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African Banker

Diaspora : Les transferts d’argent reprendront en 2021

Les envois de fonds des migrants dans le monde devraient chuter d’environ 20 % en 2020. Ils reprendraient, timidement, en 2021, notamment vers l’Afrique subsaharienne.

Par Laurent Soucaille

Selon une note de la Banque mondiale, les fonds envoyés par la diaspora devraient chuter de 19,7% cette année, à 445 milliards de dollars. Ce déclin serait le plus brusque de l’histoire récente. Il est à imputer au fléchissement des salaires des travailleurs migrants, particulièrement exposés aux pertes de travail en cas de crise économique – ou sanitaire, ici – dans leur pays d’accueil. On le sait, les transferts d’argent sont essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire, comme le sont les pays africains.

Cette moindre capacité des migrants à envoyer de l’argent chez eux « rend d’autant plus importante la nécessité d’accélérer la vitesse de rétablissement des économies avancées », indique David Malpass, président du Groupe de la Banque mondiale. Institution qui s’efforce, selon lui, « de maintenir les canaux de circulation de ces fonds pour préserver l’accès des communautés les plus démunies à ces biens vitaux. »

Les envois de fonds devraient chuter dans toutes les régions. Le recul sera particulièrement marqué en Europe et en Asie centrale (-27,5 %), devant l’Afrique subsaharienne (-23,1 %), et l’Asie du Sud (-22,1 %). Sans épargner le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (-19,6 %), l’Amérique latine et les Caraïbes (-19,3 %), ainsi que l’Asie de l’Est et le Pacifique (-13 %).

Il est vrai que les transferts d’argent avaient atteint un niveau record de 554 milliards $ en 2019. Ils avaient dépassé le montant des IDE (investissements directs à l’étranger) vers les pays en développement.

Forte incertitude

Pour 2021, la Banque mondiale table sur un redressement des transferts d’argent, qui atteindraient 470 milliards de dollars (+5,6 %). Bien sûr, il ne s’agit que d’une première estimation. D’habitude, les envois de fonds sont « contracycliques », c’est-à-dire qu’ils se font moindres quand la conjoncture est bonne dans les pays d’origine. La pandémie touchant l’ensemble de la planète, elle crée des incertitudes supplémentaires, cette fois.

« Des systèmes efficaces de protection sociale sont indispensables pour protéger les pauvres et les personnes vulnérables pendant cette crise, dans les pays en développement comme dans les économies avancées », réagit Michal Rutkowski, directeur à la Banque mondiale. Qui considère que « dans les pays d’accueil, les mesures sociales doivent couvrir également les migrants. »

Réduire les frais d’envoi

La conjoncture est aggravée par le coût toujours élevé des transferts. Le coût moyen d’un envoi de 200 dollars ressort à 6,8 % au premier trimestre de 2020, soit à peine moins qu’un an auparavant. L’Afrique subsaharienne reste la région la plus chère, avec un coût moyen de 8,9 %, alors que les migrants intrarégionaux constituent les deux tiers de toutes les migrations internationales en provenance de la région.

« Des mesures rapides pour faciliter l’envoi et la réception de cet argent pourraient apporter une aide particulièrement bienvenue aux migrants et à leurs familles. Cela implique notamment de considérer les services de transfert comme essentiels et de les rendre plus accessibles aux migrants », commente Dilip Ratha, analyste, responsable du programme Knomad. Le Knomad (en français, Partenariat mondial pour les connaissances sur les migrations et le développement) est une initiative pilotée par la BM.

En 2020, les transferts d’argent vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord devraient chuter de 19,6 %, pour atteindre 47 milliards $, après la hausse de 2,6 % enregistrée en 2019.

Ce repli attendu est autant dû au ralentissement de l’économie mondiale qu’à l’impact de la baisse des prix du pétrole dans les pays du Golfe. Les envois de fonds depuis les pays de la zone euro devraient également être pénalisés par le ralentissement déjà observé avant la pandémie et par la dépréciation de l’euro.

En 2021, les remises migratoires vers la région devraient se rétablir mais à un rythme plus faible, d’environ 1,6 %, sous l’effet de la croissance modeste anticipée dans la zone euro et de l’affaiblissement des transferts provenant des pays du Golfe. 

Des coûts moindres en Afrique de l’Ouest

En direction de l’Afrique subsaharienne, les envois de fonds ont connu un léger repli (-0,5 %) en 2019, à 48 milliards $. Ce déclin devrait être nettement plus marqué en 2020 (-23,1 %), pour atteindre 37 milliards $, avant un redressement de 4 % attendu en 2021.

« Des mesures rapides pour faciliter l’envoi et la réception de cet argent pourraient apporter une aide aux migrants et à leurs familles. Cela implique de considérer les services de transfert comme essentiels et de les rendre plus accessibles aux migrants. » 

La baisse prévue est à imputer à une conjugaison de facteurs liés à l’impact de l’épidémie dans les pays où résident les migrants originaires d’Afrique, à savoir la zone euro, les États-Unis, le Moyen-Orient et la Chine. Ces grandes économies accueillent une part importante des migrants subsahariens et représentent, ensemble, un quart des envois vers la sous-région.

Si l’Afrique est la région la plus coûteuse vers laquelle envoyer des fonds, il existe une hétérogénéité selon les endroits, note le rapport Knomad sur lequel s’appuie la BM. Les couloirs les plus chers sont observés en Afrique australe et en Afrique du Sud. Le tarif peut grimper jusqu’à 20%.

À l’Ouest, au quatrième trimestre 2019, le corridor Ghana-Nigeria est devenu le plus coûteux. Parmi les moins chers, figurent les corridors de la Côte d’Ivoire au Mali et du Sénégal au Mali, avec un coût moyen inférieur à 3,6%.

La crise sanitaire rend plus difficile les versements vers l’Afrique subsaharienne car la plupart des paiements s’effectuent en espèces et certains les opérateurs sont fermés en raison de la crise.

La promotion du numérique associée à un cadre réglementaire environnement propice à la concurrence sur le marché des envois de fonds sont essentielles pour que les pays d’Afrique subsaharienne atteignent la cible des ODD d’un coût des transferts de 3% en 2030, conclut Knomad.

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