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African Banker

L’Helicopter Money, une solution pour l’Afrique ?

…par dérision junk, c’est-à-dire camelote. Cette réallocation du capital opérée par les banques a conduit la FED à différer plusieurs fois le relèvement de ses taux et la réduction de son bilan (tapering). 

L’impossible hausse des taux 

Lorsque la FED a finalement relevé ses taux, d’une part la valeur des junk-bonds a baissé mécaniquement ; d’autre part la hausse du dollar induite par la remontée des taux a impacté négativement les pays émergents (sortie de capitaux).

En parachutant aux quatre vents, tel un hélicoptère, une monnaie directement issue de la planche à billets, le patron de la FED, Ben Bernanke, ne faisait que reprendre, pour le secteur public, une solution préconisée par Milton Friedman dès 1969, pour les entreprises et les ménages. 

Claude Borio, de la Banque des règlements internationaux (BRI), précise que « la hausse du dollar consécutive à celle des taux a réduit la capacité de remboursement des entreprises des pays émergents ; leurs revenus étant en monnaies nationales dévaluées de facto ».

Or, personne ne sait quel est le volume des emprunts émergents sur les marchés de capitaux. Lesdits emprunts étant souvent contractés via des filiales étrangères. Résultat, à peine entamé, le relèvement des taux de la FED s’est arrêté.

On parle de pause mais rien ne garantit le retour aux conditions macrofinancières d’avant la crise. Avec une dette mondiale à 225 % du PIB agrégé de tous les pays du monde, relever les taux équivaut désormais à manipuler de la dynamite. 

La question de l’effet des politiques d’assouplissement monétaire sur la croissance reste donc entière. De nombreuses voix s’élèvent pour passer du QE au cran supérieur : l’helicopter money.

Dans l’échelle de la radicalité monétaire, il reste en effet plusieurs crans. Il y a trois modalités d’exercice de l’option helicopter money. D’abord, une annulation de la dette publique détenue par la Banque centrale. En Euroland, la BCE détient déjà 26 % de la dette publique.

Ensuite, le financement direct des dépenses publiques par la Banque centrale. L’essentiel de la dépense publique étant constitué de transferts sociaux (prestations sociales, retraites, etc..), appliquer cette option validerait la définition de l’inflation selon Jacques Rueff.

En effet, si on enlève la consommation des administrations au sens de la comptabilité nationale, et les investissements publics, la monétisation des transferts sociaux financerait des dépenses improductives avec de l’argent qui n’existe pas. Enfin, la dernière modalité de l’helicopter money est le transfert direct de monnaie de la Banque centrale aux ménages et aux entreprises. 

Relancer la croissance africaine 

Un économiste français de renom, Jean-Pierre Petit, directeur des Cahiers verts de l’économie, soutient que la meilleure option est la relance budgétaire financée par la monétisation.

Pour le motif qu’aucun agent économique n’anticipera alors une hausse des impôts dans un proche avenir, et ne se constituera en conséquence une épargne de précaution. Phénomène que l’on nomme « théorie de l’équivalence ricardienne ».

Outre le fait que cette option validerait l’approche « populiste » du rôle de la Banque centrale dans l’économie, ce serait aussi de facto, importer la politique de Shinzo Abe en Europe. Comme le Japon depuis 1990, l’Europe danserait alors au bord du gouffre de la déflation pour très longtemps. 

L’Europe ne peut ranimer sa croissance potentielle qu’en se créant un ou des relais de croissance là où la démographie est dynamique. L’Afrique réalise aujourd’hui une croissance annuelle moyenne de 5,5 %. Un rythme insuffisant au regard de l’envolée de sa population, et de l’impératif de rattrapage économique.

À côté, l’Euroland dans son ensemble a un excédent net de sa balance courante, égal à 3 % du PIB. Cela reflète un excès d’épargne. L’Europe devrait utiliser ses marges de manoeuvre en investissant en Afrique plutôt que d’acheter frénétiquement les divers instruments de dette des États-Unis comme le fait l’Allemagne, principal pays créditeur de l’Euroland. 

La Chine, également confrontée à une baisse de la croissance, ne fait pas autrement. Elle cherche des relais de croissance. Elle met à profit ses énormes avoirs extérieurs pour financer des infrastructures dans les pays tiers, contraignant ces derniers à lui octroyer des concessions sur lesdites infrastructures à titre de remboursement.

La « Route de la soie », qu’elle soit physique ou numérique, n’est rien d’autre que la création de nouveaux relais de croissance. La Chine vieillissante, dont le quart de la population aura plus de 65 ans dès 2025, va vers une Afrique à population jeune, pour relever sa croissance potentielle. Pendant ce temps, l’Europe, tout aussi vieillissante, s’enferre dans la frayeur moyenâgeuse d’une invasion de migrants. 

En conclusion, on relèvera les résultats suivants. Primo, la science économique est souvent contre-intuitive. Contrairement aux apparences, les tombereaux de liquidités du QE ne produisent pas l’inflation, mais renforcent les pressions déflationnistes.

Secundo, une politique monétaire non conventionnelle qui perdure plus de dix ans devient une nouvelle norme monétaire. Et le retour à la norme du passé (les taux d’intérêt élevés) semble impossible, à court et moyen terme. Tertio, la fuite en avant, le passage à l’helicopter money ne garantit pas le réveil de la croissance. Ce que démontre la trajectoire japonaise depuis l’éclatement de la bulle financière. 

Enfin, les pays africains doivent lire le monde tel qu’il est. Non tel que le FMI, le PNUD et autres « machins » onusiens donnent à le voir. Oui, le rattrapage économique de l’Occident exigera plus qu’une abondance de liquidités. Le QE, comme l’helicopter money ne sont pas des produits d’importations, en Afrique.

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