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African Banker

L’avis de Ade Ayeyemi, Directeur Général de Ecobank Transnational Incorporated

À la tête d’une banque présente dans 36 pays d’Afrique, Ade Ayeyemi cultive une excellente connaissance des rouages du continent et de son secteur bancaire. Il présente sa vision des économies africaines et des activités d’Ecobank.

Entretien avec Omar Ben Yedder* 

Comment jugez-vous les résultats de la banque et la direction qu’elle prend ? 

Nous sommes satisfaits des résultats de l’année 2018. Ils sont le fruit des efforts de nos employés. Cela confirme que notre stratégie fonctionne : nous identifions les points à améliorer ; nous y travaillons, puis nous obtenons des résultats. 

Votre coefficient d’exploitation est de l’ordre de 60 % ; n’est-il pas trop élevé par rapport à certains de vos concurrents ? 

Le coefficient d’exploitation doit se situer aux alentours de 55 %. On ne peut y parvenir en l’espace de quelques mois mais nous sommes sur la bonne voie. D’autre part, nous pensons que ce n’est pas uniquement une question de coûts ; les revenus comptent aussi beaucoup. Nous devons donc accroître les revenus. 

Ade Ayeyemi : « Le marché nous fait confiance … »

Pour prospérer, la banque doit utiliser efficacement ses ressources, financières et humaines. Nous allons nous efforcer d’être aussi efficaces que possible en allouant nos ressources. 

Comment décrire les années que vous venez de passer à la banque ? 

Nous avons mis l’accent sur la consolidation de la banque. C’était l’objectif que nous nous étions fixé en 2015, afin que l’expansion de la banque puisse être durable. 

Comment ont été reçues sur le marché les 500 millions $ d’euro-obligations émises par Ecobank ? Êtes-vous satisfait du rendement obtenu ? 

Oui, nous sommes ravis de l’accueil du marché. Nous avons effectué cette émission en période de volatilité du marché mais il a bien réagi. Nous avons, dans un second temps, émis 50 millions $ supplémentaires et le niveau de souscription a été bon. Cela confirme que le marché continue de faire confiance à la banque. 

Avez-vous été surpris par les bons résultats dégagés au Zimbabwe ? 

Nous savons qu’il existe des opportunités dans beaucoup de pays africains. Et il est important de savoir faire preuve de discernement pour saisir une opportunité et calculer les risques associés à certains de ces pays. Notre bonne connaissance et nos liens avec le pays nous permettent de réussir. Le Zimbabwe n’est pas un cas à part ; je pense que nous réussissons dans bien d’autres pays. 

Je ne veux pas que mes collègues du Ghana, ou ceux d’Afrique de l’Ouest francophone, par exemple, entendent qu’ils ont de mauvais résultats ! Par exemple, nous avons fait du très bon travail au Cameroun ou au Sud Soudan. Grâce à notre compréhension du marché et à notre prudence, nous avons pu tirer parti des opportunités qui se sont présentées. 

Kwame Nkrumah a compris que l’Afrique ne serait pas prise au sérieux sur la scène internationale, tant qu’elle ne serait pas unie. Être pris au sérieux, cela veut dire posséder des marchés suffisamment vastes pour attirer les fabricants de biens et services et les technologies actuelles. 

Comment se portent aujourd’hui les marchés où vous êtes présents ? 

L’environnement du marché s’améliore actuellement. Le cycle du ralentissement n’est pas encore terminé, mais nous n’avons plus la récession que nous avons connue il y a deux ans. Ce qui inquiète le plus les investisseurs à présent, c’est la gestion du risque lié au change. 

Vous avez utilisé le taux Nafex au lieu du taux de change de la Banque centrale pour consolider vos résultats au Nigeria. Pour quelles raisons ? 

Quand nous convertissons des devises en dollars – la devise utilisée pour établir les rapports financiers du groupe, nous utilisons les taux de change officiels. Dans le cas du Nigeria, le seul taux officiel pendant longtemps était celui de la Banque centrale du Nigeria. Mais, courant 2018, le Nafex est devenu un taux officiel pour Bloomberg et des transactions ont commencé à être effectuées à l’aide de cet outil. 

Nous avons fait le choix, en 2018, d’utiliser le taux Nafex, car c’est un taux reconnu par la Banque centrale du Nigeria et utilisé par Bloomberg. 

Ce choix pose la question plus générale de la gestion du risque associé au taux de change. Pour faire face à ce risque, nous faisons en sorte que la rentabilité des capitaux propres soit supérieure au coût des capitaux propres. Étant donné que les capitaux propres sont exprimés en monnaie locale dans les différents pays, l’inflation, liée aux taux d’intérêt, influe sur le coût des capitaux propres. 

Quand on tient compte de la dépréciation de la monnaie, on parvient à immuniser ses activités contre les fluctuations de la monnaie. Nous ne faisons pas d’opérations de couverture car il n’existe pas d’instruments de couverture vraiment adaptés. Par exemple, au Nigeria, le taux de change varie de manière irrégulière si bien que toute opération de couverture nous ferait perdre de l’argent. 

La meilleure façon de se protéger du risque lié au taux de change consiste à gérer ses activités de manière à ce que la rentabilité des capitaux propres soit nettement supérieure au coût des capitaux propres. 

Pensez-vous qu’il faille libéraliser les taux de change et ne plus intervenir sur les marchés ou, au contraire, contrôler les taux de change dans certaines limites ? 

Les autorités monétaires ont plusieurs objectifs : maintenir la stabilité des prix et s’assurer que la croissance économique est régulière et prévisible. Les autorités disposent de nombreuses informations et données, plus que les acteurs économiques du secteur privé, comme moi-même. Elles s’appuient sur ces données pour déterminer l’évolution des taux de change et des taux d’intérêt. Cela dit, je m’intéresse beaucoup à la prévisibilité et j’applique les outils de la science économique aux données pour prévoir l’évolution des taux de change. 

Cette évolution dépend de l’inflation de deux monnaies, le dollar et la monnaie du pays étudié. Si l’inflation de la monnaie locale est supérieure à celle du dollar, la monnaie locale va être dépréciée. On ne peut pas dire aux autorités de politique monétaire ce qu’elles doivent faire – elles ont leurs objectifs. Nous devons gérer notre banque et veiller à ce que nos actionnaires soient satisfaits, quoi qu’il arrive. 

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