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African Banker

Désiré Mandilou : « Chasser le dollar hors d’Afrique »

…de refuser l’amélioration des salaires réels. Les actionnaires pensent trouver dans la financiarisation de l’économie mondiale, et accessoirement dans la robotisation des systèmes productifs, un moyen de continuer à s’enrichir sans partager.

D’où l’intuition selon laquelle l’Afrique pourrait être l’espace économique capable de concilier la croissance de la richesse globale avec la croissance des salaires réels. Étant le dernier espace à s’industrialiser, l’Afrique pourrait entrer dans l’histoire à venir du capitalisme, par la porte du partage.

L’âge du partage

Qu’est-ce qu’une économie entrée dans l’âge du partage ? Une économie dans laquelle, non seulement les actionnaires et les salariés, mais aussi les inactifs, deviennent tributaires d’un revenu primaire, d’un revenu universel d’existence, croissant au même rythme que la richesse nationale. A priori, mettre un revenu primaire en face du mot inactif relève de l’oxymore.

Quelqu’un qui ne travaille pas ne peut disposer que d’un revenu de transfert (pris à d’autres et concédé sous forme d’allocation). Là se trouve pourtant la première innovation organisationnelle que l’Afrique doit implémenter, toutes affaires cessantes. Créer un revenu universel d’existence, adossé non aux impôts, mais à un prélèvement sur la valeur ajoutée, avant même la distribution des dividendes. Les pays développés appellent cela « impôts de production ».

Ils rapportent moins de 2 % du PIB en Allemagne, et près de 4 % en France (72 milliards d’euros de recettes fiscales). Cette dénomination est impropre car le terme impôt est idoine quand il s’applique à un revenu déjà distribué. En Afrique, la ponction sur la valeur ajoutée s’effectuera en même temps que la ponction des salaires ; bien avant le calcul du bénéfice réalisé (postérieurement distribué en dividendes). Les pays africains vont s’inviter au sein de « la création de valeur pour l’actionnaire », en devenant actionnaires universels. Ils vont s’attribuer une fraction du chiffre d’affaires brut de toutes les firmes, hors TPE.

Une économie entrée dans l’âge du partage, est une économie dont la monnaie nationale, ou la monnaie communautaire, fonctionnant comme monnaie unique vis-à-vis du reste du monde, aura rendu la population solvable. L’instauration d’un revenu universel d’existence dans les Afriques subsahariennes aura pour conséquence première, la fin du dualisme économique.

Le revenu universel produira l’extinction du secteur informel. Chacun aura à coeur d’exister dans l’économie formelle, parce que cette existence conditionnera l’accès au revenu universel. Chacun aura à coeur d’établir un acte de naissance pour ses enfants afin de percevoir le revenu universel auquel lesdits enfants auront droit. Conséquence de second ordre, tout titulaire de revenu universel, sera ipso facto, un potentiel emprunteur auprès du système bancaire.

Le remboursement des emprunts étant dorénavant garanti par le revenu primaire que constitue le revenu universel, mensuellement versé par l’État sur son compte bancaire. Les politiques africains considèrent qu’ils dirigent des pays pauvres alors qu’ils n’ont simplement pas compris le capitalisme.

Au commencement du développement se trouve la dette, le crédit, la création monétaire. On appellera cela comme on veut, mais en régime capitaliste, la richesse est d’abord nominale, c’est-à-dire créée ex nihilo par le système bancaire. C’est lorsque le système productif donne une contrepartie matérielle à cette richesse nominale qu’elle se transforme en richesse réelle. Et qu’est ce qui décide les entrepreneurs à produire la contrepartie en biens…

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