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African Banker

Kamal Mokdad* : Une croissance externe maîtrisée

Quelle part de vos dividendes rapatriez-vous à la maison mère BCP ? 

Généralement, les remontées de dividendes des filiales vers ABI représentent environ la moitié du résultat dégagé, afin de pouvoir financer d’une manière endogène nos ambitions de croissance. Ces résultats sont remontés par la suite à la BCP. Des augmentations de capital ponctuelles peuvent également être décidées afin de financer notre plan de développement.

Ainsi, environ 40 milliards de F.CFA (61 millions d’euros) ont été injectés en 2018 pour renforcer l’assise financière de nos filiales Banques Atlantique. À fin 2018, notre produit net bancaire groupe a augmenté de 4 %, et nos filiales en Afrique subsaharienne ont enregistré, pour leur part, une progression de 14 % de leur PNB. À cette date aussi, les filiales internationales ont contribué pour environ 20 % au PNB consolidé du groupe et à 24 % au résultat net consolidé. 

Quelles sont les spécificités des marchés ouest-africains par rapport au Maroc et comment s’y ajuster ? 

Au niveau de la zone Uemoa, la même réglementation s’applique aux différents pays, avec la même monnaie gérée par une Banque centrale unique. Par conséquent, nos structures de gouvernance, à travers la holding ABI, se sont révélées un choix précurseur et pertinent. D’autant plus que les dispositions de Bâle 3 récemment introduites dans la zone Uemoa obligent à établir une entité régionale.

La holding ABI remplit cette fonction de contrôle et est elle-même tenue de respecter les ratios prudentiels. Cela dit, les marchés bancaires nationaux ont chacun leurs spécificités. C’est pour cette raison que nous avons une feuille de route stratégique pour chacun des pays, et privilégions une approche intégrée pour à destination des grandes entreprises. Nous avons confectionné un schéma directeur innovant pour l’Afrique de l’Ouest.

La priorité, pour nous, est de dynamiser l’inclusion financière et la bancarisation, moins développées qu’au Maroc, dans un contexte où se développent de nouveaux usages des consommateurs, notamment dans l’utilisation des nouvelles technologies. 

L’Afrique de l’Ouest n’a pas encore rattrapé les pays de l’Afrique de l’Est sur le mobile money , mais son usage se développe très vite. Comment adapte-t-on sa stratégie à cette nouvelle donnée ? 

Il est vrai que le mobile money est en pleine expansion à tel point que le développement du digital a imposé une refonte de notre politique. Pour asseoir notre singularité dans la banque de détail, nous avons développé des liens forts avec les opérateurs télécoms de la zone, Orange et les filiales de Maroc Telecom en l’occurrence, afin d’adresser une offre digitale performante, tenant compte des besoins évolutifs de nos clients.

Aujourd’hui, nous proposons des paiements par mobile à nos clients mais aussi des solutions de retrait sur notre réseau, y compris pour ceux qui ne disposent pas de compte bancaire.

Ayant fait de la contribution à l’inclusion sociale et financière en Afrique l’une de nos priorités stratégiques, nous avons décidé de partager ce modèle unique avec les différents pays de présence à travers la création « greenfield » de structures dédiées à la microfinance. 

Nous avons également lancé le premier Chatbot dans la région Uemoa et notre application « Atlantique mobile » intègre plusieurs fonctionnalités innovantes, telles que la reconnaissance faciale et par empreinte digitale, la possibilité de changer le plafond de sa carte de crédit ou encore de suspendre temporairement cette dernière. Pour rester à la pointe, nous avons récemment organisé un « Fintech Challenge » afin d’identifier de nouveaux services à offrir à nos clients. D’ailleurs, dans le cadre de ce programme d’innovation, nous avons reçu cette année plus de 1 200 candidatures provenant de 34 pays. 

Justement, vous venez d’acquérir des start-up africaines dans le secteur. 

Effectivement. Au Sénégal, nous avons racheté Wizall, qui nous permet de proposer des services de paiement à forte valeur ajoutée (B to B to C) à notre clientèle avec un business model innovant et qui dispose d’un plan de croissance ambitieux dans la sous-région. Par exemple, l’application Wizall permet de payer d’une manière digitalisée des bourses d’étudiants, des salaires pour les employés des chantiers, ainsi que des subventions aux agriculteurs. 

Avec 200 agences en Afrique de l’Ouest, notre réseau est optimisé pour accompagner notre nouvelle vision de la distribution bancaire, qui accorde une place capitale au digital. L’avenir sera un mixte d’un réseau physique très spécialisé, pour apporter du conseil à valeur ajoutée et traiter des opérations complexes, combiné à des points de vente à forte capillarité pour les services de base, le tout avec des services en ligne performants. 

