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African Banker

Des marchés boursiers attentifs aux bilans des banques en 2021

Les marchés boursiers ont, chacun à leur manière, bien encaissé le choc de la crise sanitaire. Ils se préparent à la reprise de 2021 et dans ce cadre, seront attentifs à la prise en compte des risques par les banques, surreprésentés dans les indices boursiers.

Par Laurent Soucaille

Le baromètre boursier est à la prudence, sans pessimisme excessif.  Les équipes d’Attijariwafa bank Corporate et Investment Banking (CIB) ont tenu cette semaine une conférence en ligne sur le thème « Comportements et perspectives des marchés boursiers africains face à la crise sanitaire ».

Les spécialistes des marchés ont fait le constat d’un certain rebond des places de Casablanca, Tunis, Abidjan (BRVM), pointé ce qui les distingue et envisagé l’année 2021 avec prudence.

Tha Jaidi, qui dirige Attijari Global Research, rappelle la violence du choc subi par les marchés dits émergents : en quelques jours, sitôt annoncés les premiers cas de Covid-19 en Afrique du Nord, les Bourses ont perdu entre 28% et 38% de leur capitalisation. Par la suite, elles ont bénéficié d’un effet de rattrapage « très solide ».

Les marchés souffrent de taux d’intérêt élevés, même s’ils ont diminué cette année. Pourquoi prendre des risques sur les marchés actions tandis que les obligations d’État tunisiennes offrent du 9% ? Que les obligations en Uemoa offrent du 6% ?

L’indice S&P des marchés émergents est même revenu à ses niveaux de début d’année ; « le choc boursier est désormais derrière nous », considère l’expert. Il est vrai que les plans de relances colossaux ont donné un signal très rassurant pour les investisseurs. Lesquels estiment que les gouvernements sont si engagés dans l’économie qu’ils ne pourront pas faire machine arrière. De plus, les marchés bénéficient de la politique très accommodante des Banques centrales. Partout, ou presque, les rendements des actions sont bien plus attractifs.

L’expert se réjouit :  en Afrique, « les décisions sont homogènes et généralisées » ; nous ne répétons pas les erreurs de la crise de 2008, d’ailleurs, les pays occidentaux comme les États-Unis, non plus.

Observateur de la Bourse de Casablanca, Abdellah Alaoui (Wafa Bourse) constate : « Nous avons vu arriver de nouveaux épargnants, la Bourse attire toujours. » Bien sûr, la baisse a été très forte au moment de l’arrivée de l’épidémie au Maroc, en mode panique. Certains institutionnels en ont profité pour se replacer dans une perspective de long terme. Puis, l’accalmie s’est installée après les mesures du régulateur pour limiter les mouvements excessifs.

Des facteurs de soutien

Au début de la crise, il y a eu des volumes très élevés, avant de revenir à la normale et qu’à partir de juin, le marché ne s’assèche quelque peu.

Casablanca a suivi un mouvement de yo-yo, mais moins prononcé que dans d’autres marchés. La Banque centrale a donné un coup de pouce à la relance économique, ce qui a soutenu le marché. Les investisseurs ont suivi les annonces de versements de dividendes. Les entreprises qui sont revenues sur leur décision et qui ont finalement détaché un coupon ont été recherchées. Récemment, comme ailleurs, les perspectives de vaccins ont également soutenu l’activité.

Abdelkader Trad (Attijari Tunisie) confirme que la réaction de la Bourse de Tunis ne s’est pas fait attendre, après l’annonce du premier cas, le 2 mars ! La chute a pu atteindre 10%. Puis, jusqu’à l’été, le marché a un peu repris. Avant, de nouveau, replonger en raison des inquiétudes sur les finances de la Tunisie, autant qu’en raison de la crise. En matière de volumes, l’impact n’est pas énorme, il s’échange près de 5 milliards de dinars par jour, contre une moyenne de 5,4 milliards en 2019.

L’analyste dresse les facteurs de soutien au marché : un faible bilan humain de la crise épidémique ; la réduction de la fourchette d’intervention des autorités boursières ; soutien de la Banque centrale (BCT) et des autorités ; l’absence des secteurs les plus sinistrés à la cote (tourisme, transport aérien, etc.). Enfin, peu d’étrangers participent au capital des sociétés cotées, hors participations stratégiques.

On n’a donc pas constaté de mouvements massifs de retraits les concernant. La Bourse de Tunis est surtout animée par des particuliers, moins par les institutions financières. Et comme il ne se présente pas d’autres choix que les placements boursiers, leur présence a servi d’amortisseur à la baisse. D’autant que la BCT a taxé à la source les placements monétaires, ce qui a rendu les actions un peu plus attractives.

Alors que l’année 2020 devrait se solder par une baisse de 7% environ de l’indice Tunindex, la crise sanitaire passera au second plan des préoccupations. En effet, les nouvelles concernant les finances de l’État tunisien, les défis économiques, semblent bien plus importantes. Les déséquilibres économiques sont persistants, le déficit budgétaire, l’endettement, sont des défis que doivent relever les Tunisiens. La confiance en Bourse et l’investissement en général dépendront de la capacité de l’État à retrouver une bonne trajectoire. Néanmoins, les investisseurs seront attentifs à l’évolution de la crise sanitaire, notamment en Europe.

