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African Banker Analyse et Opinion Entretien

Afreximbank se mobilise pour répondre aux crises

Afreximbank se mobilise pour répondre aux crises
  • Publiéjuillet 13, 2022

Amr Kamel, vice-président exécutif d’Afreximbank, chargé du développement, explique comment la banque se prépare à résoudre rapidement les crises et pourquoi les Africains doivent soutenir des institutions de développement solides.

 

Rencontre avec Omar Ben Yedder

Pour la plupart d’entre nous, cette année a été marquée par un retour à la normale. La pandémie est en recul ou, du moins, nous avons commencé à vivre avec elle. De nombreuses économies africaines devaient connaître une croissance à deux chiffres et les grands projets comme celui de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devaient progresser rapidement.

Pourtant, lorsque je demande à Amr Kamel, vice-président exécutif chargé du développement à la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) s’il n’est pas frustré que l’Afrique doive répondre à une énième crise à laquelle elle n’est pour rien, il me répond que cela entre exactement dans le cadre de la mission première d’Afreximbank.

« Notre banque a été créée à la suite de la crise de la dette des années 1980, lorsque de nombreuses banques internationales qui finançaient le commerce se sont retirées du continent ou ont accordé des financements à des conditions très restrictives et exorbitantes. Il est clair que notre rôle en tant qu’institution est de répondre aux défaillances du marché et c’est là que nous sommes les plus performants. C’est à ce moment-là que nous sommes capables de nous montrer à la hauteur et de vite régler les problèmes pour servir au mieux les intérêts du continent. »

 

Une banque, une mission

 Amr Kamel a atterri à Afreximbank un peu par hasard. Il avait travaillé au sein de banques internationales, notamment Bank of America et Chase. C’est après que Chase (qui a depuis fusionné avec JP Morgan) a décidé de fermer ses activités en Égypte qu’il a rejoint Afreximbank, établissement encore peu connue dans les milieux bancaires à l’époque.

« Nous nous efforçons de faire en sorte que les marchandises puissent transiter par de nombreux pays sans nécessiter de garanties dans chaque port, grâce à notre système de garantie de transit à guichet unique. Nous ne nous contentons pas de financer le commerce, nous le facilitons également. »

Cette décision s’est révélée le meilleur choix de sa carrière : il y travaille depuis 26 ans !

« Peu de temps après avoir rejoint la banque, j’ai développé un énorme respect et un grand amour pour Afreximbank, à tel point que je la considère comme une seconde famille pour moi. La banque a développé en moi le désir de contribuer à la croissance de notre continent, d’aider à sortir des millions de personnes de la pauvreté et de restaurer la dignité et la fierté des Africains. Cela est dans l’ADN d’Afreximbank. »

La culture interne de la banque n’a peut-être pas changé, mais l’Afreximbank d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’elle était alors : « J’ai rejoint la banque en septembre 1995, un an après son lancement. C’est l’année où la banque a publié ses premiers résultats financiers complets. Je me souviens que notre portefeuille de prêts dépassait à peine les 50 millions de dollars, alors qu’aujourd’hui, nous sommes à un peu moins de 20 milliards $. Si vous ajoutez les facilités hors bilan, vous pouvez dire qu’il s’agit de 22-23 milliards de dollars. »

À l’époque, explique-t-il, la plupart des transactions consistaient à participer à des prêts syndiqués accordés par des banques internationales. Les produits étaient assez simples, comme des lignes de crédit de base.

« Aujourd’hui, nous suivons une douzaine de programmes et chaque programme a de cinq à quinze facilités. En plus, de nombreuses initiatives visent à faciliter le commerce ou à répondre aux besoins de nos États membres en temps de crise. Par exemple, nous disposons d’une facilité de 4 milliards de dollars pour gérer l’impact de la crise ukrainienne sur les économies africaines. »

 

Les crises sont la « nouvelle normalité ».

C’est dans les crises que la banque s’est fait un nom, ou du moins s’est fait entendre. En 2009, après la crise financière, Afreximbank a agi rapidement aux côtés de la Banque africaine de développement pour faire en sorte que le retrait des banques internationales n’entraîne pas le gel complet du système financier en Afrique. La crise a été évitée et le continent a poursuivi sa trajectoire de croissance, grâce à un certain nombre de facteurs, notamment l’augmentation des échanges Sud-Sud.

La fin du super cycle des matières premières en 2015-2016 a constitué un problème plus important. « De nombreux pays ont été confrontés à des défis très similaires à ceux qui ont conduit à notre création. Nous avons déployé ce que l’on appelait à l’époque le contrat de facilité de liquidité pour le commerce anticyclique, et en deux ans, nous avons déboursé environ 10 milliards $. »

« Ce programme a donné une grande visibilité à la banque et, lorsque la pandémie a frappé en 2020, nous avons pu mettre en œuvre un programme similaire, le mécanisme d’atténuation de l’impact de la pandémie sur le commerce, pour lequel nous avons déboursé près de 7 milliards $. Et maintenant, avec la guerre en Ukraine et la facilité de 4 milliards $ que nous venons de lancer, nous sommes devenus bien meilleurs dans le déploiement de nos programmes », se félicite Amr Kamel.

« Pour la banque, les crises sont devenues la nouvelle normalité », fait-il observer. « Nous allons connaître des crises, que cela nous plaise ou non. Les intervalles étaient plus longs dans le passé. Maintenant, elles semblent se succéder les unes après les autres. Il est important d’être en mesure de développer des systèmes internes capables de générer les produits et services nécessaires pour confronter les crises. Cela ne nous rend pas la vie facile, mais cela nous a permis de nous développer et d’être plus pertinents. Nous sommes devenus bien plus aptes à déployer rapidement ces facilités contracycliques. »

 

Soutenir le libre-échange

Le mandat de la banque s’est beaucoup élargi au fil du temps et ses interventions sont nombreuses et variées. Afreximbank veille à ne pas évincer les acteurs du secteur privé. Ses produits et interventions sont là pour compléter ou corriger, et non pour concurrencer.

Malgré la taille de la banque, sa couverture reste concentrée sur certains grands marchés, notamment le Nigeria et l’Égypte. Cela inquiète-t-il Amr Kamel ? Il affirme que la banque adopte une approche décentralisée, en ouvrant davantage de bureaux régionaux pour être en mesure de conclure davantage d’opérations. Mais il fait valoir que naturellement les grandes économies génèrent les transactions les plus importantes. La banque s’efforce également de servir de nouvelles catégories de clients, comme les PME.

Mais le principal objectif, selon lui, est de garantir la mise en œuvre de la ZLECAf d’un point de vue commercial. C’est une question qui lui tient à cœur : « Les équipes chargées de l’innovation et du développement des produits mettent au point des plateformes qui visent à répondre aux besoins du commerce intra-africain. Nous nous efforçons de faire en sorte que les marchandises puissent transiter par de nombreux pays sans nécessiter de garanties dans chaque port, grâce à notre système de garantie de transit à guichet unique. Nous ne nous contentons pas de financer le commerce, nous le facilitons également. »

Amr Kamel, à l’approche de la retraite, est convaincu de l’importance d’institutions de développement fortes et de la nécessité de les soutenir.

« Nous voyons que la Chine d’aujourd’hui, devenue le moteur du commerce mondial, a stimulé sa croissance en grande partie par ses institutions de développement. Or en Afrique – et je ne parle pas seulement d’Afreximbank mais aussi des autres institutions similaires –, le capital dont disposent ces institutions est négligeable. »

@ABanker

 

Écrit par
Omar Ben Yedder

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