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African Banker

Africa50 inaugure son siège à Casablanca

Le fonds panafricain d’investissement Africa 50 a inauguré son siège dans le quartier de la Marina de Casablanca, à l’issue de la tournée de son directeur général Alain Ébobissé. L’événement permet de mettre en lumière les ambitions marocaines pour le continent.

Casablanca, Olivier Deau

Le pari d’Africa50 est de faire émerger, en Afrique, de grands projets d’infrastructures sur financement public et privé. Son ambition converge avec la volonté des États de renforcer l’intégration économique régionale.

Africa50, lancé par 23 pays africains – aujourd’hui 27 États membres, deux banques centrales (celle de l’Uemoa et celle du Maroc) et la BAD – a confirmé des engagements totalisant 830 millions de dollars, qui lui permettent d’intervenir sur les projets d’infrastructures. Le gouvernement marocain annonce soutenir le fonds à hauteur de 100 millions $ auxquels s’ajoutent 20 millions $ de la Banque centrale nationale. Après avoir été soutenu par la BAD, Africa50 vole désormais de ses propres ailes et cible des secteurs « moteurs pour la transformation économique et sociale en Afrique» : l’énergie électrique, le transport, les NTIC et le gaz. Selon Alain Ébobissé, Africa50 interviendra sur des projets qui apportent une « plus-value interrégionale».

Une stratégie centrée sur la rentabilité des projets

En amont de ce lancement officiel, Carole Wainana, la directrice opérationnelle du fonds, constate « une prise de conscience nouvelle sur le continent du besoin d’intégration régionale : la Zone de libre-échange africaine vient d’être signée, certaines organisations régionales ont fait adopter des passeports régionaux… ».

En outre, les chefs d’État ont compris que le manque d’infrastructures handicape lourdement le potentiel du continent. Africa 50, lancé lors du 18e sommet de l’UA en 2012, a réussi à concrétiser cet appel et à créer un véhicule de financement africain exclusivement dédié aux infrastructures. Outre les secteurs cités, Africa50 cherchera à développer des projets « dans lesquels l’Afrique présente un avantage comparatif », par exemple dans le solaire, pour les énergies renouvelables.

Un premier portefeuille de projets supérieurs à 200 millions $ a été sélectionné par Africa50 pour lancer ses opérations ; le fonds y investirait dans chacun 30 % du projet total en moyenne avec l’objectif de sécuriser des financements.

L’équipe opérationnelle constituée par des cadres venus du secteur privé et d’autres organisations financières internationales a conçu son périmètre d’intervention à différents niveaux de chaque projet : L’équipe de Africa50 Project Development pour la conception du plan de financement et l’accompagnement technique ; Africa50 Project Finance pour la prise de participation ou le cofinancement de projets.

Deux métiers pour une stratégie

Ces deux équipes complémentaires agissent sur la même ligne directrice : concevoir et financer des projets rentables, éligibles aux autres investisseurs, condition sine qua non de leur réalisation. Selon Carole Wainana, « le déficit d’investissements annuel dans les infrastructures atteint annuellement 30 milliards $ sur le continent et pourtant, des capitaux sont disponibles sur les marchés, capitaux qui peuvent être mobilisés sur des projets rentables ». La surface des investissements nécessaires pour la réalisation d’infrastructures de grande taille dépasse parfois les capacités des acteurs financiers africains, rares sur le créneau des infrastructures qui demande aussi des mises de long terme. Africa50 permettra de sécuriser une mise de départ et le fonds souhaite devenir un label de qualité auprès des marchés de capitaux européens et américains afin de mobiliser des co-financiers.

Un premier portefeuille de projets supérieurs à 200 millions $ a été sélectionné par Africa50 pour lancer ses opérations ; le fonds y investirait dans chacun 30 % du projet total en moyenne avec l’objectif de sécuriser des financements accessibles pour les promoteurs privés ou publics à travers la mobilisation de ligne de crédits concessionnels. Ces premiers choix, qui seront révélés au fur et à mesure que les tours de table des projets seront bouclés, ont été effectués « avec beaucoup de rigueur », selon les dirigeants du fonds, afin d’envoyer des signaux de confiance aux marchés.

Actionnariat public et logique privé

Les 27 États africains membres siègent au conseil d’administration d’Africa50. À leurs côtés, des personnalités indépendantes, souvent issues du secteur privé, ont été choisies pour équilibrer et garantir une implication des acteurs privés dans les travaux du fonds. Afin d’éviter toute « capture politique » des priorités du fonds, le conseil d’administration a délégué à un organe technique, le comité des investissements, le pouvoir de décision finale quant à l’engagement du fonds. En outre, les membres sont soumis à un renouvellement triennal ce qui permettra d’atténuer les jeux d’influence et permettra d’associer davantage d’acteurs autour des priorités du fonds.

Alain Ébobissé, ancien de la Banque mondiale, spécialiste du financement d’infrastructures, présidera le comité des investissements, unique décisionnaire sur les choix d’investissements. En amont de l’inauguration du fonds, le directeur général d’Africa50 s’est entretenu avec le nouveau ministre marocain de l’Économie et des finances, Mohamed Benchaâboun, et avec le chef de gouvernement Saad Eddine Othmani, pour discuter des priorités marocaines en infrastructures. Il s’est d’ailleurs félicité du fait que les autorités marocaines projettent de participer à des mégaprojets continentaux, notamment un gazoduc Maroc-Nigeria ou un réseau autoroutier ouest-africain.

Lors de son allocution, le président de la CGEM, la confédération des entreprises marocaines, Salaheddine Mezouar, s’est félicité que le pays ait emporté la décision pour l’accueil du siège d’Africa50. Lequel a reçu le label « Casablanca Finance City » permettant une flexibilité réglementaire aux organisations et entreprises internationales dans leurs opérations de recrutement et d’investissement sur le continent africain. Nouvellement élu à la tête de la CGEM, Salaheddine Mezouar souhaite marquer son mandat par les relations économiques des entrepreneurs marocains vers l’Afrique. Othman El Ferdaous, secrétaire d’État, chargé de l’Investissement, a souligné les avantages de Casablanca comme tête de pont régional de groupes internationaux. 

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