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Des obligations pour réduire la production de méthane

Des obligations pour réduire la production de méthane
  • Publiéjanvier 26, 2024

Des pays comme la RD Congo, le Nigeria, l’Égypte, sont de gros émetteurs de méthane. Ils peinent à trouver les financements pour réduire leurs émissions. Dès lors, le recours à de nouveaux outils s’impose.

 

AfriCatalyst est un groupe de conseil en développement mondial basé à Dakar, Cet organisme exhorte les dirigeants africains à élaborer un cadre pour l’émission d’obligations africaines de réduction du méthane (AMAB). Cet appel accompagne le lancement d’un un rapport intitulé Mobiliser des fonds pour lutter contre le méthane en Afrique qui met en lumière l’augmentation alarmante des émissions de méthane sur le continent et souligne la nécessité d’une action mondiale immédiate pour mobiliser les ressources nécessaires à la résolution de cette crise environnementale.

« Le système AMAB créerait également un véhicule d’investissement privé pour soutenir les PME et les entrepreneurs africains dans le développement de pratiques contribuant à la réduction des émissions de méthane. »

Le rapport révèle que les émissions de méthane en Afrique ont augmenté à un rythme annuel de 2 % entre 1990 et 2022, contribuant ainsi à hauteur de 14 % au total des émissions mondiales de méthane. Notamment, 19 pays africains sont responsables de 80 % des émissions de méthane du continent, le Nigeria, le Soudan, la RD Congo et l’Égypte contribuant à la moitié du total. Ces émissions proviennent principalement du secteur agricole (51 %), de la production d’énergie (35%) et de la gestion des déchets (14 %).

Certes, presque toutes les nations africaines ont défini leurs contributions déterminées au niveau national (CDN), c’est-à-dire leur contribution aux objectifs environnementaux des ODD. Pourtant, regrette l’étude, « le manque de financement adéquat entrave la réalisation de ces objectifs ». En 2023, seuls 2 % des fonds mondiaux consacrés au climat ont été alloués à la réduction du méthane, et l’Afrique subsaharienne n’a reçu que 6 % des fonds mondiaux consacrés au méthane.

« Le financement de la lutte contre le méthane se heurte à un certain nombre de difficultés. Le premier concerne la sensibilisation limitée à la réduction du méthane en Afrique et à la manière de financer les efforts de réduction du méthane sur le continent. Il est évident que si nous avons des objectifs ambitieux de réduction du méthane en Afrique, nous pourrons certainement faire en sorte que le continent respecte ses engagements dans le cadre de l’accord de Paris », résume Daouda Sembene, PDG d’AfriCatalyst et co-auteur du rapport.

 

Diversifier les ressources

Les auteurs identifient plusieurs pistes pour stimuler le financement intérieur et extérieur de la lutte contre le méthane en Afrique. Notamment, un effort de collaboration entre les 19 principaux émetteurs africains de méthane pourrait débloquer des fonds supplémentaires en tirant parti des financements disponibles auprès de divers partenaires, y compris les subventions de l’UE (Union européenne) qui pourraient s’élever à près de 6,4 milliards d’euros, dans le cadre des instruments existants. Ce soutien financier pourrait être complété par une assistance technique de la part d’institutions internationales du développement.

Reconnaissant que des financements supplémentaires ne suffiront pas, le rapport appelle également à des solutions innovantes alignées sur les réalités et les circonstances spécifiques du continent. En effet, selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), les dépenses nécessaires pour les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire s’élèvent à 6,8 milliards de dollars, tandis que le continent a besoin de 15 à 20 milliards $ pour réduire les émissions de méthane liées à l’énergie de 75 % d’ici à 2030. Des stratégies innovantes, telles que la mobilisation accrue des recettes nationales, la mobilisation de fonds philanthropiques et le recyclage des droits de tirage spéciaux par l’intermédiaire de banques multilatérales de développement, pourraient permettre de combler ce déficit. On sait que la BAD (Banque africaine développement) milite également en ce sens.

L’« Afrique est la région la moins risquée pour l’investissement ; le taux de défaillance pour les projets financés n’est que de 5,5 %, le plus bas au monde », fait remarquer Abdoul Salam Bello, directeur exécutif au sein de la Banque mondiale. « Nous devons changer la vision du risque en exploitant les technologies numériques, en explorant les financements concessionnels et en créant un guichet unique pour tous les instruments d’investissement. » Dans cette optique, le dialogue avec les agences de notation peut aider à corriger les biais potentiels et à identifier les moyens d’atténuer les risques réels associés au financement de projets en Afrique, relève le rapport.

 

Le financement obligataire

Des initiatives ne manquent pas, reconnaît le rapport, qui cite en exemple Southbridge. La société panafricaine de conseil et d’investissement, collabore avec la BADEA (Banque arabe pour le développement économique en Afrique pour créer un fonds de 2 milliards de dollars axé sur le reboisement et la restauration des terres en Afrique. Cette initiative a été rendue possible grâce à une subvention du Bezos Earth Fund, facilitée par le World Resources Institute.

Dans son rapport, AfriCatalyst envisage l’émission d’obligations africaines pour la réduction du méthane (AMAB) comme une étape cruciale vers la mobilisation de financements innovants pour soutenir la formulation et la mise en œuvre de mesures de réduction du méthane décrites dans les plans nationaux des pays.

Le système AMAB créerait également un véhicule d’investissement privé pour soutenir les PME et les entrepreneurs africains dans le développement de pratiques contribuant à la réduction des émissions de méthane.

Un tel système s’appuierait sur un partenariat solide entre des institutions financières panafricaines, des organisations philanthropiques mondiales et des sociétés de gestion d’actifs et d’investissement de premier plan ; sur l’utilisation de financements philanthropiques et concessionnels provenant d’organisations philanthropiques et d’institutions financières panafricaines comme garantie.

Ainsi que sur une organisation à but non lucratif chargée de fournir une assistance financière et technique à l’appui de la formulation et de la mise en œuvre des mesures de réduction du méthane décrites dans les plans nationaux des pays ; sur un véhicule d’investissement privé qui soutiendra les PME et les entrepreneurs africains pour développer des pratiques qui contribuent à réduire les émissions de méthane.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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