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African Banker

Samaila D. Zubairu, PDG d’African Finance Corporation, explique…

Le moment n’est-il pas venu de devenir moins dépendant vis-à-vis de la Chine ? 

Oui, certains pays africains sont très endettés ; cela peut changer. Mais il ne faut pas avoir peur des financements chinois. Le choix des financements doit être raisonné. Le pays doit savoir quelles sont les conditions qu’il accepte et avoir un plan de remboursement. Chaque pays africain doit savoir ce qu’il attend de la Chine – comme de tout autre investisseur. Les gouvernements doivent aussi rechercher des financements pour des projets qui favoriseront la croissance inclusive et veiller à obtenir des taux intéressants. De manière générale, les pays parviendront plus facilement à obtenir des taux attrayants s’ils modernisent leur système financier et améliorent leur gouvernance. 

La Chine va-t-elle continuer à proposer des financements à l’AFC? Cela ne vous pose-t-il pas problème de savoir que la plus grande partie des investissements dans les infrastructures vient de Chine? 

L’AFC travaille avec la Chine depuis 2012 par le biais de notre protocole d’accord avec le Fonds de développement sino-africain pour mettre en place un cadre de coopération afin de promouvoir les investissements et le développement des infrastructures en Afrique. Nous souhaitons continuer de travailler avec la Chine au niveau des États comme au niveau inter-entreprises. L’AFC veut aussi diversifier ses investisseurs et développer ses relations avec les marchés de capitaux dans différentes régions du monde, y compris l’Asie. 

D’autre part, l’AFC n’est pas uniquement un investisseur. Nous participons à la chaîne de valeur des infrastructures en proposant des conseils en finances et en développement de projet. Nous aidons les établissements financiers et des sociétés de Chine qui veulent investir en Afrique et les gouvernements africains qui recherchent des investisseurs chinois publics ou privés. 

Jugez-vous que l’on pourrait utiliser la finance islamique pour développer les infrastructures en Afrique ? 

Oui, en janvier 2017, l’AFC a émis le premier sukuk d’une entité supranationale africaine – un murabaha de trois ans (coût et financement) proposé à des investisseurs des pays du Conseil de coopération du Golfe, d’Europe et d’Asie. Il a été sursouscrit plus de deux fois. 

Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de nouveaux capitaux. Mais, si nous recherchions des fonds, la finance islamique serait idéale pour les projets d’infrastructure à long terme. En outre, elle correspond au principe de croissance inclusive que défend l’AFC ; elle favorise la mobilité sociale et permet une distribution équitable de la richesse aux personnes de toutes les classes. Les partenariats public-privé (PPP) sont conformes à la charia (partage du risque) : un partenariat entre l’État et des entreprises privées pour partager les risques. Je pense que toutes les IFD vont s’intéresser à cette source de fonds. 

On a souvent estimé que les PPP constituaient la solution idéale pour le financement des infrastructures mais on sait aujourd’hui qu’ils peuvent être très coûteux à long terme. Qu’en pensez-vous? 

Il ne faut pas se précipiter. L’AFC a eu d’excellentes expériences en travaillant avec des entreprises privées et des gouvernements pour s’assurer que leur partenariat profitait à toutes les parties. Les organismes comme la Facilité africaine de soutien juridique ont un rôle important à jouer pour s’assurer que l’Afrique réalise son potentiel économique, en soutenant les pays dans les litiges qui les opposent à des « fonds vautours » qui veulent gagner de l’argent aux dépens de l’émancipation économique du continent. 

Votre expérience passée vous est-elle utile dans votre nouvelle fonction de PDG de l’AFC ? 

Tout à fait ! En tant que directeur financier de Dangote Cement, j’ai lancé la plus importante facilité de financement de projet syndiqué destinée à une grande entreprise locale et j’ai constaté le rôle important que jouaient les infrastructures et la création de valeur ajoutée sur le niveau de vie des communautés locales. J’ai mené des transactions financières pour des financements de projet, des acquisitions, des transformations d’entreprise et des privatisations – j’ai compris à quel point il était important que les bonnes personnes se chargent des négociations.

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