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African Banker

Edoh Kossi Amenounve (Directeur général de la BRVM et du DC/BR) : Au coeur de la transformation digitale

En Afrique de l’Ouest les habitudes changent, et les entrepreneurs peuvent trouver diverses sources de financement. Se financer par la Bourse, c’est trouver des capitaux en acceptant de suivre certaines règles, rappelle Edoh Kossi Amenounve, président de la Bourse régionale d’Afrique de l’Ouest.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Au regard de vos enjeux, êtes-vous satisfait de la stratégie suivie jusqu’ici par la BRVM ? Faut-il l’infléchir ou la revoir ?

La stratégie mise en oeuvre, ces dernières années a été payante. Dès 2012, il s’agissait de positionner notre Bourse sur l’échiquier régional, continental et international comme un acteur avec lequel il faut compter.

Il fallait ensuite la rendre attractive pour amener de nouvelles entreprises à s’inscrire à sa cote. Enfin, notre stratégie visait à faire de la BRVM l’un des acteurs à l’avant-garde de l’innovation sur le continent.

La BRVM a intégré en 2016 le prestigieux indice MSCI, a signé des partenariats ou mené des actions avec plusieurs acteurs majeurs de la finance mondiale à savoir Bloomberg, Nasdaq, Refinitiv (ex-Thomson Reuters), Paris Europlace, la Bourse de Londres, la Bourse de Shanghai etc.

La BRVM a admis à sa cote au cours des cinq dernières années, neuf nouvelles sociétés, l’une des meilleures performances du continent.

Enfin, la BRVM est devenue dès 2016, la première place boursière islamique du continent en cotant cinq obligations islamiques émises par trois pays (la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo) pour une valeur totale de 1,3 milliard de dollars.

Cette année, la BRVM a joué un rôle majeur dans l’émission d’obligations destinées à la diaspora africaine (diaspora bonds) par la Banque de l’Habitat du Sénégal qui a été un succès avec 20 milliards de F.CFA mobilisés (30,5 millions d’euros).

Il faut sans doute adapter la stratégie à l’évolution du contexte de notre Union ainsi qu’à la tendance mondiale tout en consolidant les acquis. Pour les années à venir, plusieurs défis restent à relever particulièrement ceux de la liquidité du marché, de la formation des intervenants et des investisseurs, de la diffusion d’informations par les sociétés cotées et enfin, de l’attractivité de la BRVM pour les PME.

D’autre part, l’une de nos priorités sera l’intégration des Bourses de la Cedeao et la liaison avec les autres Bourses du continent à travers le projet AELP (African Exchanges Linkage Project) soutenu par la Banque africaine de développement.

Les réformes internes ont-elles été menées à terme ?

Les réformes visant à développer le marché ont été quasiment toutes engagées et pour beaucoup d’entre elles, achevées. Il reste à faire aboutir certaines dans les plus brefs délais comme le lancement de la Bourse en ligne, le démarrage des activités de BRVM Academy, l’élargissement de l’offre de services du Dépositaire Central/Banque de Règlement (DC/ BR), la digitalisation de certaines de nos opérations, etc.

Quelle part prend la Bourse au financement de l’économie, dans la région ?

Les pays de l’Union et le secteur privé ont levé, en emprunts obligataires, respectivement 6 092,24 milliards de F.CFA (9,29 milliards d’euros) et 961,68 milliards de F.CFA (1,47 milliard d’euros) sur le marché financier régional, depuis 1998. Ces ressources représentent environ 10 % du PIB de la zone, et ont servi au financement de tous les secteurs d’activité notamment les BTP, l’énergie, la grande distribution, les transports, les télécommunications, les banques etc.

La cotation des titres se déroule en continu et les flux d’information de marché sont disponibles en temps réel. Ces initiatives consolident le dynamisme de la BRVM qui consiste à faire des nouvelles technologies un levier pour développer la culture boursière et réduire l’asymétrie de l’information.

En matière de redistribution de richesse, à titre d’exemple, entre 2016 et 2018, le Dépositaire central/ Banque de règlement, a distribué aux investisseurs 455,7 milliards de F.CFA (695 millions d’euros) en intérêts et 304,28 milliards de F.CFA en dividendes (464 millions d’euros).

Au total, 759,98 milliards de F.CFA ont été réinjectés dans l’économie de la sous-région au cours de cette période. La BRVM contribue à financer les États et les entreprises du secteur privé tout en faisant bénéficier les investisseurs du fruit de la croissance à travers le paiement des dividendes et intérêts.

Quelle est la place qu’occupent les PME dans votre démarche ?

Vous le savez, les PME représen­teraient plus de 80 % du tissu économique de notre zone. La BRVM se devait de leur donner un accès au financement de marché surtout aux ressources à long terme.

