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African Banker

Propos de Marouane El Abassi Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie

Nommé en février 2018 à la tête de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abassi affronte une conjoncture difficile et appelle à une accélération des réformes. La BCT ne peut pas diminuer ses taux, en dépit des besoins en investissements, face à une inflation encore vive.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche, envoyé spécial aux Spring Meetings de la Banque mondiale, Washington 

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ? Vous avez pris des risques considérables en acceptant cette responsabilité… 

Vous avez raison de parler de risques considérables… Si je les avais évalués, je ne suis pas certain que j’aurai accepté cette fonction ! C’est plutôt une responsabilité qui m’a été donnée et que je n’étais pas en mesure de refuser, pour la simple raison que les compétences – si vous me permettez l’expression – à qui le pays fait appel doivent prendre le risque de se confronter à la réalité. C’est la raison pour laquelle, je suis revenu. Depuis un peu plus d’une année, j’ai affronté des défis très intéressants mais difficiles. Chaque jour, les choses évoluent. Je sais que je participe à une tâche utile, à la tête d’équipes qui doivent résoudre des problèmes quotidiens et aussi se projeter dans une stratégie. 

Face aux nombreux problèmes que faisait apparaître l’état des lieux à votre arrivée, comment avez-vous hiérarchisé les priorités pour dégager des solutions constructives ? 

Lors de mon entrée en fonction, j’ai été confronté à deux problèmes majeurs conjoncturels. Nous étions en pourparlers avec le FMI sur la revue de certains accords très importants qui nous était indispensable, car l’échec de ces discussions aurait eu pour effet de nous faire sortir du programme du FMI et de nous fermer l’accès au marché financier international. Le gouvernement et la Banque centrale se sont immédiatement penchés sur ce premier problème majeur. 

Les technologies numériques ou d’intelligence artificielle constituent un formidable défi. Les Banques centrales sont confrontées à ces questions, qui sont aussi riches de risques que d’opportunités. Les aborder permet d’affronter certains problèmes plus efficacement.

Le deuxième problème était inhérent à l’organisation de la Banque centrale elle-même, dont la nécessité de réformes importantes était devenue cruciale depuis des années. Une première loi sur le secteur bancaire avait été votée en 2016, instaurant une nouvelle réglementation et de nouvelles obligations pour la Banque centrale, qui appelaient ces réformes internes. Concrètement, nous avons toute de suite revu notre planification stratégique avec nos équipes et des experts internationaux. Nous avons sollicité l’assistance technique de Banques centrales qui avaient déjà entrepris ces réformes importantes de restructuration, comme la Banque de France ou la Banque nationale de Pologne, d’Ukraine, ou la Bank Al Maghreb. 

Nous avons terminé toute cette phase stratégique qui s’est déroulée en plusieurs étapes. Nous avons commencé par mener une étude auprès de nos collègues et des syndicats ; les experts ont procédé à des analyses. Après avoir dégagé des axes et des projets stratégiques – nous sommes prêts à leur mise en oeuvre –, nous avons enfin réorganisé la Banque en interne, en nommant les personnes ad hoc à la tête de chaque département. 

Quels sont les choix et les décisions qui s’imposent, en matière de change, de lutte contre l’inflation, etc. ? Les chiffres actuels semblent alarmants. 

Pour répondre à votre question, nous devons d’abord nous interroger sur ce que sont les prérogatives d’une Banque centrale. Nous avons deux objectifs majeurs : d’abord, de lutter contre l’inflation, et ensuite – cela résulte de notre statut légal – d’assurer la stabilité financière. Ces objectifs nous ont été assignés par le Parlement, et c’est lui qui évaluera les résultats de notre action. Lorsque je suis entré en fonction, le taux directeur était de 5 % et l’inflation à 7 %, ce qui n’était pas tenable dans la mesure où cet écart entraînait une inflation sous-jacente alarmante. La BCT a dû relever trois fois son taux d’intérêt en une année, au total de 275 points, ce qui est énorme. C’était le seul outil à notre disposition. 

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