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African Banker

Covid-19 : Les fragilités structurelles accentuées

La détérioration prononcée des conditions de financement pourrait nuire aux pays africains au déficit courant élevé, et dépendant aux flux de capitaux extérieurs, considère S&P Global Rating.

Par Laurent Soucaille 

Une analyse conduite par les analystes crédit Mohamed Damak et Ravi Bhatia, de S&P Global Rating, pointe les facteurs de risque des pays africains, face à la pandémie de Covid-19.

Les pays où l’incertitude est la plus grande risquent de pâtir du ralentissement économique de l’Afrique, de la Chine, et de l’Europe. Cette analyse n’annonce en rien une dégradation des notes de crédit attribuée par l’agence américaine, tant aux dettes souveraines qu’à celle des grandes entreprises africaine.

La mise en quarantaine du personnel et des clients des banques pourrait entraver considérablement les opérations, en particulier lorsque le service à la clientèle repose principalement sur des réseaux d’agences

L’impact économique et financier immédiat, en Afrique, sera la conséquence de la baisse des exportations de produits de base, des envois de fonds, des revenus du tourisme, et d’un accès plus restreint aux marchés mondiaux des capitaux et aux investisseurs en portefeuille. « L’incertitude concernant la durée et la gravité de la pandémie maintiendra les risques élevés », soulignent les analystes de S&P.

Les pays les moins développés en matière de santé seront les plus touchés, et la détérioration des conditions financière affectera principalement les pays à faible solvabilité, notamment ceux qui font face à un déficit courant important et ceux qui dépendent beaucoup de l’étranger.

En matière de tourisme, la crise sera particulièrement sensible si l’épidémie se prolonge durant la saison haute, entre mai et septembre. Parallèlement, la crise sanitaire en Europe limite l’envoi de fonds venus de la diaspora.

Des gagnants et des perdants face au cours du pétrole

Le sous-équipement en matière de santé inquiète particulièrement l’OMS et appelle à des mesures drastiques, pointent les analystes de S&P. Lesquels saluent les décisions de plusieurs pays qui ont imposé des restrictions de transports et de rassemblements publics, comme l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, la Tunisie et l’Afrique du Sud.

L’impact de la chute des cours du pétrole est le plus aisé à analyser. Sur la base d’un prix moyen du pétrole à 40 dollars le baril en 2020 (contrairement aux estimations initiales de 60 $ par baril), les pays exportateurs comme l’Algérie, le Nigeria et l’Angola seront les plus affectés.

D’autant que les pays clients (Chine, Corée, Italie, France, etc.) sont très affectés par l’épidémie. Il en est de même pour certains autres produits comme le cuivre, qui a perdu environ 15% sur son plus haut de janvier. Ce déclin affectera les revenus de la Zambie et les projets de la RD Congo, par exemple.

À l’inverse, quelques pays tireront avantage de la situation, comme le Maroc et la Tunisie, qui se dotent de quelques marges de manœuvre, en matières fiscales, pour bénéficier de la baisse des cours du brut. Voilà qui serait de nature à réduire leurs déficits courants, « mais il est un peu tôt pour conclure que cet avantage compensera les effets négatifs de la crise sanitaire ».

Les analystes font le pari que les institutions monétaires, comme les Banques centrales, les banques d’investissement, vont intervenir et jouer leur rôle contra cyclique.

Chacun a pu voir les effets de l’épidémie sur les marchés financiers. Une fuite vers la qualité a fait augmenter le prix des actifs refuges, tels que les obligations de haute qualité et les devises de réserve, note S&P.

Les écarts de taux avec les emprunteurs de moindre qualité, tant du côté des dettes souveraines que du côté de la dette des entreprises, se sont considérablement élargis. Ce phénomène « aura un effet prononcé », en particulier sur les dettes de pays à l’importante dette extérieure.

La Tunisie, la Zambie, l’Égypte et l’Afrique du Sud, par exemple, sont exposées à la volatilité des marchés. Cela est particulièrement vrai pour la Tunisie, où une grande partie de la dette extérieure est à court terme.

Des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Bénin avaient l’intention de faire appel au marché des capitaux en 2020 mais ils devront probablement attendre. « Bien que la baisse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale pourrait continuer d’alimenter l’appétit des investisseurs pour les catégories d’actifs risquées, cela ne se manifestera pas avant plusieurs mois. »

La crise affectera les banques

Les analystes font le pari que les institutions monétaires, comme les Banques centrales, les banques d’investissement, vont intervenir et jouer leur rôle contra cyclique.

Cependant, il existe une incertitude quant au montant du financement qu’elles pourraient consentir, en particulier pour les pays comme la Tunisie qui ont du mal à mener à bien les réformes demandées par le FMI.

Certes, ce dernier a débloqué 50 milliards $ pour aider les pays à faible revenu et émergents confrontés à des perturbations liées au virus, dont 10 milliards $ à taux d’intérêt nul pour les membres les plus pauvres.

L’impact du coronavirus sur la croissance économique de l’Afrique et les notations de qualité des actifs de son système bancaire est susceptible de varier.

En Égypte, en Tunisie et au Maroc, la pression viendra du secteur hôtelier, en raison de la baisse des flux touristiques, ainsi que des volumes de crédit considérablement réduits. Les banques constatent déjà une baisse de la demande de capitaux et les entreprises réduisent leurs plans d’investissements.

Pour l’Afrique du Sud, la pression proviendra principalement des prêts aux particuliers non garantis dans un contexte de faible performance économique prolongée du pays.

Au Nigeria, à l’effet pétrole s’ajoute une dépréciation potentielle du naira qui pourrait être déclenchée par une disponibilité réduite de devises. Au Maroc, la baisse des transferts des non-résidents, qui représentent près de 20% de la base de dépôts, va également resserrer la liquidité des banques.

De l’intérêt des banques en ligne

En outre, les mesures des autorités mettront à l’épreuve les plans de continuité des activités bancaires. La mise en quarantaine du personnel et des clients des banques, par exemple, pourrait entraver considérablement les opérations, en particulier lorsque le service à la clientèle repose principalement sur des réseaux d’agences.

À l’inverse, les banques dotées de canaux de distribution numériques solides sont mieux placées que les autres pour continuer à dialoguer avec leurs clients.

Dans le même temps, la prévalence des services bancaires en ligne et des dispositions permettant au personnel bancaire de travailler à distance, augmente le risque de cyberattaques, en particulier lorsque ces procédures sont mises en œuvre à la hâte, sans mesures de sécurité préalablement testées.

Graphique : Un niveau élevé de dettes à court terme accroît les risques. 

(Montant de la dette à court terme, en % de la dette extérieure totale).

 

 

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