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African Banker

Bank Al-Maghrib maintient sa politique « accommodante »

La Banque centrale marocaine maintient ses taux inchangés. Si elle prévoit de nouvelles tensions sur les prix en 2022, l’institution s’attend à de moindres pressions inflationnistes en 2023, et ne veut pas grever la reprise économique, encore fragile. 

Par Laurent Soucaille

La Bank Al-Maghrib n’échappe pas au dilemme qui secoue les banques centrales africaines et occidentales. Faut-il s’inquiéter des tensions inflationnistes et durcir la politique monétaire, au risque de tuer dans l’œuf le rebond de l’économie ? Lors de sa dernière réunion de l’année, le 21 décembre 2021, son Conseil a décidé de maintenir sa politique monétaire « accommodante ».

En 2022, la Banque centrale devra composer avec deux paramètres essentiels : soutenir la relance économique en redynamisant la demande intérieure d’une part, et limiter les pressions inflationnistes importées d’autre part, jugent les experts d’Attijariwafa Research.

Ses membres ont noté que l’activité économique enregistre globalement « une nette reprise » cette année, favorisée par les avancées notables de la campagne de vaccination et le maintien des encouragements budgétaire et monétaire. Toutefois, « les nouvelles vagues de la pandémie dans plusieurs pays partenaires et les restrictions que les autorités nationales ont été amenées à mettre en place renforcent les incertitudes qui entourent les perspectives économiques ».

Sur le plan du financement de l’économie, l’orientation de la politique monétaire assure les conditions de financement adéquates, juge le Conseil. Qui a, en conséquence, décidé de maintenir son taux directeur à 1,50%.

Certes, l’analyse des prix à la consommation fait ressortir des hausses sensibles ces derniers mois pour certains produits alimentaires et pour les carburants et lubrifiants. Cette évolution résulte essentiellement des pressions externes liées à la flambée de leurs cours sur les marchés internationaux.

L’inflation devrait ressortir à 1,4% en 2021 ; elle pourrait se porter à 2,1% en 2022 avant de revenir vers 1,4% en 2023, prévoit la Banque centrale, qui anticipe une dissipation des pressions externes.

La crise sanitaire pèse toujours

Sur le plan international, après un rebond de 5,9% en 2021, la croissance mondiale pourrait se limiter à 4% en 2022 et 3,1% en 2023, prévient la Banque. Du côté des prix, ceux des matières premières devraient demeurer largement au-dessus de leurs niveaux d’avant-crise, ces deux prochaines années.

À noter que les économistes prévoient un recul des prix du phosphate, à partir de 2023.  Quoi qu’il en soit, « le renchérissement des matières premières, conjugué à l’amélioration de la demande, aux goulets d’étranglement de la production de certains biens ainsi qu’à l’augmentation du coût du fret continuent de générer de fortes pressions sur les prix à la consommation ».

Au cours des deux prochaines années, le rythme de l’activité marocaine restera largement tributaire de l’évolution de la situation sanitaire aux plans national et international et des restrictions que les autorités seraient amenées à décider.

Les projections de Bank Al-Maghrib tablent sur une consolidation de la croissance à 2,9% en 2022 et à 3,4% en 2023. Des anticipations jugées « conservatrices » par les experts d’Attijariwafa Research, parce qu’elles tiennent compte de l’instabilité du contexte sanitaire à l’international.

Sur le plan des grands comptes, la Banque prévoit un léger creusement du déficit courant en 2021, la bonne tenue des exportations de phosphate et de l’industrie automobile étant compensée par l’alourdissement de la facture énergétique, principalement.

Un cap « volontariste »

Enfin, Bank Al-Maghrib prévoit que les transferts des Marocains résidant à l’étranger vont revenir à des niveaux en ligne avec leur rythme d’avant crise, enregistrant une contraction de 23,2% à 72,8 milliards de dirhams en 2022 et de 1,9% en 2023 à 71,4 milliards.

La Banque centrale marocaine maintient ainsi, depuis 2020, « le cap volontariste de sa stratégie monétaire », commentent les analystes d’Attijariwafa Research. Qui rappellent que l’institution a abaissé à deux reprises son taux directeur de 75 points, a libéré totalement son compte de la réserve et a renforcé son dispositif de refinancement des banques.

Toutefois, la période actuelle est marquée par les divergences entre les Banques centrales, à l’international, concernant le caractère transitoire des poissées inflationnistes. De son côté, la FED américaine envisage déjà trois hausses de taux durant l’année 2022.

Au Maroc, l’inflation semble « maîtrisable », tandis que le déficit de liquidité bancaire devrait s’alléger, jugent les analystes. « Le système bancaire continue de financer l’économie à un coût relativement favorable. »

Bref, la politique monétaire « accommodante » de la Banque centrale est en adéquation avec les impératifs économiques actuels.

En 2022, elle devra composer avec deux paramètres essentiels : soutenir la relance économique en redynamisant la demande intérieure d’une part, et limiter les pressions inflationnistes importées d’autre part. « Une équation qui jusqu’à présent, n’impose pas un durcissement de la politique monétaire », concluent les analystes marocains.

@LS

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