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African Banker

Désiré Mandilou : « Chasser le dollar hors d’Afrique »

L’Afrique est riche mais les Africains sont pauvres. Faut-il blâmer l’incompétence économique des politiques africains ? Lesquels ne comprennent pas les ressorts du système capitaliste, devenant, de facto, spectateurs plutôt qu’acteurs de l’histoire.

Par Désiré Mandilou

La principale caractéristique du capitalisme, depuis 1973, est la déconnexion entre les gains de productivité et les salaires réels, ou salaires déflatés de l’inflation. La croissance n’est plus synonyme d’amélioration du pouvoir d’achat des salariés. Sur le plan macroéconomique, les gains de pouvoir d’achat ont été remplacés par l’élargissement des marges d’endettement.

Partout, dans le club des pays riches, la dette des ménages s’est envolée sans aucune force de rappel. Quand la crise fut venue en 2008, crise dite des subprimes, la dette publique s’est substituée à la dette privée. Malheureusement, dix ans après la crise financière, l’économie mondiale se retrouve avec des surendettements jumeaux. Les dettes privées sont à nouveau à leur zénith. Les dettes publiques ont atteint des sommets jamais tutoyés. Les ménages sont, à nouveau, en situation de surendettement.

Dès juin 2017, la dette des ménages américains a dépassé son précédent record établi au troisième trimestre 2008. La Banque centrale américaine a évalué cette dette à 12 840 milliards de dollars, au deuxième trimestre 2017, contre 12 680 milliards $ en 2008. La situation de surendettement des ménages n’est pas spécifique aux États-Unis.

On l’observe aussi dans le reste du monde développé. Exprimé en pourcentage du Revenu disponible net (RDN), le taux d’endettement des ménages des pays de l’OCDE est effarant, presque toujours supérieur à 100%. La question du partage des gains de productivité reste entière. Pire, elle est devenue plus ardue à résoudre :

Étant le dernier espace à s’industrialiser, l’Afrique pourrait entrer dans l’histoire à venir du capitalisme, par la porte du partage.

Primo, la révolution numérique en cours rend quasi-impossible la mesure des gains de productivité. À telle enseigne que nombre d’économistes considèrent la digitalisation de la production comme neutre vis-à-vis de la productivité. L’on ne parle plus que de partage de la valeur ajoutée, dont la productivité ne serait plus qu’un sous-jacent difficile à isoler.

Secundo, la question du partage de la valeur ajoutée n’est plus nationale-étatique, en raison des entreprises supranationales. Des entreprises dont la propriété du capital définit une souveraineté en soi. Une souveraineté en surplomb au-dessus de celle des nations. Nul ne peut imposer aux « GAFA », ou à leurs chaînes de valeurs mondialisées, une répartition de la valeur ajoutée plus équitable, et de facto plus efficiente pour la dynamique du capitalisme.

Entrer dans l’histoire

De cette histoire heurtée, et répétitive, l’Afrique doit tirer des enseignements qui seront autant d’atouts stratégiques au xxie siècle. En premier : la nécessité pour toute économie de disposer d’une monnaie nationale souveraine. En effet, la substitution des dettes publiques aux dettes privées n’est possible que lorsque le pays concerné dispose de sa propre monnaie, et si cette dernière a un pouvoir libératoire à l’étranger.

Un pays ne peut brutalement accroître son endettement et ainsi remettre les compteurs de la dette des ménages à zéro, qu’à la condition de disposer d’un prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire une Banque centrale à même d’acheter les titres représentatifs de la dette publique. On dit alors que la Banque centrale accroît la taille de son bilan.

De plus, il faut que cette monnaie nationale ait une certaine acceptabilité à l’étranger, car aucun système économique n’est déconnecté du reste du monde. Produire, c’est déjà commercer. Acheter des équipements, des matières premières, des produits semi-ouvrés, etc. La capacité d’endettement publique est donc également limitée par «la contrainte monétaire extérieure», c’est-à-dire la nécessité de payer le reste du monde en devises.

Avoir une promesse monétaire ayant un pouvoir à l’étranger est une condition nécessaire (mais non suffisante) pour faire redémarrer un cycle expansif dans un pays, au moyen de l’endettement public.

De plus, l’endettement public ne peut se substituer à, ou cohabiter avec, l’endettement privé que de manière temporaire. À très court terme, la question d’un meilleur partage de la richesse produite remonte à la surface.

Que cette richesse produite s’appelle gain de productivité ou valeur ajoutée, la baisse des salaires réels reste le talon d’Achille du capitalisme. Le problème économique qui transcende les frontières. Même dans le contexte d’une reprise de la croissance sur tous les continents, les riches deviennent plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Afrique, la croissance est de retour. À des rythmes différenciés certes, mais elle est de retour. Le capitalisme mondialisé continue cependant…

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