Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

L’Helicopter Money, une solution pour l’Afrique ?

…une expansion coloniale (annexion de Taïwan, de la Corée, de la Mandchourie, et finalement invasion de la Chine). Il est utile de rappeler cet épisode expansionniste, car le miracle économique Japonais, comme les Trente glorieuses en Europe, doit plus qu’on ne le dit à la prédation coloniale.

Sans matières premières quasi gratuites, point de miracle japonais ou de glorieuses années de croissance en Europe. Pour preuve, c’est le triplement du prix du pétrole en 1973, qui a mis un terme aux Trente glorieuses. 

Après la Seconde Guerre mondiale, la farouche volonté Japonaise de rattrapage est restée intacte. Peu ou prou aidée par le contexte géostratégique (contenir le communisme).

La croissance moyenne du Japon était alors quasiment à deux chiffres (9,7 %), et cela pendant 18 ans. Le PIB Japonais a quintuplé de 1955 à 1973, puis doublé entre 1974 et 1990. Durant les années 1980, le Japon a réalisé de forts excédents de la balance des paiements courants.

Ces surplus croissants ont alimenté une expansion financière internationale. Le Japon est alors devenu le premier créancier mondial. Dans le temps même où les États-Unis devenaient le premier pays débiteur du monde (double déficit, commercial et budgétaire). 

On ne prête qu’aux riches 

Paradoxalement, alors que le Japon n’avait aucun besoin de financement externe, la décomposition de sa position monétaire nette, en 1988, montrait la plus forte dette bancaire à court terme au monde.

Dans un pays où les firmes dégageaient des profits élevés, où les taux d’autofinancement des entreprises étaient passés de 47 % en 1970 à 55 % en 1983, enfin, un pays où le taux d’épargne des ménages était le plus élevé des pays de l’OCDE, pourquoi le système bancaire s’endettait-il à court terme ? Pourquoi importer des capitaux dits « flottants » ou hot money

Il n’y avait en fait aucun paradoxe. Pour les nations comme pour les individus, « on ne prête qu’aux riches ». Les excédents courants Japonais étaient devenus « une base monétaire », la garantie des prêts à court terme que contractaient les banques japonaises.

Dans un pays sans besoin de financement, un tel afflux de capitaux ne pouvait s’investir que dans les actifs immobiliers et boursiers. D’où une envolée du prix de ces deux classes d’actifs au-delà de leur valeur fondamentale, ce qui est la définition stricto sensu d’une bulle financière. C’est ainsi qu’en 1987, Tokyo ravissait à New York le titre de première Bourse au monde. En 1989, les banques japonaises occupaient les dix premières places au classement mondial. Le ver était déjà dans le fruit. 

Les banques japonaises intégraient en effet dans leurs fonds propres les plus-values latentes dégagées en Bourse par les portefeuilles de titres, c’est-à-dire des plus-values non encore engrangées.

Celles-ci représentaient 45 % du capital dans le calcul de la marge de solvabilité (capital/actifs totaux). Lorsque la baisse du Nikkei (plus de 40 % de 1990 à 1991) a fait fondre ces plus-values latentes, cela a réduit d’autant la marge de solvabilité des banques nipponnes.

Chaque fois que le Nikkei reculait de 1 000 points, la marge de solvabilité des banques perdait 0,2 %. L’éclatement de la bulle financière a donc plongé le Japon dans les eaux saumâtres de la déflation de longue durée. De 1997 à 2017, en dépit de multiples plans de relance budgétaire, la croissance moyenne du Japon n’a été que de 0,9 %.

Derrière la bulle financière, la déflation ? Pas nécessairement, a rétorqué un brillant universitaire américain, très critique à l’égard de la Banque centrale du Japon.

Ben Bernanke proposait une solution pour le moins originale, qu’il appliqua une fois devenu président de la FED (2005-2014). Une solution jusque-là, inusitée dans le monde. 

Nouvelle planche à billets 

Sa solution est simple : compenser une baisse massive d’impôts par le rachat d’un montant équivalent de dette publique. C’est à la suite de cette préconisation que l’on commença à l’appeler « Helicopter Ben ».

Parce qu’il voulait parachuter aux quatre vents, tel un hélicoptère, une monnaie directement issue de la planche à billets. Ben Bernanke ne faisait en fait que reprendre, pour le secteur public, une solution préconisée par Milton Friedman dès 1969, pour les entreprises et les ménages.

À cette époque, le dollar avait encore une parité fixe avec l’or. Milton Friedman conseillait de dévaluer le dollar, afin d’émettre plus de billets verts avec le même stock d’or.

Ce qui aurait permis de mettre ce surplus de monnaie entre les mains des entreprises et des ménages, pour relancer l’économie. L’helicopter money était née. 

Toutefois, en accolant le mot hélicoptère à la création monétaire, on donne à penser qu’il peut arriver à la Banque centrale d’émettre de la monnaie de singe. C’est-à-dire de la monnaie surnuméraire par rapport aux besoins de paiement nés dans l’économie. Or, rien n’est plus inexact, en ce qui concerne le Quantitative Easing (QE). 

Dans Finance mondiale, la force du Caïman (Éditions Kamboo 2012), nous expliquions combien la crise financière…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts