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African Banker

Conjoncture : Fragile reprise dans l’Uemoa

Les économies ouest-africaines ont entamé leur redressement au second semestre 2020. L’activité et les crédits au secteur privé ont repris, sans nourrir l’inflation, constate la Banque centrale, qui laisse inchangée sa politique monétaire.

Par Aude Darc

Le Comité de politique monétaire (CPM) de BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) a maintenu les grands axes de son action. En particulier, le CPM a maintenu ses taux directeurs inchangés, faisant le double constat de la fragilité de la reprise économique, mais aussi des espoirs de redressement à court et moyen termes.

« Dans les mois à venir, la BCEAO continuera à mettre en œuvre une politique monétaire assurant la stabilité des prix, tout en soutenant le retour à une croissance forte », conclut le Comité de politique monétaire, réunit le 3 mars sous la présidence du gouverneur Tiémoko Meyliet Koné.

Le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidité est maintenu à 2,00% et le taux d’intérêt du guichet de prêt marginal reste à 4,00%, niveaux en vigueur depuis le 24 juin 2020. Le coefficient de réserves obligatoires applicable aux banques de l’Union demeure à 3,0%.

Analysant la crise sanitaire, le CPM s’inquiète de l’apparition de nouveaux variants du coronavirus, aux effets contagieux plus importants. Cette situation a nécessité des mesures supplémentaires pour endiguer la nouvelle vague de la pandémie, « fragilisant ainsi la reprise économique escomptée suite à la découverte de vaccins ».

Toutefois, le démarrage des campagnes de vaccination, à partir de décembre 2020 dans plusieurs pays avancés et émergents, ainsi que la poursuite des politiques budgétaire et monétaire de soutien, ont limité la dégradation de l’activité.

De plus, « la vaccination laisse entrevoir les perspectives d’une normalisation rapide », constate le CPM, qui prend acte des hypothèses du FMI, à savoir une croissance de l’économie mondiale de 5,5% en 2021, après une contraction de 3,5% en 2020.

Hausse des prix à l’export

Sur le plan conjoncturel, un point positif pour l’Afrique de l’Ouest : les cours des produits énergétiques et des autres produits de base se sont redressés pour le deuxième trimestre consécutif, après deux trimestres successifs de baisse. Soit une hausse de 8,4% des prix de l’énergie, après le rebond de 33,9% observée au troisième trimestre. Quant aux prix des produits de base non énergétiques, ils ont maintenu une tendance haussière (+9,5% en trois mois).

En particulier, les cours des matières premières agricoles exportées par les pays de l’Union ont enregistré une accélération du rythme de progression avec une croissance de 10,5% au quatrième trimestre 2020, après +6,0% le trimestre précédent. 

Au sein de la zone Uemoa, la reprise de l’activité économique s’est accélérée au quatrième trimestre 2020 : +1,3% du PIB par rapport à la même période de l’année précédente, + 0,6% au troisième trimestre. Ce regain se reflète dans l’ensemble des secteurs d’activité, dans le sillage de la reprise progressive de la demande intérieure. Pour l’ensemble de l’année 2020, les dernières estimations situent le taux de croissance économique de l’Union à 0,9% contre 5,7% en 2019. Les pays ouest-africains escomptent une reprise en 2021 (+5,8%), sous l’effet du maintien des mesures de relance budgétaire et de soutien monétaire.

Sans surprise, le CPM note qu’au plan budgétaire, l’année 2020 se solde par un creusement des déficits. Imputable, d’une part, aux effets négatifs de la pandémie de la Covid-19 sur les recettes et, d’autre part, aux dépenses engagées dans le cadre des plans de riposte et de relance mis en œuvre par les États. Ainsi, le déficit budgétaire, base engagements dons compris, rapporté au PIB, a plus que doublé passant de 2,4% en 2019 à 5,7% en 2020.

Faibles tensions inflationnistes

Sur le marché monétaire, les conditions financières demeurent favorables, à la faveur d’une « orientation accommodante » de la politique monétaire de la Banque centrale. Par exemple, la taux moyen des emprunts auprès de la BCEAO ressort à 2,00%, contre 3,38% en 2019. Sur le marché des titres publics, les conditions de financement des États membres ont continué de s’améliorer.

Sur le front de la « planche à billets », la masse monétaire a connu une accélération sur le dernier trimestre 2020 (+16,4%), à la faveur d’une hausse des crédits bancaires aux États et au secteur privé. Les réserves de change de l’Union se sont confortées, assurant la couverture de 6,3 mois d’importations de biens et services à fin janvier 2021, contre 5,9 mois à fin décembre 2020 et 5,6 mois à fin septembre 2020.

Cette légère embellie n’a en rien nourrit l’inflation, de 2,7% au quatrième trimestre contre 2,9% au trimestre précédent. La légère hausse de l’inflation « sous-jacente » (1,8% contre 1,6%) ne semble pas inquiéter les autorités monétaires. L’inflation, en 2020, ressort à 2,1% (contre -0,7% en 2019), soit 1,8% en huit trimestres, toujours dans la zone cible (entre 1,0% et 3,0%) définie pour la politique monétaire dans l’Union.

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