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African Banker

L’avis de Ade Ayeyemi, Directeur Général de Ecobank Transnational Incorporated

Voyez-vous les fruits de la politique d’industrialisation engagée dans divers pays ? 

Le niveau d’industrialisation doit augmenter. L’Afrique est autosuffisante, sur le plan de l’agriculture et des ressources minérales, mais elle manque de produits finis. Nous exportons les fèves de cacao et nous importons le chocolat. Cela ne va pas – d’autant plus que l’on 

L’environnement de marché s’améliore actuellement. Le cycle du ralentissement n’est pas encore terminé mais nous n’avons plus la récession que nous avons connue il y a deux ans. Ce qui inquiète le plus les investisseurs à présent, c’est la gestion du risque lié au change. 

n’acquiert pas ainsi les connaissances techniques nécessaires pour cette transformation. Nous avons beaucoup à faire dans ce domaine et nous devons agir rapidement. 

Estimez-vous que suffisamment de prêts sont accordés aux entreprises? 

Le problème n’est pas le crédit, car le crédit est la conséquence d’un projet viable. Nous devons développer davantage de projets viables pour satisfaire les besoins de nos pays. On ne prête pas à une entreprise qui ne propose pas de projet viable. Cela reviendrait à jeter l’argent par la fenêtre. 

Aliko Dangote, par exemple, estime que « nous devons voir plus grand et faire preuve d’audace ». Dans le secteur de l’énergie, l’État prend en charge les risques et non le secteur privé… Alors, le secteur privé africain est-il suffisamment audacieux et prend-il assez de risques ? 

La réponse est « non » ! Quand on doit faire la queue quelque part, cela signifie qu’il y a une insuffisance. Quand on veut garer sa voiture dans le parking d’un centre commercial et qu’on ne trouve pas de place, il manque des places de parking. Quand il y a signe de pénurie, le producteur doit commercialiser davantage de produits. S’il n’offre pas plus de produits, il n’en fait pas assez – c’est ma définition du risque : ne pas faire assez pour satisfaire cette demande. 

La question de l’énergie est différente. Prenons le cas du Nigeria. La production totale d’électricité nationale y est d’environ 2 500 MW, parfois 5 000 MW. Elle équivaut à la production d’énergie d’une ville comme Bradford, au Royaume-Uni. 

Cela correspond-il à la consommation d’électricité au Nigeria ? Non, car les gens utilisent des générateurs. Mais la production d’électricité par les générateurs coûte à peu près dix fois plus cher que celle facturée par la société d’électricité. Pour développer les sociétés d’électricité, il faut fixer des tarifs qui reflètent les coûts. Si les sociétés ne peuvent réaliser de bénéfices, elles limiteront leur production au strict minimum. 

Que signifie la (ZLEC) Zone de libre-échange continentale africaine pour les banques ? 

Kwame Nkrumah a compris que l’Afrique ne serait pas prise au sérieux sur la scène internationale, tant qu’elle ne serait pas unie. Être pris au sérieux, cela veut dire posséder des marchés suffisamment vastes pour attirer les fabricants de biens et services et les technologies actuelles. 

Les fabricants s’intéressent à la taille des marchés. Combien de consommateurs au Togo ? 7,5 millions. C’est trop peu. Combien au Ghana ? 25 millions, c’est mieux. Au Nigeria ? 200 millions, mais ils sont pauvres. Au Cameroun ? 20 millions. Mais combien représente l’Afrique ? 1,2 milliard de personnes. C’est beaucoup. C’est pour cette raison que l’Inde attire plus d’investissements que l’Afrique. Le nombre de consommateurs est le même. La superficie de l’Afrique est dix fois supérieure à celle de l’Inde mais l’Inde pèse davantage dans l’économie mondiale. Elle est unie tandis que l’Afrique compte 54 pays distincts. 

Pourquoi la Californie est-elle plus riche que le Mexique. Pourquoi l’un est pauvre et l’autre riche ? Parce que la Californie fait partie des États-Unis, qui possède un vaste marché. C’est ce que nous voulons faire avec la ZLEC. Un vaste marché commun. C’est l’un des moyens de résoudre le problème de la pauvreté. 

