Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

Inclusion financière et inégalités

L’utilisation du mobile money, et plus généralement l’inclusion financière, représente, on le sait un fort potentiel pour les banques. Et constitue un indéniable atout dans la réduction de la pauvreté.

Par Dhafer Saidane

De récents travaux, menés notamment par Asli Demirgüç- Kunt directrice de la recherche à la Banque mondiale, reviennent sur un thème fondamental pour l’Afrique, celui de l’inclusion financière, des services financiers numériques et des inégalités.

Ces travaux s’interrogent sur les avantages potentiels de l’inclusion financière en matière de développement via l’utilisation des services financiers numériques, comme les services de Mobile Money, les cartes de paiement et d’autres applications de technologie financière. Ils évaluent aussi le lien entre l’inclusion financière et les inégalités.

La base de données Global Findex montre qu’entre 2014 et 2017, 515 millions d’adultes dans le monde ont ouvert un compte auprès d’une institution financière ou d’un fournisseur de mobile money. Cela signifie que 69 % des adultes ont désormais un compte, contre 62 % en 2014 et 51 % 2011.

Dans les économies à revenu élevé, 94 % des adultes ont un compte. Dans les économies en développement, ils sont 63 %.

La grande majorité des titulaires de compte ont un compte dans une banque, une institution de microfinance ou un autre type d’institution financière réglementée. L’Afrique subsaharienne est la seule région où la part des adultes disposant d’un compte en mobile money dépasse 10 %. C’était également le cas en 2014.

À cette époque, l’Afrique de l’Est était le centre des comptes de mobile money de la région. Mais ces comptes se sont depuis répandus dans de nouvelles régions de l’Afrique subsaharienne. La part des adultes ayant un compte en mobile money a désormais dépassé 30 % en Côte d’Ivoire et au Sénégal – et 40 % au Gabon.

Les comptes de mobile money ont également pris racine dans les économies situées en dehors de l’Afrique subsaharienne. Dans certains pays, la proportion d’adultes disposant d’un compte en argent mobile a atteint environ 20 %, y compris au Bangladesh, en Iran, en Mongolie et au Paraguay.

L’inclusion financière offerte par les services financiers tels que les comptes bancaires et les paiements numériques peuvent contribuer au développement. Ils aident les ménages à échapper à la pauvreté en facilitant les investissements dans leur santé, leur éducation et leurs entreprises. Ils facilitent la gestion des crises sociales comme une perte d’emploi ou une mauvaise récolte.

Augmentation des revenus

Beaucoup de pauvres dans le monde n’ont pas les services financiers nécessaires pour remplir ces fonctions. Au lieu de cela, ils dépendent de l’argent comptant, ce qui peut être dangereux et difficile à gérer.

Les avantages de l’inclusion financière peuvent être très variés. Les services de mobile money, qui permettent aux utilisateurs de transférer des fonds via un téléphone portable peuvent aider à améliorer le potentiel de revenu des usagers et réduire ainsi la pauvreté.

Au Kenya, l’accès aux services de mobile money offre de grands avantages, en particulier pour les femmes. Elle a permis aux ménages dirigés par des femmes d’augmenter leur épargne de plus de 20 %, et dedévelopper des activités commerciales ou de vente au détail pour 185 000 femmes. L’extrême pauvreté a été réduite de 22 % parmi les ménages dirigés par des femmes.

Les services financiers numériques peuvent également aider les ménages à gérer les risques financiers en facilitant la collecte d’argent auprès d’amis et de parents éloignés lorsque les temps sont durs.

Au Kenya, lorsque les revenus de la téléphonie mobile diminuaient de manière inattendue, ils ne réduisaient pas les dépenses des ménages, tandis que les non-utilisateurs et les utilisateurs ayant peu accès au réseau de mobile money réduisaient leurs achats de nourriture de 7 % à 10 %.

