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African Banker

Donald Kaberuka : Partenaire exécutif de Southbridge

Les compagnies multinationales sont très en pointe sur l’Afrique. Qu’est-ce qui vous différencie d’elles ?

Je commencerai par vous répondre que ces multinationales sont les bienvenues, car l’Afrique a besoin de capitaux, de technologies…

Pour le reste, il y a de l’espace pour tout le monde ! La spécificité de ce que nous apportons, est ce que j’appelle la combinaison de l’excellence globale et de la connaissance des réalités africaines acquises par l’expérience de gestion sur le terrain africain, que cela soit au niveau gouvernemental ou au niveau des entreprises et des organismes panafricains. Mes associés et moi-même considérons modestement que nous avons acquis une expérience en la matière, qui combine précisément cette excellence globale au niveau de la gestion et de l’organisation et cette connaissance des réalités locales. Tout le monde ne possède pas cette expérience. C’est pourquoi nous avons estimé qu’il serait bon de la mettre à disposition de nos entreprises et de nos gouvernements.

Cette expérience et la vision qu’elle vous donne des réalités africaines vous permettent-elles de vous trouver au coeur de l’émergence des « Afro-Champions » ?

La même question aurait pu être posée, il y a 25 ans, sur les Champions asiatiques. L’Afrique se trouve à un tournant important. Depuis le début des années 2000, quelque chose a changé sur le continent, que même la crise économique de 2008 n’a pas stoppé : une énergie nouvelle conduite par les dynamiques démographiques, par les nouvelles technologies, une jeunesse mieux formée, des diasporas qui s’intègrent de plus en plus dans le monde des affaires en Afrique. Les Champions ne sont pas nécessairement, à mon sens, de très grandes sociétés. Certaines grandes sociétés ne sont pas des Champions panafricains. 

En revanche, de petites sociétés, des start-up, ont la vocation de jouer demain leur partition à l’échelle du continent et internationale. Nous avons la capacité de les accompagner sur le plan du financement, de la structuration, de l’accès aux technologies et aux compétences.

Ces Afro-Champions peuvent-ils faire l’impasse sur l’industrialisation de l’Afrique ? Sur quoi faut-il s’appuyer aujourd’hui ?

Je pense que nous devons sortir progressivement de cette grille d’analyse, qui date des années 1990. L’Afrique connaît aujourd’hui de profondes mutations. La situation est inégale selon les régions, mais certains pays font des avancées considérables. Les Afro-Champions émergent ; le déficit d’infrastructures se résorbe petit à petit. Et malgré tous les obstacles qui ont empêché certains Afro-Champions d’émerger, nous devons sortir de cet afro-pessimisme qui a fait son temps. Le monde entier – l’Europe, l’Asie, les États-Unis, l’Amérique latine – est aujourd’hui confronté à des défis spécifiques. Nous avons les nôtres… Et aucun n’est insurmontable.

Pour autant l’Afrique est encore loin d’une organisation et d’une action cohérentes pour pouvoir émerger et entrer dans un cercle vertueux. Comment expliquez-vous cette impuissance africaine ?

Lorsque j’ai pris mes fonctions à la BAD en 2005, un ancien Premier ministre britannique avait prononcé un discours dans lequel il qualifiait l’Afrique de « plaie sur le monde ». À l’époque, tout le monde s’interrogeait sur les nombreuses initiatives qui pouvaient être prises en faveur de ce continent. Je n’ai jamais souscrit à ce type de discours, dont nous avons pris le contre-pied avec mes collègues. Nous nous sommes posé les questions sur les contraintes qui devaient être dépassées en matière d’infrastructures, de formation, d’intégration économique, etc. et nous nous sommes attelés à une autre vision, à un autre discours qui dit « c’est possible ». À la condition que les barrières soient levées.

Aujourd’hui, j’entends encore certains déplorer que le taux du commerce intra-africain ne soit que de 12 %. C’est un chiffre qui est souvent cité. Mais il suffit de regarder les cinq régions de l’Afrique séparément pour constater que les chiffres, en réalité, sont différents. En Afrique de l’Est, ce taux représente 26 % à 28 % du commerce total. C’est le même taux qu’en Asie du Sud-Est. La situation est identique pour la zone Cedeao et celle de la Comesa. En Afrique centrale et en Afrique du Nord, il est vrai que les échanges sont plus limités, ce qui explique que le taux moyen soit si faible. Mais nous constatons néanmoins des changements majeurs dans l’augmentation du commerce, dus essentiellement à l’accroissement de la demande interne et de la croissance des investissements.

La création d’une zone de libre-échange n’est-elle pas une façon de mettre la charrue avant les boeufs ? Que peut-elle apporter concrètement à l’Afrique ?

Ma réponse sera plus nuancée. En 1958, lorsque les Européens ont signé le traité de Rome, ils souhaitaient apporter une solution à des problèmes réels auxquels l’Europe faisait face : problèmes sécuritaires, de croissance, problèmes sociaux, etc. Ils se sont mis ensemble comme nous le faisons aujourd’hui chez nous. Cette entreprise n’a pas été facile pour les Européens, et elle a été jalonnée de multiples étapes : traité de Lisbonne, de Maastricht, de Schengen… Et de nouvelles difficultés apparaissent aujourd’hui avec le Brexit. Néanmoins, si vous comparez l’Europe d’aujourd’hui avec celle de 1958, le changement a été radical ! La question n’est pas seulement celle de l’échange des marchandises, mais aussi celle des services qui entraîne toute sorte de problèmes en matière de logistique, de services financiers, de formation, des données… Toutes choses qui nous permettent aujourd’hui d’augmenter les échanges intra-africains.

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