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African Banker

Malgré la crise, tracer la voie de la relance

Les craintes de la Banque mondiale se confirment : l’Afrique subira sa première récession depuis longtemps, en 2020. Le creux sera moins marqué à l’Ouest et au Centre. Les économistes trouvent des motifs d’espoirs : les réformes se poursuivent, voire s’intensifient.

Par Kimberly Adams 

La pandémie de Covid-19 n’est pas encore terminée et les pays africains ne doivent pas baisser la garde, prévient la Banque mondiale dans son rapport semestriel Africa’s Pulse, d’octobre 2020. L’institution ajuste ses prévisions économiques et renouvelle ses recommandations aux pays africains pour mieux aborder les prochains mois.

Si la catastrophe mondiale de la Covid-19 devait avoir un côté positif, ce serait la confirmation de l’importance primordiale de l’économie numérique. De nombreux pays africains ont su saisir cette opportunité. Les technologies numériques améliorent la productivité agricole et soutiennent les systèmes de protection sociale.

Sur le plan sanitaire, l’Afrique est, finalement, assez peu touchée par la Covid-19. Toutefois, l’ampleur et la trajectoire de la pandémie dans la région restent très incertaines. L’arrivée d’une seconde vague en Europe et aux États-Unis et les craintes d’une seconde vague potentielle en Afrique alimentent de nouvelles incertitudes.

La pandémie a gravement perturbé l’activité économique en Afrique subsaharienne, mettant en péril une décennie de progrès économiques durement acquis. L’activité économique dans la région devrait se contracter de 3,3 % en 2020. Les craintes sont confirmées : l’Afrique subira sa première récession en un quart de siècle en 2020. De plus, d’ici la fin de 2021, le PIB réel par habitant est susceptible de régresser à son niveau de 2007.

La Banque mondiale (BM) réitère son diagnostic : en Afrique, la Covid-19 pourrait faire basculer 40 millions de personnes dans la pauvreté extrême, effaçant au moins cinq années de progrès dans la lutte contre ce fléau. Sans compter les reculs en matière de capital humain (apprentissage, éducation, notamment).

En raison de la conjugaison des mesures de confinement et des retombées connexes de la récession mondiale, la croissance devrait ralentir dans toute la région. Le PIB a fortement chuté au second trimestre 2020 dans tous les pays, en particulier au Nigeria (-6,1 % en glissement annuel) et en Afrique du Sud (-17,1 %).

Cette chute devrait être plus marquée en Afrique de l’Est et australe qu’en Afrique de l’Ouest et centrale. Dans ces deux sous-régions, le ralentissement de croissance devrait être tiré par les pays exportateurs de pétrole.

L’activité des pays à faible intensité de ressources, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal, ralentira sans se contracter, grâce à une croissance relativement plus robuste du secteur agricole. Les pays fragiles de la région devraient connaître une forte baisse de croissance, la Covid-19 ne faisant qu’amplifier les facteurs de fragilité.

La crise, une opportunité ?

Le chemin de la relance économique sera long et escarpé, prévient la BM. Selon qui les pays devront reconstituer leur espace budgétaire pour financer des programmes susceptibles de stimuler la reprise, d’améliorer la gestion de la dette et de lutter contre la corruption. Une reprise durable dépendra de la rapidité à laquelle les pays africains privilégieront des actions politiques et des investissements.

Ceux-ci devant créer des emplois plus nombreux, de meilleure qualité et inclusifs. À leur tour, ces priorités politiques s’articulent autour de trois axes critiques et interdépendants : la transformation numérique, la réaffectation sectorielle et l’intégration spatiale. Déjà, plusieurs pays de la région saisissent l’opportunité de la crise pour accélérer ces réformes, se réjouit la BM.

D’ailleurs, l’activité économique a commencé à rebondir au troisième trimestre 2020. Cependant, la reprise a été modeste et inégale d’un pays à l’autre. Les dépenses des ménages pour les services sont restées modérées. La production industrielle a ralenti et le commerce international est resté faible, retardant la reprise de la production manufacturière.

Le PIB réel de l’Afrique subsaharienne devrait remonter de 2,1 % en 2021. La croissance resterait inférieure à celle de 2019 (2,4%) et surtout, inférieure à la croissance démographique. Aussi, le PIB par habitant devrait se contracter de plus de 6,0 %. La baisse de la consommation intérieure et des investissements poussent vers la récession. Du côté de l’offre, de fortes contractions dans les secteurs des services et de l’industrie soutiennent le ralentissement.

En cas d’accalmie sur le front de la pandémie et si les États engagent les réformes nécessaires, le PIB courant de l’Afrique subsaharienne pourrait rebondir de 3,2 %. Fort logiquement, la croissance serait moindre en Afrique de l’Ouest et centrale. Surtout si les producteurs de pétrole restent pénalisés.  

À l’exclusion du Nigeria, la croissance en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale devrait atteindre 3,0 % en 2021, reflétant une reprise plus robuste des pays exportateurs de métaux et des pays à faible intensité de ressources, y compris la Côte d’Ivoire et le Niger, à mesure que l’incertitude politique diminue.

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