigible (c’est-à-dire non encore appelé) est introduit dans sa structure de capital depuis sa création, voici 48 ans. Cette méthode permet à la banque de disposer d’un fonds de réserve de capitaux en cas de besoin, tout en respectant les différents ratios de solvabilité, puisque le capital n’est pas inscrit au passif. Le moment venu, ce capital sera assimilé à de la dette, il s’agira donc de la première fois que la banque s’endetterait depuis sa création. En effet, la banque a l’habitude de reverser l’ensemble de ses bénéfices à ses réserves et d’utiliser ses dernières comme contreparties de ses créances. Ces bénéfices ont avoisiné 1,3 milliard $ au titre de l’exercice 2021.

 

Soutien indéfectible des actionnaires

« La banque est un catalyseur important pour la coopération arabo-africaine en finançant des projets de développement prioritaires, en facilitant le commerce et en fournissant une assistance technique. Nous restons déterminés à soutenir tous ses besoins en capital, afin qu’il puisse continuer à atteindre les nobles objectifs pour lesquels il a été créé », commente Fahad Abdullah Aldossari, président du Conseil des gouverneurs.

De son côté Sidi Ould Tah, directeur général de la BADEA rappelle que depuis 1974, « la BADEA a financé plus de 730 projets et fourni plus de 890 subventions d’assistance technique dans 44 pays d’Afrique subsaharienne qui ont souvent du mal à attirer des financements compétitifs ». Pour le responsable, « tout cela a été réalisé en utilisant uniquement les fonds des actionnaires, et la banque n’a jamais eu besoin d’emprunter sur les marchés, grâce à ce soutien exceptionnel de nos actionnaires. » C’est pourquoi, estime-t-il, l’augmentation de capital d’aujourd’hui constitue « un témoignage clair de cet héritage continu de soutien indéfectible des actionnaires par le biais d’injections de capital en espèces ainsi que de capital appelable ».

Sidi Ould Tah

 

La conséquence, signalée par Moody’s, est que jusqu’à présent, la BADEA prêtait essentiellement aux États, pour des rendements assez faibles. La possibilité qui lui est offerte de faire appel aux marchés financiers va lui permettre de financer bien davantage de projets privés, sans doute plus risqués mais plus rémunérateurs. Sur un portefeuille d’investissement de 3,35 milliards $, tel qu’envisagé par le nouveau plan quinquennal, 50% seraient toujours dédiés au financement du secteur public, 30% iraient au financement du secteur privé, 18% pour le financement du commerce et 2% pour les aides.

Pour en savoir plus, lire l’entretien de Sidi Ould Tah avec Tom Collins (African Business) : « Chaque pays arabe souhaite investir en Afrique ».

 

La BADEA est une institution financière multilatérale dont le siège est à Khartoum, en République du Soudan. Elle a commencé ses opérations en 1975, un an après sa création, en fournissant des financements et une assistance technique pour le développement économique exclusivement en Afrique subsaharienne. La BADEA s’efforce de faciliter et de catalyser le flux de capitaux et d’investissements arabes et autres étrangers vers l’Afrique. Depuis 2015, la banque s’est également concentrée sur le commerce, tant le commerce arabo-africain que le commerce intra-africain.

@ABKF

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