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African Banker

Afrique centrale : Les atouts d’un marché élargi

La fusion des Bourses de Douala et Libreville, qui sera finalisée fin juin, devrait dynamiser le marché financier de l’Afrique centrale. Reste à préciser le cadre législatif, pays par pays, et à préciser l’obligation qui est faite à certaines entreprises d’ouvrir leur capital au public.

Douala, Frédéric Nonos 

La Cemac aura donc son marché unique. Le 22 mars à N’Djamena (Tchad), la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale), chargée de la gestion du processus de fusion entre la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) de Libreville (Gabon) et la Douala Stock Exchange (DSX) de Douala (Cameroun), a signé deux conventions de transfert des valeurs mobilières et de leur support de gestion avec les deux institutions. Une étape cruciale vers la fusion des deux Bourses, censée s’achever au plus tard le 30 juin 2019. Une fusion décidée par les chefs d’État et de gouvernement de la Cemac en 2017. 

Le marché financier unique sera articulé autour de trois piliers : un régulateur unique (Cosumaf) basé à Libreville, une Bourse unique à Douala et un dépositaire central (BEAC) basé à Yaoundé. Cette nouvelle configuration, de l’avis des acteurs de ce marché financier, va corriger les insuffisances d’une sous-région victime d’une culture financière limitée, des émetteurs peu sensibilisés aux opportunités de levée de fonds existantes et des institutions financières dépourvues de formations techniques pour structurer les produits du marché. 

À en croire Serge Yanic Nana, président de l’Association professionnelle des intermédiaires agréés, le marché financier unique va créer un espace permettant les économies d’échelle. En d’autres termes, les prestataires des services d’investissement (PSI) auront désormais la possibilité de solliciter les clients dans les six pays de la sous-région. 

L’avantage de ce dispositif, selon les experts boursiers, est de mobiliser une masse critique pour développer une Bourse. Les autres avantages de cette nouvelle configuration, tiennent dans le cadre réglementaire exhaustif et propice aux entrées à la cote, permettant ainsi à tout émetteur de lever les fonds sur le marché des capitaux, par des procédures d’émission claires et transparentes. 

Selon les statistiques de la DSX, plus de 950 milliards de F.CFA (1,45 milliard d’euros) ont été mobilisés au cours de ces dix dernières années, contribuant ainsi au financement de l’économie. En 2018, environ 300 milliards de F.CFA (457,4 millions d’euros) ont été levés par la DSX, battant ainsi le record des souscriptions depuis le début de son lancement en 2006. La capitalisation boursière représente 1 % du PIB du Cameroun. En quinze ans de fonctionnement des deux places boursières de la CEMAC, onze obligations ont été cotées, principalement les fonds souverains. Quatre actions inscrites dont trois à la DSX et une à la BVMAC. La capitalisation boursière du marché des actions de l’Afrique centrale s’élevait au 31 décembre 2017, à 414 millions d’euros soit 0,02 % de celle de l’Afrique. 

Un passage obligé du financement privé 

Une étude du cabinet Roland-Berger réalisée en 2015 révèle que le marché de la Cemac a une profondeur estimée de 250 milliards de F.CFA en 2015 et pourrait atteindre 2 150 à 2 450 milliards de F.CFA (3,74 milliards d’euros) en 2025. Au 31 janvier 2017, le montant des fonds levés sur le marché financier régional s’établissait à 800 milliards de F.CFA. Aujourd’hui, sur les Bourses du Cameroun et d’Afrique centrale réunies, la quantité de fonds levés ne représente que 1,4 % du PIB. Alors qu’au Nigeria, la capitalisation boursière en pèse 40 %. Au niveau de l’Uemoa, la capitalisation avoisine 20 % du PIB. 

Selon l’acte additionnel, deux types d’entreprises seront obligés à la cotation ou à l’ouverture en Bourse de leur capital social. D’une part, il s’agit des banques, des assurances, voire des sociétés de microfinance. D’autre part, il s’agit des multinationales. 

Des cotations contraintes ? 

L’exemple des États-Unis, précise Samuel Roger Mbassa (Société Générale), montre bien que le marché est le meilleur moyen de financement. Le banquier d’affaires rappelle que la première puissance mondiale finance son économie à 80 % par l’intermédiaire des marchés financiers et à 20 % par les banques. Tout le contraire des pays d’Afrique centrale qui financent leur économie à 80 % par les banques et à peine 0,5 % par les marchés financiers.

Pour inverser cette tendance, les chefs d’État de la Cemac se sont engagés, d’ici à 2020 au moins, à « adopter des cadres législatifs » assortis des mesures d’accompagnement qui vont employer la manière forte pour pousser les entreprises à entrer en Bourse. Une loi nationale sera adoptée dans chaque pays membre de la Cemac. Sans juger le fond, préviennent les acteurs du marché financier, on peut déjà redouter que des lois spécifiques à chaque pays viennent à induire des disparités et un fractionnement du marché nouvellement unifié, pour des entreprises cotées qui sont souvent les mêmes. 

Du reste, l’article 8 de l’acte additionnel pose le principe selon lequel deux types d’entreprises seront obligés à la cotation ou à l’ouverture en Bourse de leur capital social. D’une part, il s’agit des « entreprises ayant pour profession habituelle la gestion ou la conservation de l’épargne publique ». Dans cette catégorie, il est fait allusion, à titre indicatif, aux banques et aux compagnies d’assurances.

La Cemac compte plus de 50 banques et leur capitalisation pourrait dépasser, en cinq ans, l’ensemble des actifs de la Bourse d’Abidjan. On voit donc le potentiel et on pourrait ajouter les intermédiaires boursiers ou encore les établissements de microfinance… D’autre part, l’obligation va concerner les entreprises multinationales ou les filiales des multinationales exerçant leurs activités sur le territoire des pays de la Cemac. Difficile cependant de croire que cette obligation d’introduction en Bourse sera pleinement acceptée sans grincements de dents. 

En fait, le caractère atypique de cette mesure peut être lié au fait qu’en général, si une entreprise entre en Bourse, c’est elle qui le décide. 

Les économistes avancent souvent trois raisons justifiant la volonté d’entrer en Bourse. Soit l’entreprise souhaite réaliser de nouveaux investissements sans faire appel à ses actionnaires actuels ou à ses banquiers. Soit elle désire ouvrir son capital afin d’y faire entrer de nouveaux investisseurs. Soit, elle souhaite renforcer sa crédibilité vis-à-vis des nombreux intermédiaires avec lesquels elle assure le développement de son activité à l’instar des fournisseurs, des clients ou des banques.

En d’autres termes, les entreprises entrent en Bourse soit par nécessité, soit par prestige. En tout état de cause, les acteurs du marché financier unique de l’Afrique centrale s’accordent sur le fait que le succès du marché des capitaux sous-régional repose en premier lieu sur une volonté politique ferme de mener à bout ce projet.

Les leviers clés se trouvent dans une législation plus adaptée et une amélioration du cadre réglementaire. Il s’agit donc de mettre en place un cercle vertueux de manière à ce que la tarification du marché financier de la Cemac puisse être à même de refléter la juste valeur des actifs.

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