C’est ainsi que notre Bourse a ouvert, le 19 décembre 2017, un compartiment qui leur est dédié et qui est dénommé BRVM Petites Capitalisations. Ce compartiment permettra aux PME et entreprises à fort potentiel de croissance d’ouvrir leur capital au public et lever des capitaux à long terme pour financer leur développement.

Pour alimenter ce compartiment, la BRVM a lancé, en collaboration avec les Bourses de Casablanca et de Londres, un programme de renforcement des capacités des PME dénommé Elite BRVM qui est une déclinaison du programme Elite développé par la Bourse de Londres.

Ce programme vise à préparer les PME à accéder au financement à long terme sur le marché des capitaux. En deux ans, nous avons pu recruter à travers ce programme trente PME quasiment de tous les pays de notre Union pour bénéficier de cette préparation. Nous espérons les inscrire progressivement à la BRVM au cours des prochaines années.

Que faites-vous pour accroître l’attractivité de la BRVM ?

La BRVM suit son plan stratégique dont l’une des actions majeures est la promotion du marché sur le plan régional à travers les Journées BRVM, que nous organisons chaque année dans au moins trois capitales de l’Uemoa.

Ces rendez-vous nous offrent l’opportunité de rencontrer des entreprises, des investisseurs particuliers et institutionnels et surtout d’accroître la culture boursière dans la région.

Ces actions donnent des résultats encourageants, car le nombre de compte titres ouverts dans les livres des Sociétés de gestion et d’intermé­diation a doublé entre 2012 et 2018. Sur cette même période, nous avons enregistré en moyenne deux Offres publiques de vente par an.

Nos actions de sensibilisation auprès des émetteurs, au sujet de la communication financière, ont permis une amélioration de la diffusion des informations financières. Aujourd’hui, les investisseurs ont accès à l’information boursière disponible partout et à tout moment grâce à notre nouveau site web, notre application mobile, etc.

Sur le plan international, depuis 2014, la BRVM accélère sa promotion sur les marchés financiers mondiaux à travers ses roadshows dénommés BRVM Investment Days.

À ce jour, cinq grandes places financières : Paris (2014), Londres (2015, 2018) New York (2015, 2018), Dubaï (2016), Johannesburg (2018), ont accueilli cet important évènement.

Les acteurs de l’écosystème financier de ces places financières dont des courtiers internationaux, des banques, des rediffuseurs d’informations financières, des agences de notation, des gérants de portefeuille, des fonds de Private Equity, etc. ont découvert les opportunités d’investissement que leur offrent la BRVM et le marché financier régional de l’Uemoa.

Comment opérez-vous avec les autres acteurs de l’économie ?

Dans l’exercice de ses activités, la BRVM travaille en étroite collaboration avec un ensemble d’institutions régionales et internationales (banques, assurances, caisse de retraite, fonds souverains etc.) ainsi que les acteurs publics et privés.

Par exemple, dans le cadre de la promotion de l’entrepre­neuriat dans les pays de l’Union, nous accompagnons les associations interprofessionnelles, Chambres de commerce et autres agences gouvernementales pour faciliter à leurs membres l’accès au marché des capitaux pour financer leur croissance.

Cet accompagnement prend la forme de Memorandum of Understanding. Ces mêmes accords sont également établis avec les fonds de Private Equity pour favoriser la sortie de ces fonds par la Bourse.

Qu’est-ce qui change dans vos pratiques avec l’afflux des nouvelles technologies ?

Les technologies de l’information ont toujours été au coeur de l’activité de la BRVM. Depuis sa création, le choix a été fait pour une Bourse totalement électronique avec la cotation et la négociation des titres dématérialisés à partir de tous les pays de l’Uemoa.

Aujourd’hui, la cotation des titres se déroule en continu et les flux d’information de marché sont diffusés en temps réel sur les plateformes d’acteurs mondiaux de données de marché tels que Bloomberg, Refinitiv, FactSet, etc., mais aussi sur notre application mobile, notre site Web, par SMS pour les abonnés mobiles qui y ont souscrit, etc.

Ces initiatives viennent consolider le dynamisme de la BRVM qui consiste à faire des nouvelles technologies un levier pour développer la culture boursière et réduire l’asymétrie de l’information.

Pour la BRVM, les nouvelles technologies constituent une opportunité pour développer de nouveaux services et améliorer la qualité de nos prestations.

Certaines technologies émergentes ont un fort potentiel de disruption et pourront remettre sérieusement en cause certains fondamentaux dans le mode de fonctionnement actuel des services financiers. C’est le cas de la Blockchain, des évolutions de l’Intelligence artificielle, de la Big Data, etc.

Il est donc important pour des institutions comme la nôtre de nous positionner au coeur de la transformation digitale et d’adapter nos services aux besoins des investisseurs.

Pour cela, nous avons lancé depuis l’an dernier notre laboratoire Fintech pour susciter le développement de solutions technologiques adaptées aux besoins du système financier dans la région Uemoa et aussi pour permettre aux start-up technologiques de la région de collaborer avec les institutions financières déjà établies pour se développer.

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