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African Banker

BAD : Une feuille de route pour l’Afrique

La Banque africaine de développement attend un rebond des économies africaines, mais s’inquiète d’une crise de la dette. Les pays devront poursuivre les réformes structurelles et faire preuve de bonne gouvernance, pour limiter leur surendettement.

Par Laurent Soucaille

« De la résolution de la dette à la croissance, une feuille de route pour l’Afrique. » La BAD (Banque africaine de développement) titre ainsi son rapport 2021 « Perspectives économiques pour l’Afrique ». En espérant qu’il ne sera pas besoin, contrairement à l’an dernier, d’en publier une nouvelle édition dans quelques mois, pour cause de crise économique intense.

La lutte contre les « fuites » dans la gestion des ressources publiques participe du nouveau paradigme prôné par la BAD. De même que la numérisation des économies et le respect d’une « concurrence loyale ».

En effet, cette année, l’Afrique devrait se remettre de la pire récession économique enregistrée en un demi-siècle. Après une contraction de 2,1% en 2020, le PIB réel africain devrait croître de 3,4%. Cette reprise sera soutenue par celle du tourisme, un rebond des prix des matières premières et la levée des restrictions induites par la pandémie.

Toutefois, « les perspectives sont sujettes à une grande incertitude liée à des risques externes et internes ». En interne, les risques tiennent à une résurgence de l’épidémie, au surendettement, à la volatilité des marchés financiers, à la faiblesse des prix des matières premières, à la faiblesse du tourisme et des envois de fonds. Sans compter les événements météorologiques et les tensions sociales.

En revanche, une croissance meilleure que prévu n’est pas exclue. À condition que soient déployés des traitements et des vaccins contre la Covid-19, que la mise en œuvre de la Zone de libre-échange avance. Et que l’Afrique continue d’avancer dans sa transformation structurelle, en particulier à la faveur de la numérisation de son économie.

En 2020, les déficits budgétaires ont doublé, pour atteindre le niveau historique de 8,4% du PIB, mais la BAD « attend un processus d’assainissement progressif en 2021 et au-delà ». Une politique monétaire souple (baisse des taux sans laisser filer l’inflation) et les plans de relance budgétaires devraient soutenir l’activité.

Priorité à la santé

Il n’en reste pas moins que la crise a accru les inégalités. La BAD calcule que pour ramener les « nouveaux pauvres » au seuil de pauvreté de 1,9 dollar par jour, il faudrait dépenser environ 4,5 milliards $ en 2021, soit une moyenne de 90,7 millions $ par pays.

Et la BAD d’émettre une série de recommandations : continuer de soutenir le secteur de la santé afin de consolider les acquis de la lutte contre la pandémie. Sans oublier de lutter contre les autres pathologies. Il faudra maintenir le soutien monétaire et budgétaire pour appuyer la reprise économique, là où il existe encore une marge de manœuvre budgétaire ou un accès à la liquidité.

Une fois la reprise entamée, les pouvoirs publics doivent s’engager sur une voie crédible d’assainissement budgétaire afin de rétablir la soutenabilité de la dette et la viabilité budgétaire. À défaut, les décideurs devront rechercher un appui international sous la forme de dons et de prêts concessionnels.

Les pays africains doivent lutter contre la pauvreté en élargissant les filets de Sécurité sociale et en rendant la croissance plus équitable. Objectif : ne pas perdre plus de vingt ans de progrès. Dans ce contexte, la numérisation des économies facilite la tâche, ne serait-ce qu’en réduisant les coûts.

Le plus tôt possible, il faudra rouvrir les écoles, les lieux d’apprentissage, afin d’accumuler du capital humain. Dans le même temps, il faudra intensifier les politiques actives en faveur du marché du travail, afin de doter la main-d’œuvre des outils nécessaires. La BAD sera attentive à ce que les pays africains renforcent la solidarité régionale et multinationale, pour une reprise partagée et durable.

