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African Banker

Des solutions africaines à la dette

Des solutions africaines à la dette
  • Publiéjuin 17, 2024

Un programme piloté par la BAD permettra de renforcer la capacité de gestion de la dette des pays africains, par le développement d’un marché intérieur du financement des créances.

 

L’Institut africain de développement, désormais dirigé par Eric Kehinde Ogunleye, propose un nouveau programme visant à apporter des solutions locales aux défis africains de la dette.

Cette structure de la BAD (Banque africaine de développement) a lancé récemment ce programme par un atelier de présentation à Addis-Abeba (Éthiopie). L’occasion pour Abdoulaye Coulibaly, directeur du Département de la gouvernance et des réformes économiques à la BAD, d’indiquer que le réseau fournira des solutions locales et sur mesure aux défis de la dette sur le continent.

Eric Ogunleye est à la tête de plusieurs projets d’assistance technique, notamment en matière de modélisation macroéconomique et de dialogue sur les politiques, afin de trouver des solutions aux problèmes de développement.

Ce réseau renforcera également la capacité de gestion de la dette des fonctionnaires et des institutions des pays africains pour résoudre rapidement les problèmes d’endettement auxquels ces pays sont confrontés, rétablir la stabilité macroéconomique et soutenir une croissance inclusive, ainsi que promouvoir le partage d’expériences entre les gestionnaires de la dette dans les pays membres régionaux.

De son côté, Eric Ogunleye considère que les besoins de financement croissants pour le développement des infrastructures, la réduction de la pauvreté, l’atténuation du changement climatique et la lutte contre l’insécurité poussent les pays africains à emprunter davantage, accroissant encore leur vulnérabilité liée à la dette.

Cette vulnérabilité croissante à la dette et la faible capacité de gestion de la dette dans de nombreux pays africains continuaient de dégrader les résultats macroéconomiques et d’entraver l’efficacité des réponses politiques aux chocs, exacerbant ainsi le surendettement dans certains pays. « Il est donc de plus en plus nécessaire de renforcer la capacité de gestion de la dette dans les pays africains. »

À fin avril 2024, sur les 38 pays africains pour lesquels des données d’évaluation de la viabilité de la dette sont disponibles, treize d’entre eux présentaient un risque élevé de surendettement et six étaient déjà en situation de surendettement.

 

Savoir les raisons des échecs passés

Une part plus importante de la dette africaine est désormais due à des détenteurs d’obligations et à des créanciers extérieurs au Club de Paris qui traitent directement avec les pays débiteurs ; cette dette à coût élevé impose un lourd fardeau du service de la dette aux pays africains, qui représente en moyenne 18 % de l’ensemble des recettes publiques.

Dans ce contexte, le développement d’un marché intérieur de la dette africaine constitue un moyen permettant au continent de développer des sources de financement de la dette moins coûteuses et plus stables pour répondre à ses nombreux besoins en matière de développement.

De son côté, Johan Krynauw, ancien directeur de la gestion de la dette au Trésor national d’Afrique du Sud, encourage les pays africains à collaborer plus étroitement pour promouvoir le partage des connaissances et se soutenir mutuellement sur les questions de gestion de la dette.

« Ces dernières années, de nombreuses initiatives institutionnelles extérieures au continent ont été lancées pour aider les pays africains. La question est toujours de savoir pourquoi cela n’a pas fonctionné et pourquoi nous avons encore aujourd’hui des problèmes de finances publiques et de gestion de la dette », fait-il observer.

Et pourtant, l’Afrique a atteint un stade où elle possède suffisamment de compétences, de connaissances et d’expérience pour déterminer ce qui fonctionne pour ses pays.

Les participants à l’atelier de présentation du programme, le 13 juin 2024 à Addis-Abeba.
Les participants à l’atelier de présentation du programme, le 13 juin 2024 à Addis-Abeba.

 

« Le contexte est important et nous devons trouver des solutions aux problèmes locaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’initiative a été créée, pour que les gestionnaires de la dette publique en Afrique travaillent ensemble. La question a toujours été de savoir dans quelle mesure les gestionnaires de la dette africaine pouvaient travailler ensemble », considère Johan Krynauw.

Pour sa part, Jean Yves Naka, directeur de la recherche et de la stratégie à la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières) souligne l’importance des marchés domestiques.

« Si la vulnérabilité liée à la dette demeure un défi majeur pour les pays africains, en particulier dans la réalisation des ODD, le développement du marché de la dette intérieure africaine est un moyen de mieux faire face à la situation. »

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Encadré

Un économiste chevronné

 

Spécialiste des questions de macroéconomie et du développement, Eric Kehinde Ogunleye, devient donc directeur de l’Institut africain de développement.

Eric Kehinde OgunleyeAu cours de sa carrière, l’économiste nigérian a notamment conçu et dirigé des initiatives de renforcement des capacités et de conseil en matière de politiques innovantes et spécifiques au contexte aux plus hauts niveaux de la gouvernance nationale, « établissant d’importants partenariats à l’échelle mondiale et produisant des résultats et impacts marquants », fait savoir un communiqué de la BAD.

Qui juge que le nouveau responsable, un homme du sérail, a fortement amélioré les cliniques de renforcement des capacités institutionnelles et fiduciaires, qui touchent désormais vingt portefeuilles de pays en moyenne chaque année, améliorant ainsi la qualité des opérations et des portefeuilles de la BAD dans les pays africains.

En décembre 2022, Eric Ogunleye a créé l’Académie de gestion des finances publiques pour l’Afrique, proposant une formation structurée de dix-huit mois sur l’ensemble du cycle et de l’écosystème de la gestion des finances publiques et de la dette. Cette initiative a permis de former plus de 145 fonctionnaires de 45 pays africains en tant qu’experts en gestion des finances publiques.

Il est à la tête de plusieurs projets d’assistance technique, notamment en matière de modélisation macroéconomique et de dialogue sur les politiques, afin de trouver des solutions aux problèmes de développement persistants et émergents auxquels les pays d’Afrique sont confrontés. Il a également forgé de nombreux partenariats mondiaux, continentaux, régionaux, nationaux et infranationaux pour soutenir ces initiatives.

@ABanker

Écrit par
Kimberley Adams

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