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African Banker

Conjoncture : le paradoxe africain de la dette

Conjoncture : le paradoxe africain de la dette
  • Publiéfévrier 20, 2024

La gestion plus vertueuse des pays africains permet chez la plupart un recul salutaire du ratio dette/PIB. En revanche, la hausse des taux accroît le service de la dette, davantage tributaire des aléas de marché.

 

La dette publique est en baisse, mais reste supérieure aux niveaux prépandémiques, et les vulnérabilités sous-jacentes demeurent, considère la BAD (Banque africaine de développement) dans son rapport de conjoncture. Performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique distingue les pays qui ont mis en œuvre des mesures d’assainissement budgétaire ou qui en un programme de restructuration de leur dette soutenu par le Fonds monétaire international. Dans ces pays, « les finances publiques se rapprochent progressivement de niveaux viables ».

Durant la pandémie, le ratio médian de la dette publique au PIB de l’Afrique a augmenté pour atteindre 64 % en 2020, contre 54,5 % en 2019. Par la suite le ratio de la dette sur le PIB s’est stabilisé à environ 63,5 % sur la période 2021-2023 et devrait retomber à environ 60 % en 2024, « mettant fin à une tendance à la hausse qui durait depuis près d’une décennie », se félicite la BAD.

La part dominante des créanciers privés dans le service de la dette à venir implique que les mécanismes de restructuration de la dette au titre du Cadre commun de traitement de la dette du G20 devraient s’efforcer d’intégrer les créanciers privés.

La restructuration de la dette a encouragé certains pays (Ghna, Zambie, Éthiopie…) à davantage de rigueur budgétaire en 2023. Dans douze pays, les niveaux de la dette publique en 2023 devraient avoir diminué, et être passés sous les niveaux prépandémiques.

Toutefois, malgré la baisse globale prévue de la dette, des défis considérables subsistent, soulignent les économistes de la BAD. D’ailleurs, « les vulnérabilités liées à la dette devraient augmenter en raison d’un changement de tendance en faveur du financement par le marché ».

Entre 2000 et 2021, 23 pays africains ont émis plus de 125 euro-obligations d’une valeur de plus de 1 510 milliards de dollars. L’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés avait pour résultat une amélioration des conditions macroéconomiques en Afrique. Les pays africains avaient bénéficié d’une augmentation des volumes de financement. Parallèlement, l’effondrement des prix du pétrole entre 2014 et 2016 et l’aggravation des déficits budgétaires primaires dans les pays riches en pétrole ont également entraîné des besoins de financement croissants, poussant certains pays à émettre leurs premières euro-obligations, tel le Cameroun en 2015.

La BAD invite à l’optimisme prudent

Tandis que les pays cherchent des financements basés sur le marché et hors Club de Paris, le dollar devient la monnaie prédominante pour la dette extérieure publique et garantie par l’État en Afrique.. De 2014 à 2020, la dette libellée en dollars représentait 52 % de l’encours de la dette publique et de la dette garantie par l’État en Afrique. En 2021, cette part était passée à 58 %, tandis que la part libellée en euros était de 14 % et celle libellée dans d’autres monnaies de 23 %. Dès lors, « la prédominance du dollar met en évidence la vulnérabilité de nombreux pays africains face à la hausse du dollar depuis le resserrement des conditions financières mondiales ».

 

Quelques échéances délicates, dès 2024

Nous le savons, la hausse des taux d’intérêt mondiaux, combinée à l’élargissement des écarts de taux de la dette souveraine et à la dépréciation des taux de change a « considérablement réduit » les financements pour de nombreux pays africains.

Depuis le début du cycle de resserrement en juillet 2022, les écarts de taux souverains moyens en Afrique sont montés en flèche pour atteindre trois fois la moyenne des marchés émergents. En conséquence, les coûts du service de la dette ont augmenté et, en novembre 2023, 21 pays africains présentaient un risque élevé de surendettement ou étaient déjà en situation de surendettement. Bien que les écarts de taux souverains se soient réduits par rapport au pic atteint au début de 2023, les coûts d’emprunt restent élevés.

Source : BAD, d'après données de la Banque mondiale.
Source : BAD, d’après données de la Banque mondiale.

 

Avec les remboursements d’euro-obligations arrivant à échéance en 2024 et 2025, certains pays pourraient avoir du mal à renouveler leur dette à court terme. Même si les taux d’intérêt mondiaux parvenaient à baisser parallèlement à la baisse de l’inflation, ils ne devraient pas revenir de sitôt aux niveaux d’avant la crise.

 

Un service de la dette qui gonfle

Dans de nombreux pays, la part des recettes publiques consacrée aux paiements au titre du service de la dette extérieure est plus élevée qu’avant la pandémie de Covid-19. Ce qui réduit l’espace budgétaire disponible pour des investissements dans les secteurs favorisant la croissance et le développement du capital humain. Et une fois encore, les budgets des secteurs de l’éducation et de la santé sont inférieurs, en Afrique, à ceux de régions comparables.

À l’exception du Tchad, de la RD Congo, de la Gambie et de la Mauritanie, le coût du service de la dette dans les pays africains était plus élevé en 2020–2022 qu’en 2015-2019.

Ainsi, les paiements au titre du service de la dette ont-ils augmenté de manière substantielle, paral­lèlement à l’accroissement de la part de la dette due aux créanciers privés. « Cette situation est préoccupante, car les négociations actuelles sur la restructuration de la dette ne parviennent pas à trouver un accord avec les créanciers privés », prévient la BAD.

En 2024, les pays africains devraient dépenser environ 74 milliards $ pour le service de la dette, contre 17 milliards $ en 2010. Quelque 40 milliards de dollars, soit 54 % du service total de la dette, sont dus à des créanciers privés. Les risques de refinancement pourraient encore augmenter, en particulier pour les pays faisant face à d’importants remboursements, telle la Côte d’Ivoire qui doit trouver 2,6 milliards $ en 2024.

En 2025, les créanciers privés représenteront plus de 50 % du total des paiements du service de la dette arrivant à échéance. « La part dominante des créanciers privés dans le service de la dette à venir implique que les mécanismes de restructuration de la dette au titre du Cadre commun de traitement de la dette du G20 devraient s’efforcer d’intégrer les créanciers privés », conclut la BAD.

Qui rappelle que jusqu’à présent, seul le Tchad est parvenu à un accord avec ses principaux créanciers, y compris les plus grands créanciers privés tels que Glencore.

@ABanker

Écrit par
Laurent Soucaille

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