En matière d’affichage et de communication, on remarque que l’emblème de la maison mère, le cheval, est de plus en plus décliné comme emblème des filiales. 

Oui. Nous avons gardé le nom de chacune des banques locales, mais il était également important pour nous d’afficher un emblème commun, d’harmoniser notre communication et notre identité visuelle dans les 28 pays de présence du groupe BCP, et de montrer que nous sommes un réseau africain de premier plan, avec une présence effective dans 17 pays sur le continent. De grands groupes internationaux, donneurs d’ordre en Afrique, ont leur siège social en dehors du continent, et ont besoin de s’appuyer sur la dimension internationale de leurs banques partenaires pour gérer leurs opérations d’une manière fluide et unifiée. 

Votre croissance externe continue, puisque vous êtes en phase exclusive de rachat des actifs africains du groupe français BPCE. Récemment le rachat de la filiale mauricienne a été conclu, où en est le dossier des autres filiales aujourd’hui ? 

Effectivement nous avons racheté la Banque des Mascareignes à Maurice, récemment renommée BCP Bank Mauritius, et sa filiale à Madagascar. C’est un pas important, puisque Maurice dispose de très nombreux atouts et nous sommes le premier et, à ce stade, le seul réseau bancaire d’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Centre à nous y implanter.

C’est un pays qui dispose de ressources humaines de grande qualité, d’une liberté totale de change et d’une réglementation très favorable pour le développement bancaire, en plus d’être un corridor reconnu pour les investissements asiatiques. Pour les autres banques du réseau BPCE, le dossier avance.

Nous sommes en négociation exclusive, et les différents dossiers d’agrément ont été déposés auprès des autorités réglementaires de chacun des pays concernés. Nous espérons boucler cette opération stratégique d’ici au début de l’automne. 

Comment voyez-vous les perspectives de croissance sur le continent et les secteurs dynamiques sur l’investissement en Afrique ? 

De manière générale, nous avons confiance dans le potentiel des régions où nous sommes implantés. Le risque politique n’est pas faible, mais les taux de croissance sont robustes avec encore 6 % en 2018 voire 6,4 % en Côte d’Ivoire.

La population des villes africaines devrait continuer à progresser sensiblement au cours des prochaines années, ce qui accroît les besoins d’infrastructures de transport, des services d’éducation et de santé, ainsi que des biens de grande consommation. Les programmes d’investissement publics sont nombreux, les besoins économiques et sociaux sont immenses et nous nous tenons prêts à y prendre part, d’autant que nos partenariats stratégiques – conclus avec des institutions financières internationales telles que la BAD, IFC, ITFC ou Proparco –sont fructueux.

La partie banque de détail est également un enjeu majeur du potentiel de la région. Aujourd’hui, elle représente 28 % du PNB de ABI et nous avons l’ambition de la porter à 40 % à l’horizon 2020. 

Comment trouver de nouveaux potentiels dans les économies africaines ? 

Outre la banque de détail, le coeur de notre stratégie est d’orienter prioritairement les financements vers les besoins des pays et des PME, qui sont en pleine croissance et, partant, de la création de valeur et de l’amélioration du niveau de vie des populations. Nous privilégions une approche sectorielle qui nous semble plus appropriée car elle permet de mieux comprendre les différents intervenants dans la chaîne de valeur, et donc de réduire l’asymétrie d’information pour les besoins de l’octroi de nouvelles lignes de crédits avec des offres appropriées.

Cette approche apporte beaucoup de sens, car il s’agit de renforcer toute une chaîne interdépendante d’acteurs économiques et de concrétiser les partenariats États, grandes entreprises et PME-TPE. Nous sommes également en train de finaliser une offre spécifique pour les PME. 

Vous développez également des activités de microfinance dans les pays du continent, comment ces activités s’insèrent dans votre démarche globale ? 

Au Maroc, nous sommes présents depuis très longtemps dans la microfinance à travers notre filiale Attawfiq Microfinance. C’est un modèle que nous avons développé en propre et qui permet d’agir activement sur l’inclusion financière.

Ayant fait de la contribution à l’inclusion sociale et financière en Afrique l’une de nos priorités stratégiques, nous avons décidé de partager ce modèle unique avec les différents pays de présence à travers la création « greenfield » de structures dédiées à la microfinance. À travers le réseau AMIFA (Atlantic Microfinance for Africa), nous sommes actuellement déjà présents en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali et au Sénégal, et devrons au cours des prochaines semaines démarrer nos activités au Burkina Faso, au Gabon, au Rwanda et à Madagascar.

Ce sont des activités très complémentaires de l’offre bancaire qui s’adressent aux TPE et aux microentreprises, et qui permettent de financer des activités génératrices de revenus.

*Kamal Mokdad Directeur général de la BCP, chargé du développement à l’international 

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