x
Close
African Banker

CEMAC : la Banque centrale assèche le marché monétaire

CEMAC : la Banque centrale assèche le marché monétaire
  • Publiéavril 24, 2024

La politique d’aspiration des liquidités bancaires par la Banque centrale empêche les pays de l’Afrique centrale, ainsi que leur banque de développement, de procéder à des refinancements de long terme.

 

Les temps sont difficiles, pour les emprunteurs « souverains » en Afrique centrale. La BDEAC (Banque de développement des États de l’Afrique centrale), le Gabon, et, ce 24 avril 2024 le Cameroun, ont décidé de remettre à plus tard des émissions de titres publics sur le marché financier, ou ont revu en baisses leurs ambitions.

La BDEAC avait l’intention de lever jusqu’à 100 milliards de F. CFA au cours des premiers mois de l’année. La première moitié de cette somme a été récoltée, de manière laborieuse : il a fallu trois émissions successives, entre le 4 et le 22 mars, à des taux d’intérêt de 4,7% à 6,2%. Une opération de court terme, achevée le 22 avril, a été plus fructueuse.

La BEAC mettra en circulation, entre juin et septembre, de nouvelles pièces de 200 francs CFA. L’objectif est de lutter contre le problème de monnaie qui persiste sur les marchés de l’Afrique centrale.

Le Gabon a connu pareille mésaventure. Trois tranches distinctes (portant intérêt de 6,0%, 6,5% et 7,5%) ont été prolongées au 29 avril, soit un mois après la date prévue de clôture, devant le manque d’engouement des investisseurs. Une nouvelle levée de fonds devait se tenir courant avril mais elle a été repoussée, compte tenu d’un marché « surchargé », a expliqué à la presse un responsable du ministère des Finances. Ces deux émetteurs (BDEAC et Gabon) avaient pourtant réussi leurs émissions obligataires, en 2023.

Les émetteurs sont ici victimes de la politique monétaire de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale), font observer les spécialistes. En adoptant une politique restrictive, afin de lutter contre l’inflation, elle raréfie les liquidités bancaires. Selon ses estimations, la hausse des prix, en CEMAC, s’explique à hauteur de 20% par l’abondance de liquidités bancaires. Or, dans un marché monétaire peu liquide, auquel les ménages participent peu, les banques sont les seuls souscripteurs possibles de telles opérations.

De plus, l’institution monétaire a mis sur le marché des « Bons BEAC », des titres de créances de court terme qui offrent des rendements attractifs, d’où cette « cannibalisation » au détriment des opérations de moyen et long termes. Justement, la BEAC a achevé avec succès une émission de ces bons à 14 semaines, rémunérés à 2,5 %, ce qui s’est traduit par le « retrait » de 50 milliards de F.CFA du circuit bancaire.

 

Le Cameroun attendra

C’est la première fois, depuis le lancement de ces émissions de bons, en mars, que l’opération enregistre un tel succès, à savoir une sursouscription de 156%. Parallèlement, les investisseurs ont durci leurs conditions d’emprunt, faisant hésiter les États à proposer des taux élevés.

D’autre part, cette raréfaction des capitaux disponible accroît l’incertitude sur les marchés et en conséquence, rend plus difficile le travail des intermédiaires (SVT) dont la mission est de garantir à leurs clients le niveau des montants investis et des taux ; les « arrangements » sont devenus plus délicats, ce qui réduit les « prises fermes » de participation aux opérations. Les prises fermes permettent aux émetteurs d’avoir la certitude que leur opération atteindra un certain seuil de souscription. Sur ce point, notons que la BDEAC avait voulu innover, cette année, en confiant le rôle d’arrangeur à des sociétés de Bourses indépendantes : or celles-ci n’ont pas la même latitude financière que les filiales de grandes banques.

C’est dans ce contexte que l’État du Cameroun vient de repousser son emprunt obligataire 2024, d’un montant de 200 milliards de F.CFA des titres. « Les tractations sont en cours. En plus, le marché est actuellement saturé par le Gabon et la BDEAC », commente la direction générale du Trésor du ministère des Finances, auprès du magazine Investir au Cameroun.

On le voit, le Gabon, la BDEAC, et désormais le Cameroun, veulent se donner plus de temps, et surtout plus de possibilités d’attirer des investisseurs visiblement réticents. Pourtant, la flexibilité des deux emprunts à taux multiples qui offrent aux souscripteurs une palette de choix, en matière de taux d’intérêts et de maturité.

Dans l’attente d’hypothétiques meilleures conditions de marché, l’État du Cameroun prépare… un rachat de titres obligataires, prévu pour le début mai. Une opération classique de « refinancement », qui, en bonne gestion, est financée par des emprunts à taux plus faibles. Tel ne pourra pas être le cas ici.

Par ailleurs, la BEAC mettra en circulation, entre juin et septembre, de nouvelles pièces de 200 francs CFA. L’objectif est de lutter contre le problème de monnaie qui persiste sur les marchés de l’Afrique centrale. Les anciennes pièces resteront en circulation. Selon l’institut d’émission, la nouvelle composition des alliages rendra les pièces moins attractives pour les trafiquants.

@ABanker

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *