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Clap de fin pour Yup

Clap de fin pour Yup
  • Publiémars 16, 2022

La Société Générale a confirmé, le 11 mars, l’arrêt de son offre de Mobile money Yup dans les sept pays africains où elle est présente. Le groupe bancaire n’a pas su consolider une structure rentable. Elle prépare le retrait de ses clients et de ses salariés. Actualisation.

Cette fois, l’information n’est pas qu’interne : la Société Générale met fin à l’aventure YUP. Le groupe bancaire, qui en informé les différentes autorités de régulation, invoque le poids de la concurrence pour arrêter cette offre de Mobile money. Progressivement, la banque « suspend » les activités de ses filiales Yup dans les sept pays africains où elle est développée. Soit le Sénégal, le Ghana, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Madagascar, la Guinée.

Face à un certain emballement médiatique et sur les réseaux sociaux, et devant la légitime inquiétude de ses employés, la Société Générale précise que YUP ne mobilise qu’une centaine de salariés sur l’ensemble de ses pays d’implantation. De plus, le service comptait deux millions de clients au 30 juin 2021, dont seule la moitié présentait un solde positif sur leur compte.

Peut-on y voir le signe d’une redistribution des cartes dans le Mobile money, dominé par quelques Fintech comme Wave, au Sénégal ? Plutôt le signe que les leaders de cette industrie ne font guère de place aux autres.

C’est donc bien une question de pression concurrentielle qui a présidé à la décision de la Société Générale. D’autres acteurs continuent de tenter le pari, comme Afriland First Bank qui déploie sa solution de paiement mobile Sara Money.

Selon la Société Générale, le modèle économique de Yup n’était plus viable depuis quelque temps déjà. Le groupe se défait donc d’une structure qui avait pour finalité de participer à l’inclusion financière devenue un pan important de l’économie en Afrique subsaharienne. Les salariés s’inquiètent. Sur ce point, la Société Générale précise ce 11 mars qu’une période de transition s’ouvrira pour permettre la fin progressive des activités de YUP. « Un dialogue social sera mené avec les instances représentatives du personnel afin d’accompagner les collaborateurs au mieux dans cette étape », a informé la banque auprès des régulateurs. La banque promet d’étudier avec soin toute demande de candidature pour un poste dans la banque, de la part d’un salarié travaillant aujourd’hui pour YUP.

Au Sénégal, la banque emploie « quelques employés à qui nous allons faire des propositions alternatives pour les accompagner », expliquait une porte-parole, début mars.

Un marché en croissance, pourtant

En 2020, Manko, une autre filiale de la Société Générale du Sénégal, avait également cessé ses activités ; il s’agissait là de couper une « branche pourrie » par des malversations. Rien de tel avec Yup mais visiblement, la « SG » a des difficultés récurrentes dans le transfert d’argent en Afrique. Deux grands concurrents pourraient en profiter : Wave (au Sénégal notamment), NTM (au Cameroun et en Afrique centrale), et Orange Money, dans plusieurs pays. Sans compter les nombreuses initiatives de Mobile money qui fleurissent en Afrique, de manière indépendante ou plus sûrement dans le giron de groupes bancaires tel Ecobank.

Au Cameroun, le directeur général de la filiale a confirmé les craintes, dans une lettre adressée aux salariés de la banque. « Malgré tous les efforts consentis par les équipes YUP, dans les sept géographies concernées, dont le Cameroun, pour développer nos parts de marché et améliorer l’expérience, le service n’a pas réussi à créer un modèle viable et les perspectives de marché ne nous permettent pas d’envisager son maintien. »

En dépit d’un marché en forte croissance donc, un peu partout en Afrique, l’offre YUP n’a pas séduit, du moins pas de manière à être assez rentable pour le banquier. Les premiers entrants dans le marché, adossés à un opérateur de téléphonie ou à un grand spécialiste international (Wave) ont pris l’ascendant. Au Sénégal, Wave développe un modèle basé sur une commission forfaitaire de 1% sur chaque transaction nationale ; difficile de rivaliser face à un coût si attractif. Seul Sonatel (Orange) semble en mesure de le faire.

L’argument « ne tient pas la route », nuance Beaugas Orain Djoyum, du site spécialisé Digital Business Africa. Qui en veut pour preuve les données publiées par les différents opérateurs et la Banque centrale des États d’Afrique centrale. Pour la BEAC, plus de 1,1 milliard de transactions avaient été effectuées en zone CEMAC, en 2020. Soit 36 % en un an, dans une année de récession économique. Le nombre de transactions financières est également en constante augmentation. Certes, la monnaie électronique ne représente que 2% de la valeur des transactions, ce qui signifie que les comportements d’épargne et de decashing sont encore minoritaires, reconnaît la BEAC. Qui constate néanmoins un marché « toujours dynamique », notamment au Cameroun et au Gabon.

C’est donc bien une question de pression concurrentielle qui a présidé à la décision de la Société Générale. D’autres acteurs continuent de tenter le pari, comme Afriland First Bank qui déploie sa solution de paiement mobile Sara Money.

Au Cameroun, par exemple, Orange Money revendiquait 70% de parts de marché en juillet 2021, à l’occasion de son dixième anniversaire. Soient des transactions cumulées mensuelles de 800 milliards de F.CFA, rapporte le directeur d’Orange Money Cameroun, Emmanuel Tassembedo, au magazine Investir au Cameroun.

Que doivent faire les usagers ? Sur ce point, la Société Générale confirme les informations publiées début mars. Ils ont trois mois pour utiliser ou retirer leur solde de leur wallet. « En réalisant un paiement auprès d’un commerçant partenaire Yup ou en payant ses factures ou en achetant des crédits via leur application. » Ils peuvent également se rendre chez un agent partenaire, utiliser un distributeur automatique ou se rendre en agence pour transformer leurs avoirs en espèces.

Écrit par
Aude Darc

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