Une meilleure dynamique à la BRVM

Marc Bloger (Attijari Securities West Africa) suit de près l’évolution de la Bourse régionale d’Afrique de l’Ouest. La BRVM n’a pas enregistré une forte chute. Il est vrai que depuis 2016, elle est engagée dans une phase de baisse régulière. Face à l’apparition de la Covid, en mars, les investisseurs ont été plutôt calmes. En revanche, les volumes ont été très faibles, l’attentisme a prévalu. D’autant que les investisseurs internationaux ont brillé par leur absence.

Les pays d’Afrique de l’Ouest seront en croissance, même faible, cette année, selon le FMI. Cette prévision contribue à soutenir les marchés boursiers. De même, la Banque centrale a injecté des liquidités, a réduit les contraintes pour les entreprises. Le marché s’est montré un peu attentiste avant les élections en Côte d’Ivoire, « mais la dynamique redevient bonne ».

Un secteur a montré sa résilience, en Afrique de l’Ouest, c’est la banque-finance. Les résultats du troisième trimestre sont plutôt bons, pour les banques. À l’inverse, le secteur des télécoms s’est montré fébrile, bien que la crise sanitaire l’avantage. Il est vrai que ce compartiment de la cote, à la BRVM, est très dépendant de la seule valeur Sonatel, sous le feu de l’actualité cette année (fronde de consommateurs, émission obligataire géante, etc.)

Les plans de relances colossaux ont donné un signal très rassurant pour les investisseurs. Lesquels estiment que les gouvernements sont si engagés dans l’économie qu’ils ne pourront pas faire machine arrière.

À Casablanca, Maroc Telecom a plutôt « profité » de la crise, avec l’engouement du télétravail. Les investisseurs sont attentifs à la liquidité des actions, surtout dans un marché aussi volatil, ce qui a aussi joué en faveur de Maroc Telecom, une valeur recherchée pour sa liquidité.

À ce propos, est-ce le bon moment pour effectuer une entrée en Bourse ? « Les marchés sont toujours très friands de papier frais, répond Taha Jahidi, donc oui, les opérations en cours semblent prometteuses. »

De son côté, la BRVM est attentiste en raison du climat électoral, mais les perspectives pour le moyen terme sont plutôt bonnes, face aux prévisions économiques favorables pour 2021.  L’indice devrait terminer autour de 140 points (-12% en un an), donc la casse sera limitée.

Les valeurs bancaires particulièrement surveillées

Les spécialistes font observer que chacun des trois marchés réagit de manières différentes : Casablanca suit de près l’évolution des marchés internationaux ; Tunis est attentif à ses propres problèmes ; la BRVM est dans un cycle baissier de fond, ayant atteint son plus bas en octobre 2020, là où les autres repartaient, y compris Tunis.

Incontestablement, ces deux dernières places manquent de dynamisme. Ce, principalement en raison des taux d’intérêt élevés, même s’ils ont diminué cette année. Pourquoi prendre des risques sur les marchés actions tandis que les obligations d’État tunisiennes offrent du 9% ? Que les obligations en Uemoa offrent du 6% ? Une reprise solide de ces marchés est conditionnée à une reprise bénéficiaire, durable, des entreprises cotées.

Au Maroc, c’est presque l’inverse : les taux d’intérêt (2%) sont trop bas ! Ils n’avantagent pas les retraités, par exemple. Et les épargnants ont davantage d’attractivité pour la Bourse. Le facteur commun entre les trois marchés est la sur représentativité des secteurs financiers. C’est un facteur de soutien et de rattrapage. Si la crise sanitaire se calme en 2021, le rattrapage du secteur bancaire se poursuivra et soutiendra les cotes.

 En effet, confirme Abdelkader Trad, le poids du secteur financier est très important. En 2020, il a souffert en raison de l’obligation de ne pas verser de dividendes. Mécaniquement, ce renoncement va gonfler leur trésorerie, donc il sera favorable aux valeurs bancaires en 2021. Au moment de la publication des résultats annuels, partout en Afrique, il faudra être attentif au montant des impayés, aux provisions pour risque. Des éléments plus importants que le bas du compte de résultat.

En Tunisie, par exemple, les impayés se situent autour de 13% en moyenne, moins pour les grandes banques qui ont des engagements auprès des institutions publiques. Au plan plus spéculatif, on peut s’attendre à des restructurations du secteur bancaire tunisien, mais il est un peu prématuré de miser là-dessus.

Au Maroc, les banques ont été très prudentes, en 2020 et ont beaucoup provisionné. Sauf imprévu, ce matelas de sécurité permettra de soutenir la performance du secteur bancaire en 2021. Certains parient sur une nouvelle baisse du taux directeur, mais pour le moment, ce ne sont que des bruits de marché. Une telle hypothèse est néanmoins possible pour décembre : le Trésor aussi, a besoin de fonds pour financer ses opérations, « une baisse des taux ferait sens », conclut Taha Jahidi.

LS 

 

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