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African Banker

Désiré Mandilou : « Chasser le dollar hors d’Afrique »

… et services réels ? Le carnet de commandes ou demande anticipée. On appelle demande anticipée, la demande effective (demande induite par les capacités de production déjà installées), plus la demande induite par le crédit. La tâche des gouvernants consiste juste à entretenir l’allocation de crédit sous la lisière du surendettement.

Rendre la population solvable

En France par exemple, face à la progression de l’endettement privé (entreprises plus ménages), le haut conseil de stabilité financière (HCSF) a recommandé, en juin 2018, d’augmenter le coussin de capitaux propres « contra-cyclique » des banques. Une mesure de prudence justifiée par la surchauffe de la dette. Les Africains n’imaginent pas le choc de demande auquel les entreprises africaines pourraient répondre, si le taux d’endettement des ménages africains s’élevait graduellement vers 295,2 % du revenu disponible net, comme au Danemark.

Nos politiciens ne comprennent pas l’urgence absolue de la monnaie commune africaine, seule capable de chasser le dollar des transactions internes à l’Afrique. Sa création est un préalable à l’âge du partage.

On observe en effet, dans le tableau 1, qu’un ménage danois dont le revenu est égal à 1 000 unités de monnaie, a une capacité d’endettement quasi égale à trois fois son revenu (295,2 %), soit 3 000 unités de monnaie.

Au total, le ménage danois dispose d’un pouvoir d’achat équivalent à quatre fois son revenu disponible net. C’est cela, rendre une population solvable. Le surendettement des ménages est en fait la règle dans tout le monde développé. Au Canada, en Australie, en Corée du Sud, en Espagne, etc.

Ce processus permanent qui consiste à rendre solvable de manière nominale les ménages (comme les entreprises) est au fondement de la croissance. La chevauchée fantastique de l’économie chinoise depuis 1975 est tout entière adossée à une montagne de dettes des ménages et des entreprises. Le FMI pousse des cris d’orfraie, mais la Chine continue imperturbablement de diffuser les dettes dans l’activité économique, formelle comme informelle (shadow banking).

L’urgence de la monnaie commune

La croissance inclusive sur laquelle les politiques africains pérorent dans tous les cénacles internationaux ne s’obtient dans les faits qu’au moyen de la dette. La dette privée, la dette publique, alternativement ou simultanément, voilà le modus operandi de l’inclusion économique dans les pays avancés. Pour que tous ces enchaînements caractéristiques du capitalisme contemporain s’enclenchent dans l’espace subsaharien, il faut que ces pays aient une promesse monétaire ayant un pouvoir à l’étranger. Comment ? En partageant entre plusieurs pays, la contrainte monétaire extérieure.

Les économies subsahariennes entreront dans l’âge du partage, lorsqu’elles accepteront, primo de mettre en commun les avoirs extérieurs, au sein d’une Banque centrale communautaire ; secundo, lorsque celle-ci émettra une monnaie commune à plusieurs pays, quelle que soit leur localisation géographique sur le continent.

Seront exclus de la monnaie commune africaine, les pays du Maghreb et les pays CFA. Les premiers pour nègrophobie et perpétuation de l’esclavage, les seconds pour le motif qu’ils sont encore sous statut colonial (les accords de coopération signés avec la puissance coloniale aux indépendances sont toujours en vigueur). Les autres Afriques subsahariennes pourront librement adhérer à la monnaie commune africaine, qui ne couvrira donc pas un espace en situation de continuité territoriale.

L’Éthiopie (Afrique orientale), aura ainsi une monnaie commune avec l’Angola (Afrique australe), et le Ghana (Afrique de l’Ouest). La monnaie commune africaine mettra fin à la balkanisation en grand (expression due à Kwame Nkrumah) qui a tant retardé l’idée panafricaine. La monnaie commune va en finir avec les Cedeao, Cemac, SADC, etc. Et par un effet retardé, la monnaie commune pourra en finir avec la monnaie CFA, à brève échéance.

Aucune perte de souveraineté

Chaque pays gardera sa monnaie nationale. Celle-ci ne sera cependant valide que dans l’espace national. Dans l’espace communautaire (entre pays subsahariens), comme vis-à-vis du reste du monde, la monnaie commune africaine sera l’unique moyen de paiement de tous les pays. L’Afrique aura ainsi réussi à chasser le dollar des transactions internes au continent.

Ce modèle organisationnel, validé dans l’univers académique par de multiples travaux, peut instantanément être déployé sur le terrain sans aucune perte de souveraineté. Malheureusement, fidèle à leur incompétence, les politiques africains préfèrent mettre la charrue avant le boeuf.

Ils se lancent dans une énigmatique zone continentale de libre-échange. À quoi peut bien servir le libre-échange quand pour acheter la production du pays voisin, il faut mobiliser des dollars. C’est-à-dire céder des richesses réelles (matières premières) au reste du monde, en contrepartie d’une richesse nominale appelée dollar, euro, livre, etc. pour simplement importer les ignames produites dans le pays voisin. Des ignames dont la production n’a nécessité aucune dépense de dollar, euro ou livre sterling !

Au total, avant de spécifier dans le détail ce qu’est l’âge du partage, le constat de l’incompétence économique des politiques africains s’impose. Ils ne comprennent pas l’urgence absolue de la monnaie commune africaine, seule capable de chasser le dollar des transactions internes à l’Afrique. Et ainsi soustraire nos pays à l’imperium américain, dont l’extraterritorialité du droit n’est qu’une facette. 

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