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African Banker

Libérer la croissance grâce à la technologie numérique

Seuls les entrepreneurs prêts à casser le moule, à adopter de nouvelles plateformes et technologies répondant aux contraintes actuelles, peuvent libérer la croissance économique du continent. C’est pourquoi l’Afrique a raison de prendre le train de la Blockchain.

Par Dhafer Saïdane, professeur à la SKEMA Business School 

Les entreprises privées et les gouvernements ont principalement recours aux sources de financement traditionnelles, lesquelles se révèlent, jusqu’à présent, insuffisantes.

Pourtant, les besoins ne cessent de croître. Le déficit de financement pour le développement des infrastructures en Afrique est estimé à 2 300 milliards de dollars. Pour combler ce déficit, il faudra de nouvelles solutions et davantage d’innovations. 

L’Afrique souffre d’un coût d’intermédiation financière élevé. Les facteurs qui retardent son développement sont notamment les réglementations onéreuses, les difficultés d’accès aux financements, les risques politiques, le coût élevé des financements et la durée non optimale des prêts.

Les emprunteurs ne peuvent malheureusement pas échapper à ces contraintes lorsqu’ils utilisent un financement bancaire traditionnel. 

En outre, les banques ont un accès limité à des informations approfondies, pertinentes et fiables. Beaucoup d’entre elles manquent de compréhension des marchés dans les différents pays.

La volatilité des devises et des prix des produits de base constitue un défi les conduisant à la recherche d’un équilibre entre le court et le long terme. 

Cependant, les banques ont trouvé des moyens de contourner ces obstacles grâce à la couverture des agences de crédit ou « Credit bureaus » pour soutenir le financement dans des pays considérés à haut risque. Mais « la banque de gros » en Afrique est encore à la traîne en matière d’innovation. Elle est confrontée à un risque d’être déstabilisée si le secteur n’innove pas. 

Moins d’intermédiaires 

Dans la banque de détail on assiste à quelques succès. Plusieurs innovations dans des pays où les services bancaires sont minimes ont été encouragées grâce à un appui réglementaire et politique. L’exemple le plus connu reste M-Pesa de Safaricom, qui a été lancé en 2007 et qui a aidé plus de 59 % de la population kényane à accéder aux plateformes d’argent mobile. 

La crypto-finance et la Blockchain…

L’Afrique a besoin de capitaux et de prêteurs de garanties, mobilières ou immobilières. La Blockchain constitue un maillon central pour apporter la confiance qui manque aujourd’hui dans les contrats entre les parties. 

…vont libérer la banque africaine. En effet la crypto-finance est une finance gérée et utilisée sur un réseau informatique décentralisé, de pair à pair appelé Blockchain, qui est une technologie de stockage et de transmission d’informations. C’est un grand livre renfermant un ensemble de transactions. 

Les applications de la Blockchain sont nombreuses en finance. Il s’agit d’un facteur de « disruption » caractérisé par un bouleversement de l’organisation bancaire classique grâce à une technologie inédite.

On parle de « néo-banque », c’est-à-dire de fonctions bancaires traditionnelles revisitées par la Blockchain. L’existence d’une telle technologie pourrait-elle consolider le pouvoir des banques africaines sur l’information financière ? La blockchain peut-elle réduire les coûts de l’intermédiation financière ? 

Confiance dans le protocole 

La Blockchain permet d’enregistrer de l’information sous format numérique sans avoir nécessairement recours à un tiers de confiance. L’information est sécurisée et décentralisée. Deux membres du réseau peuvent ainsi effectuer des transactions « de pair à pair » sans intervention d’un intermédiaire. 

À chaque fois que quelqu’un veut consulter une transaction dans la Blockchain, il doit la décrypter. Décentralisation oblige, ce sont les utilisateurs qui sont mis à contribution pour valider les transactions.

On les appelle « les mineurs », ils sont rémunérés en bitcoin pour le travail qu’ils effectuent, c’est-à-dire le décryptage de la Blockchain. D’ailleurs à chaque fonction bancaire classique correspond un usage précis de la Blockchain en tant que technologie de stockage et de transmission d’informations. 

La Blockchain pourrait réduire les coûts des activités opérées par les intermédiaires financiers. Elle permettrait une réduction des coûts d’audit des transactions et des coûts de mise en réseau des participants à un système financier.

Elle pourrait également réduire les coûts associés à la sécurisation des échanges financiers, améliorer la vitesse de traitement de certaines transactions et permettre une flexibilité sur les opérations de règlement et de compensation réalisées par les infrastructures postmarché. 

La confiance dans l’intermédiaire est donc remplacée par une confiance dans le code du protocole, et les mécanismes d’incitations (entre « mineurs ») qui y sont associés. Par exemple, dans le protocole Bitcoin, les mineurs se font concurrence pour gagner le droit d’ajouter un bloc, afin d’obtenir la rémunération prévue en bitcoin. 

En Afrique, les plateformes pédagogiques en ligne, l’autoformation, l’essor du e-learning et des Moocs, réduisent la fracture numérique. Le savoir des meilleurs centres de recherche partout dans le monde devient accessible à tous.

Il y a cinq ans, les Fintechs étaient quasiment inexistantes en Afrique. Aujourd’hui, l’Afrique et l’Europe sont presque au même niveau. L’Afrique a besoin de capitaux et de prêteurs de garanties, mobilières ou immobilières. La Blockchain constitue un maillon central pour apporter la confiance qui manque aujourd’hui dans les contrats entre les parties. 

Libérer les innovations 

La Blockchain peut devenir rapidement la base de tous les échanges entre offre et demande. Imperméable aux fraudes, elle sécurise les demandes, les paiements et l’accès aux documents. 

Selon la Banque mondiale, 90 % des biens immobiliers ne sont pas enregistrés en Afrique. Particuliers et entreprises ne peuvent pas utiliser leur bien pour émettre une hypothèque, faute de cadastres tenus en bonne et due forme.

Le Ghana expérimente actuellement une Blockchain pour créer un registre numérique de propriété transparent et infalsifiable. D’autres pays africains devraient suivre rapidement. Des Blockchains permettent, par exemple, de certifier des transactions d’achat et de vente de denrées alimentaires comme le blé, le riz ou l’avoine.

Les entreprises doivent aussi se tourner vers des plateformes de crowdfunding offrant le financement participatif comme solution de rechange complétant les fonds de capital-investissement traditionnels. De plus en plus d’entreprises explorent le financement participatif, ce qui leur permet de diversifier leurs sources de financement plus stables que celles des banques et des investisseurs obligataires. 

L’équation est claire : l’Afrique est jeune, avec de grands besoins en infrastructures, peu de réserves de capital et une démographie prometteuse. La seule solution à cette équation est l’innovation pour libérer un potentiel insondable.

 

 

Une réponse à “Libérer la croissance grâce à la technologie numérique”

  1. Author Thumbnail Mahmoud MHIRI dit :

    Une excellente synthèse pour les banquiers qui n’avaient pas trop fait attention à ce qui se passait (et contenue à se passer) autour d’eux !

    Salutations Cher Professeur !

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