D’un niveau de 60 %, le ratio de dettes/PIB devrait augmenter de 10 à 15 points d’ici la fin de l’année, du fait de la pandémie. Ce, alors que la pandémie entraîne une forte hausse des besoins. Les plans de relance coûtent de 0,02% du PIB au Soudan du Sud à 10,4% du PIB en Afrique du Sud.

Le poids de la dette

Selon la BAD, les gouvernements africains auront besoin de 154 milliards $ pour couvrir les besoins 2020-2021. Les pays les plus touchés par la hausse de l’endettement sont les économies dépendantes du tourisme et celles à forte intensité en ressources autre que le pétrole.

La dépréciation des taux de change, pour les zones concernées, constitue un facteur aggravant. La BAD constate que la dette africaine s’oriente de plus en plus vers les fonds privés. Au moins 21 pays ont accédé aux marchés de capitaux ces trois dernières années. Les autres continuent de se tourner vers les prêteurs du Club de Paris, ainsi vers les nouveaux venus, notamment la Chine.

En décembre 2020, la BAD comptait 14 pays présentant un risque élevé de surendettement, et six sont déjà dans cette situation, sur 38 pays pour lesquels les analyses de soutenabilité étaient possibles.

D’autres vulnérabilités émergent, surtout si certains pays se voient fermer les portes des marchés financiers, en raison d’une dégradation de leur rating. La BAD considère qu’une plus grande ouverture au commerce favorise un rétablissement plus rapide d’un surendettement sur les marchés. Tandis qu’un programme économique appuyé par les institutions internationales contribue à réduire les épisodes de surendettement.

Attention, s’endetter n’est pas un mal en soi : les décideurs politiques devraient profiter de la faiblesse des taux d’intérêt mondiaux actuels pour emprunter des capitaux peu coûteux, afin de réaliser des investissements publics à haut rendement.

Néanmoins, l’architecture financière internationale rend une restructuration ordonnée de la dette souveraine difficilement réalisable. Et la BAD d’appeler à une coordination mondiale sur ce point. Diverses initiatives, des innovations, sont à attendre et les pays africains doivent se tenir prêts à prendre le bon wagon.

Face aux (mauvaises) expériences du passé, la BAD suggère un nouveau paradigme : combiner bonne gouvernance et croissance, pour sortir de la crise pandémique et éviter une crise de la dette. La lutte contre les « fuites » dans la gestion des ressources publiques participe de cette politique. De même que la numérisation des économies et le respect d’une « concurrence loyale ».

Quelques chiffres :

La BAD prévoit donc une hausse du PIB de 3,4% en 2021 en Afrique. Les pays économies dépendantes du tourisme (-11,5% en 2020) pourraient rebondir de 6,2%.

La croissance des exportateurs de pétrole pourrait passer de -1,5% à 3,1%. Celles des économies à forte intensité en ressources de -4,7% à 3,1% et celle des pays à faible intensité en ressources de -0,9% à 4,1%.

Par région, l’Afrique de l’Est paraît comme étant la plus résiliente, grâce à sa moindre dépendance aux produits de base et à son économie plus diversifiée.

Sa croissance, de 0,7% en 2020, pourrait atteindre 3% cette année et 5,6% en 2022. Djibouti se distingue (+9,9% en 2021). Au contraire, l’Afrique australe devrait être la plus touchée (-7% en 2020, 3,2% en 20212,4% en 2022).

Selon la BAD, le PIB de l’Afrique de l’Ouest a reculé de 1,5% en 2020, ce qui est finalement mieux que redouté. Le Bénin et la Côte d’Ivoire ont enregistré des croissances appréciables. Dans la sous-région, elle devrait atteindre 2,8% en 2021 et 3,9% en 2022. De son côté, l’Afrique centrale a vu son PIB reculer de 2,7% l’an dernier. Le rebond pourrait atteindre 3,2% en 2021 et 4% en 2022.

Enfin, l’Afrique du Nord, après une contraction de 1,1% (à la faveur d’une croissance de 3,6% en Égypte) devrait connaître une « reprise robuste » en 2021 (+4%) et en 2022 (+6%). Nous reviendrons ultérieurement sur les prévisions régionales de la BAD.

LS

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