Réduction du coût des paiements et effet de richesse

Les services financiers numériques peuvent réduire le coût des paiements. Au Niger, le transfert des paiements mensuels des prestations sociales du gouvernement via la téléphonie mobile a permis aux bénéficiaires d’économiser vingt heures en moyenne sur leurs déplacements et leur temps d’attente. Les services financiers peuvent ainsi aider les ménages à profiter d’effet de richesse c’est-à-dire faire des économies et augmenter

Les données récentes de McKinsey Global Banking Pools prévoient une croissance des revenus de l’activité bancaire sur le continent d’environ 8,5 % par an entre 2017 et 2022.53

leurs dépenses. Quelques exemples ;

– Après avoir ouvert des comptes d’épargne, certains petits commerçants au Kenya, principalement des femmes, ont épargné à un taux plus élevé et investi 60 % de plus dans leurs activités.

– De même les ménages dirigés par des femmes au Népal ont dépensé 15 % de plus pour des aliments nutritifs (viande et poisson) et 20 % de plus pour l’éducation après avoir reçu des comptes d’épargne gratuits.

– Également les agriculteurs du Malawi, dont les gains ont été déposés dans des comptes d’épargne, ont dépensé 13 % de plus pour le matériel agricole et ont augmenté de 15 % la valeur de leurs récoltes.

Des inégalités persistent

Pour les gouvernements, le passage des paiements en espèces aux paiements numériques peut réduire la corruption et améliorer l’efficacité. En Inde, les pertes de fonds pour les paiements de pension ont diminué de 47 % (2,8 points de pourcentage) lorsque les paiements ont été effectués par le biais de cartes à puce biométriques, au lieu d’être distribués en espèces.

Au Niger, la distribution des transferts sociaux via les téléphones mobiles plutôt qu’en espèces a réduit de 20 % le coût variable de la gestion des prestations. Cela étant, si l’accès aux comptes continue de croître, les inégalités persistent. Alors que 72 % des hommes ont un compte, 65 % des femmes en ont.

Cet écart entre les sexes de 7 points de pourcentage était également observable en 2014 et 2011. Dans les économies en développement, l’écart entre les sexes reste inchangé à 9 points de pourcentage. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres n’a pas non plus diminué. Parmi les adultes, les plus riches qui représentent 60 % du total des ménages, 74 % ont un compte. Mais parmi les 40 % les plus pauvres, seuls 61 % en ont, laissant un écart global de 13 points de pourcentage.

La différence est similaire dans les économies en développement et aucun des deux n’a changé de manière significative depuis 2014. La possession du compte est également plus faible chez les jeunes adultes, les moins scolarisés et ceux qui ne font pas partie de la population active. Pour autant la situation n’est pas totalement sombre. Voici quelques exemples où les écarts sont faibles ou en baisse.

La place des banques africaines

En Inde, la forte pression du gouvernement permet d’accroître l’accès aux comptes et la bancarisation, grâce à des cartes d’identification biométriques. Ceci a permis de réduire l’écart entre les sexes et l’écart entre les adultes les plus riches et les plus pauvres.

Plusieurs pays en développement n’ont pas d’écart entre les sexes, notamment en Argentine, en Indonésie et en Afrique du Sud.

La banque de détail a le vent en poupe. En plein essor, le marché bancaire africain est le second marché au monde en termes de croissance et de profitabilité. D’ailleurs, les données récentes de McKinsey Global Banking Pools prévoient une croissance des revenus de l’activité bancaire sur le continent d’environ 8,5 % par an entre 2017 et 2022. Une croissance énergique qui générera un chiffre d’affaires de près de 129 milliards de dollars. De ce montant, près de 53 milliards $ proviendront de la banque de détail.

De plus, le retail banking se met au service de l’inclusion financière. En effet, les banques africaines tentent d’offrir les principaux services bancaires à un coût abordable, un délai raisonnable et en quantité suffisante à toute personne en situation de besoin de financement.

Mais certains chiffres demeurent frappants. Très frappant smême ! Le taux de bancarisation de l’Union européenne ou des États-Unis est supérieur à 90 %. Or il reste en moyenne inférieur à 15 % pour l’Afrique Subsaharienne.

Que de chemin encore à parcourir et de gisements potentiels à explorer pour les banques en Afrique : un vrai eldorado !

*SKEMA Business School et Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts