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African Banker Analyse et Opinion

CEMAC : Un marché interbancaire plus efficace

CEMAC : Un marché interbancaire plus efficace
  • Publiéaoût 19, 2022

Les réformes engagées par la Banque des États d’Afrique centrale afin de fluidifier le marché interbancaire portent progressivement leurs fruits, souligne une note de la BEAC. Cette dernière peut répondre aux besoins des banques et rendre sa politique monétaire plus efficiente.

 

Un espace monétaire digne de ce nom doit disposer d’un marché interbancaire efficace. Ce marché permet l’échange des liquidités entre les banques, fluidifiant leurs activités ; il permet la régulation de la liquidité bancaire par la Banque centrale. « Son efficience contribue au renforcement de l’efficacité de la politique monétaire », explique Guy Albert Kenkouo, chef du service Gestion de la liquidité à la direction de la Stabilité financière de la BEAC (Banque des États d’Afrique centrale).

Un meilleur réseau interbancaire offre aux banques la possibilité d’alléger les déficits enregistrés sur leurs comptes et de contribuer ainsi au renforcement de la transmission des impulsions monétaires à l’économie réelle.

Justement, constatant que son dispositif n’était guère efficace, la BEAC avait entrepris une série de réformes monétaires, ayant abouti, en 2018, à un nouveau cadre de sa politique monétaire, avec un accent particulier sur les mesures d’activation du marché interbancaire. Entre autres dispositions, le Banquier central a entrepris de moderniser les instruments de politique monétaire pour les adapter aux besoins des établissements de crédit. Il procède désormais à des appels d’offres régionaux à taux multiples et la constitution des réserves obligatoires en moyenne mensuelle, afin d’inciter les banques à dynamiser leur gestion de trésorerie. Et il a modernisé son dispositif d’évaluation des garanties des opérations de refinancement.

L’heure est désormais au bilan, que dresse Guy Albert Kenkouo dans une publication de la BEAC.

À son sens, les mesures prises par la Banque centrale en vue de l’activation du marché interbancaire devraient favoriser une intégration de ce compartiment du marché monétaire. En effet, un marché financier est parfaitement intégré si tous ses acteurs bénéficient de conditions similaires dans les échanges, indépendamment de leur structure financière, en particulier du point de vue de l’offre et de la demande. Ce traitement équitable dans les échanges entre les différents acteurs d’un marché permet de mieux diversifier les risques dans l’économie, d’améliorer l’allocation des capitaux et de soutenir ainsi l’activité économique.

Ainsi, on devrait assister, insiste l’auteur, à la densification du réseau interbancaire, à l’intensification des échanges, à la défragmentation du marché interbancaire et à une réduction de l’excédent de liquidité du système bancaire.

Depuis juin 2018, on constate une hausse importante du nombre d’acteurs et de transactions enregistrées mensuellement. En effet, alors que seulement huit banques sur la cinquantaine que compte le système bancaire de la Zone étaient actives sur le compartiment interbancaire en mai 2018, 29 ont participé au dénouement des transactions enregistrées sur ce marché en mai 2022, avec un pic de 31 participants observé en décembre 2021.

De plus, 69 opérations, d’un montant total de 359,7 milliards de F.CFA, ont été dénombrées en mai 2022 contre quatre opérations identifiées en mai 2018, pour un volume cumulé de 8 milliards de F.CFA. Ces opérations concernent aussi bien les établissements de crédit de même groupe que ceux de groupes bancaires différents.

 

Des résultats encourageants

En matière d’intensification des échanges, le volume des opérations interbancaires a progressé entre mai 2018 et mai 2022, avec une plus forte hausse des transactions régionales. En effet, évalué à 8 milliards en mai 2018 (4,5 milliards d’opérations intragroupes et 3,5 milliards d’opérations intergroupes ; 4,5 milliards d’opérations nationales contre 3,5 milliards d’opérations régionales), le volume mensuel cumulé des transactions interbancaires s’est établi à 359,7 milliards de F.CFA en mai 2022. Avec une prédominance des transactions régionales et intergroupes, la dynamique observée sur ce marché laisse apparaître une défragmentation progressive du compartiment interbancaire.

Enfin, l’économiste constate donc une réduction de l’excédent de liquidité bancaire. En effet, à l’entrée en vigueur du nouveau cadre de mise en œuvre de la politique monétaire, la BEAC devait régulièrement absorber de la liquidité dans le cadre de ses interventions hebdomadaires, pour 900 milliards de F.CFA environ. À fin mai 2022, ses interventions ne représentaient que 350 milliards de F.CFA, indiquant ainsi une baisse significative du volume des réserves excédentaires du système bancaire.

Il ressort de ce qui précède que les résultats de la stratégie d’activation du marché interbancaire, entreprise dans le cadre des réformes monétaires dans la CEMAC, sont « encourageants », conclut l’auteur. En effet, depuis quatre ans, on observe une densification progressive du réseau interbancaire, qui en favorisant l’intermédiation de bilan et de marché, offre aux établissements de crédit la possibilité d’alléger les déficits enregistrés sur leurs comptes et de contribuer ainsi, à la résorption des réserves excédentaires et par ricochet au renforcement de la transmission des impulsions monétaires à l’économie réelle. En outre, les développements enregistrés sur le marché interbancaire contribuent de la fonction trésorerie dans la détermination de la rentabilité des établissements de crédit, notamment avec la maîtrise des coûts des ressources pour les banques en déficits de liquidité et les profits engrangés pour celles en excédent de liquidité.

@ABanker

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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