Le secteur privé a-t-il un message à faire passer sur la mise en oeuvre de la ZLEC ? 

Le secteur privé insiste sur le fait que la ZLEC doit être mise en place. En tant qu’Africain, je préférerais que les gens migrent de Lagos à Accra ou d’Accra à Calabar plutôt que de voir les jeunes d’Afrique sans espoir traverser le Sahara et aller se noyer dans la Méditerranée. Ce n’est pas juste. Et c’est le problème que nous tentons de résoudre. n 

*Entretien réalisé en juillet 2019. 

ENCADRE

L’artisan de la consolidation de la banque 

Ecobank a annoncé un bénéfice record pour l’exercice 2018. Il s’agit d’un redressement remarquable pour une banque qui avait enregistré des provisions pour créances douteuses de 864 millions $ en 2016. Ce succès est largement attribué à l’excellent leadership du Directeur Général du groupe, Ade Ayeyemi. 

Réputé pour affectionner les faits, chiffres et autres statistiques, Ade Ayeyemi porte attention aux détails. Sa manière de répondre aux questions révèle son esprit cartésien. Il dissèque les problèmes comme un chirurgien et argumente toujours ses réponses, en donnant souvent un contexte économique. Il souligne les liens de cause à effet, les conséquences découlant des choix de décision. 

Ade Ayeyemi a pris les rênes d’Ecobank il y a quatre ans, alors que la banque était en pleine tourmente suite à des dissensions internes liées au départ du Directeur Général de l’époque, Thierry Tanoh. Succédant à Albert Essien – un vétéran de la banque choisi pour stabiliser le navire – en 2015, Ade Ayeyemi s’est également trouvé confronté à un ralentissement économique en Afrique. 

Deux des plus grandes économies d’Afrique – le Nigeria et l’Afrique du Sud – connaissaient leur première récession en vingt ans. En 2016, la banque a enregistré des pertes après les provisions pour dépréciation. Ces provisions étaient liées à des prêts dus à une mauvaise gestion dans certaines filiales. Ade Ayeyemi s’est empressé de remplacer les responsables de ces échecs. 

Il est parvenu à redresser la banque dès l’année suivante et a fixé des objectifs ambitieux : accroître la rentabilité et mettre en oeuvre une stratégie numérique dans le but d’atteindre pas moins de 100 millions de clients d’ici à 2020. Vingt millions de personnes utilisent déjà l’application mobile d’Ecobank et le rythme devrait s’accélérer. 

ENCADRE

Un nouvel actionnaire de poids 

Fin août 2019, la Société financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale, et les fonds gérés par la société de gestion IFC Asset Management Company, ont finalisé la vente de leur participation (14,1 %) dans Ecobank Transnational International à Arise B.V. Le fonds de droit néerlandais, spécialisé dans les investissements en Afrique, devient ainsi l’un des actionnaires de référence du groupe panafricain. 

Arise B.V. a pour objectif « de collaborer avec des fournisseurs de services financiers locaux en Afrique subsaharienne, afin de stimuler la croissance économique via le renforcement du secteur bancaire local. Cette opération avec ETI permettra à Arise de collaborer avec Ecobank pour faire progresser l’inclusion financière à travers le continent », commente Deepak Malik, directeur général d’Arise B.V. 

Pour Ade Ayeyemi, Directeur Général d’ETI, « il existe une forte synergie dans nos objectifs stratégiques, notamment pour assurer et renforcer l’inclusion financière et le potentiel de développement du continent. Nous continuerons de travailler avec l’IFC, à l’avenir ». 

Par ailleurs, Ade Ayeyemi a qualifié de « modestes » les résultats du groupe au premier semestre qui doivent être appréciés « au regard de l’environnement économique difficile dans lequel Ecobank opère ». Le groupe affiche un recul de son revenu d’exploitation, à 776 millions de dollars, contre 911 millions un an plus tôt. Malgré ce contexte, le bénéfice après impôt ressort quasi stable, à 166 millions $ (-2 %). 

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