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Bank Al-Maghrib redoute une inflation durable

Bank Al-Maghrib redoute une inflation durable
  • Publiédécembre 27, 2022

La Banque centrale marocaine et les économistes préviennent d’une inflation durable au Maroc, et s’attendent donc à la poursuite probable de la politique de resserrement du crédit. Au risque de pénaliser la fragile croissance économique.

 

La hausse des taux est-elle achevée au Maroc ? Telle n’est pas l’opinion des experts financiers, qui en veulent pour preuve le dernier communiqué du Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM). Lequel avait décidé, le 20 décembre 2022, de relever ses taux directeurs de 50 points de base, à 2,50%. Une décision destinée à « prévenir tout désancrage des anticipations d’inflation et favoriser le retour de l’inflation à des taux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix », expliquait l’institution monétaire.

La Banque centrale précisait qu’elle continuerait de suivre de près la conjoncture économique et les pressions inflationnistes, tant au niveau national qu’international. Elle pronostique une accélération de l’inflation à 6,6% en 2022 (contre 1,4% en 2021), avant un retour à 3,9% en 2023 puis à 4,2% en 2024. L’inflation actuelle est nourrie essentiellement par l’accélération de la hausse des prix des produits alimentaires et des carburants et lubrifiants. En revanche, la BAM espère une croissance du PIB de 1,1% en 2022, un peu plus élevée que prévu jusque-là, et de 3% en 2023.

Certes, la plupart des banques centrales ont ralenti le rythme de leur durcissement monétaire, depuis l’automne, à la faveur d’une légère détente de l’inflation. Il n’en reste pas moins qu’elles ont toujours pour objectif, à moyen terme, de ramener l’inflation sous les 2%.

« La Banque centrale confirme ainsi le tournant de sa politique monétaire entamé en septembre », commentent les analystes d’Attijari Global Research. Qui rappellent que le Maroc a subi une poussée inflationniste cette année, avec un pic inconnu depuis trente ans, de 8% en glissement annuel, en octobre.

Les analystes dressent deux constats d’ensemble face à l’attitude de la Banque centrale. Premièrement, « le caractère durable de l’inflation au Maroc devient désormais le scénario central » de la BAM. La diffusion des pressions inflationnistes externes, conjuguée à la décompensation des produits subventionnés prévue, à compter de 2024, devrait alimenter les tensions haussières sur les prix.

Deuxièmement, on peut s’attendre à « la poursuite du durcissement monétaire des banques centrales à l’international en 2023 ». En dépit d’une nette décélération à l’international, l’inflation se maintient toujours à des niveaux élevés aux États-Unis et en Zone euro. Par conséquent, la Fed et la BCE devraient poursuivre le relèvement de leurs taux directeurs en 2023.

 

Dépréciation du dirham

Ainsi, dans un contexte inflationniste qui s’avère plus durable que prévu, Bank Al-Maghrib se fixe-t-elle comme nouvelle priorité la lutte contre la hausse des prix. « En resserrant davantage les conditions de financement de l’économie, BAM devrait ainsi ralentir la dynamique de la demande intérieure au Maroc, via ses composantes investissement et consommation », préviennent les économistes d’Attijari.

Cette nouvelle orientation monétaire fait face aussi à deux enjeux majeurs. D’une part, les pressions visibles sur la rémunération de l’épargne. En effet, depuis le deuxième trimestre, les taux réels sont négatifs, c’est-à-dire que la rémunération de l’épargne est inférieure à l’inflation.

D’autre part, on peut redouter la poursuite de la dépréciation du dirham face au dollar. La monnaie américaine bénéficie du « processus agressif » de relèvement des taux par la Réserve fédérale.

Dans cette perspective, Bank Al-Maghrib devrait en toute logique poursuivre son cycle de resserrement monétaire en 2023, à travers au moins une hausse supplémentaire de son taux directeur durant le premier semestre 2023.

Restent de nombreuses interrogations qui agitent les économistes. Elles tiennent, d’une part, à l’efficacité d’un resserrement de la politique monétaire sur l’inflation, dans la mesure où celle-ci provient non pas d’une surchauffe économique mais de la hausse des prix des matières premières, notamment de l’énergie.

D’autre part, comment s’orientera l’activité économique ? « La hausse des taux de la BAM n’aura d’impact ni sur les crédits à l’économie ni sur la demande, et donc, sur le taux d’inflation au Maroc », prévient l’universitaire Omar Bakkou, spécialiste des changes. Cela étant, la moindre attractivité de l’épargne pour les ménages, conjuguée au coût de refinancement plus élevé pour les banques, ne manquera pas d’avoir des effets sur l’économie réelle, tôt ou tard, renseigne la doxa économique.

Certes, la plupart des banques centrales ont ralenti le rythme de leur durcissement monétaire, depuis l’automne, à la faveur d’une légère détente de l’inflation. Il n’en reste pas moins que FED, BCE et autres Banque d’Angleterre ont toujours pour objectif, à moyen terme, de ramener l’inflation sous les 2%. Nous en sommes loin.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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