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African Banker

Banque et intégration économique

Le Forum d’été du Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique s’est tenu du 25 au 27 juin à Tunis. Que de chemin parcouru depuis la création de cette entité il y a trente ans déjà !

Par Dhafer Saïdane et Alain Le Noir

Très tôt, les « pionniers » du Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique ont compris que l’Afrique méritait plus que les lamentations médiatisées sur un développement « mal parti », les famines, les guerres et autres catastrophes naturelles.

Ils ont imaginé une entité qui aurait pour mission, selon l’article 4 de ses statuts, de « satisfaire les besoins d’information et de formation de ses membres, de susciter et faciliter la réflexion des banquiers africains sur les objectifs à atteindre et sur les moyens à mettre en oeuvre ». Cet objectif a immédiatement réuni l’état-major des principales banques africaines : présidents, vice-présidents, directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, etc.

Le continent dispose d’importantes réserves placées hors d’Afrique. Une solution pour l’Afrique est de drainer cette épargne vers son système financier, mais l’efficacité d’une telle mesure dépend de la capacité des systèmes financiers africains à s’intégrer.

Le Club a progressivement, au fil de ses réunions bi-annuelles, accueilli des représentants de la plupart des institutions internationales et nationales : Banque mondiale, FMI, SFI, Onudi, PNUD, UE, BAD, BOAD, Bdeac, Bceao, BEAC, ministère français des Finances, AFD, FMO, BEI, Amsco, Fonds BIO, Banque de France, CCI, OIF, GIZ, BPIFrance.

Le Forum de cet été à Tunis va dans ce sens. Il vise à renforcer les liens de partenariat avec des institutions qui oeuvrent dans le même sens de modernisation et de développement des services financiers africains. Mais cette structure ne se veut pas seulement afro-africaine. C’est dans cet esprit qu’elle a conclu une convention d’échange avec Bpifrance (France) et une convention de formation de banquiers africains avec Commerzbank (Allemagne).

Le thème choisi pour la réunion de Tunis « le rôle des banques africaines dans l’intégration du continent » s’appuie sur une symbolique forte. Il renvoie un signal de solidarité et d’ouverture du Club avec le peuple tunisien.

Un environnement compliqué

Après avoir souhaité la bienvenue aux invités et membres, Ridha Chalghoum, ministre tunisien des Finances, a tenu à remercier le Club d’avoir choisi Tunis comme lieu d’organisation du Forum. Il a par la suite mis l’accent sur l’importance du thème de l’intégration régionale et continentale. Cependant, elle a besoin d’être consolidée.

Il a présenté également le secteur bancaire tunisien en insistant que le secteur privé devrait prendre l’initiative pour remédier aux lenteurs de l’intégration économique et financière de l’Afrique. Il a mis l’accent sur l’importance de la disponibilité d’une information fiable et d’encourager et d’accompagner les FinTech. Les banques africaines devraient enfin se conformer aux standards internationaux, harmoniser leurs systèmes de paiement et leurs réglementations.

Les participants ont noté que les banquiers, en général, exercent de plus en plus dans un environnement compliqué. Les facteurs qui influencent le monde bancaire sont nombreux. De nouveaux arrivants commencent à concurrencer les banques.

Il s’agit des géants de l’information tels que les GAFA qui s’intéressent au secteur bancaire, les opérateurs mobiles, la technologie du Big Data, l’intelligence artificielle… Les FinTech réalisent un chiffre d’affaires important aujourd’hui. Cela pose un problème majeur : ces structures sont-elles des concurrentes ou des partenaires potentiels ? Les débats ont porté sur quelques défis à relever dont :

Les banquiers africains doivent s’occuper eux-mêmes de la digitalisation, sinon il y a un risque de « cyber-colonisation » par les GAFA ; Il importe que l’intelligence africaine reste en Afrique ; il faut lutter contre la pauvreté, mais à travers une véritable microfinance durable ; le financement des PME n’est pas un problème en soi, mais le financement doit être basé sur un réel « coaching » afin d’éviter un taux de mortalité important.

D’autres participants ont noté que si sur le papier l’Afrique est championne de l’intégration et si les responsables ont très bien fait leur travail, la réalité est différente. Personne ne peut nier l’importance et la complémentarité entre les économies des pays du Maghreb. En réalité, le commerce intra-africain ne dépasse pas 15 % ; 60 % ailleurs.

Le coût du « non-Maghreb » est de 1 % à 2 % du PIB par pays. Le système privé, d’une façon générale, et le système bancaire, en particulier, ne pourraient pas être considérés comme les seuls vecteurs de l’intégration. La volonté politique reste un élément essentiel pour le renforcement de ce processus.

De l’Afro-pessimisme à l’Afro-réalisme

Certains participants du Maghreb ont exprimé leur déception face au contraste énorme entre ce qui est écrit et la réalité au sujet de l’UMA (Union du Maghreb Arabe). Or la Tunisie, pourrait être un hub dans le domaine de la santé. Mais malgré sa compétitivité dans ce domaine, des problèmes d’organisation restent posés.

Mais face aux observateurs, toujours prompts à jouer les Cassandre sur l’Afrique, les conférenciers ont noté certaines évolutions récentes. En Afrique, selon un rapport du Boston Consulting Group en date du 13 juin 2018, le montant moyen des investissements directs africains, investis par des entreprises africaines en Afrique, a presque triplé de 3,7 à 10 milliards de dollars entre 2006-2007 et 2015- 2016.

Sur la même période, le nombre moyen de transactions transfrontalières au sein du continent a quasiment doublé (de 238 à 418) avec plus de la moitié d’entre elles menée par des entreprises africaines. La moyenne annuelle des exportations intra-africaines a augmenté de 41 à 65 milliards $ et les touristes africains voyageant sur leur continent sont passés de 19 millions à 30 millions, soit la moitié des voyageurs en Afrique, en 2015-2016.

En réalité, le continent dispose d’importantes réserves placées hors d’Afrique. Une solution pour l’Afrique est de redrainer cette épargne vers son système financier. Mais l’efficacité d’une telle mesure dépendra de la capacité des systèmes financiers africains à s’intégrer.

À titre d’illustration les transferts de fonds des migrants africains ont atteint 500 milliards de F.CFA dans l’Uemoa. Les banques africaines doivent mettre en place des stratégies pour capter cette manne financière.

Les bons canaux doivent être identifiés. Les ressources doivent être redrainées vers l’investissement productif. Le deuxième panel de la journée a porté sur le parcours entrepreneurial, des success stories tunisiens. 

ENCADRE

Les dix problématiques clés de la réunion du Club à Tunis

1. Chambre de compensation et Clearing

2. Upscaling/Dowscaling : quelle microfinance ?

3. Évolution des métiers de la banque

4. Bancarisation à l’aide de la digitalisation

5. Management et risques bancaires

6. Réglementation bancaire et internationalisation des banques africaines

7. Développement des marchés financiers et de l’intermédiation bancaire : la nécessaire complémentarité

8. Les défis techniques de la digitalisation

9. Le lobbying

10. La finance islamique : bancarisation des particuliers et financement de la PME.

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