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Le Franc CFA ausculté par le Sénat

Le Franc CFA ausculté par le Sénat
  • Publiéoctobre 23, 2020

Bien sûr, la France devra continuer d’accompagner les États membres dans leurs projets de modernisation. Elle devrait s’engager à renommer la Zone franc, dont le nom est source de confusion sur sa nature et sur le rôle qu’y joue la France ; elle devrait renforcer les efforts de communication sur la réforme en cours dans l’UMOA. Laquelle pourrait à terme servir de levier à une réforme plus profonde des mécanismes de la coopération monétaire en Afrique de l’Ouest.

S’ils relèvent plusieurs points d’incertitude concernant la situation actuelle et le futur de la Zone franc, les deux rapporteurs contestent les « caricatures et s’étonnent du « décalage entre ce qui n’est finalement qu’une petite ligne du budget en France et ce sujet énorme et très symbolique en Afrique ». 

Toutefois, plusieurs facteurs font douter les sénateurs français de la réalisation, à court terme, du projet éco de la Cedeao, qui implique une réforme plus approfondie de la coopération monétaire en Afrique de l’Ouest.

Certains, expliquent-ils, « n’y voient qu’une arnaque politique ou la continuité d’une servitude monétaire, tandis que d’autres parlent d’avancée réelle ou de semi-révolution ».

Peu de changements, avec l’éco 

Dans ce domaine, la communication est un élément stratégique dont les autorités et les institutions françaises doivent mieux tirer parti, au risque que le message de la réforme ne se dilue dans un contexte plus général de revendications à l’encontre de la France. La difficulté est que le discours français n’est souvent perçu que comme une défense par Paris de ses propres intérêts.

Mais quels sont ces changements ? Rejoignant ses opposants, les sénateurs reconnaissent que « la réforme ne revient pas sur deux aspects essentiels de la coopération monétaire : la parité fixe avec l’euro et la garantie de convertibilité ».

Du point de vue français, la réforme en Afrique de l’Ouest se traduira, tout d’abord, par une petite économie : « La fermeture du compte d’opérations entraîne avec elle la fin des conditions avantageuses de rémunération pour les avoirs extérieurs nets déposés par la BCEAO auprès du Trésor. »

Tout en mettant fin à la centralisation des réserves de change, le projet de nouvel accord de coopération monétaire maintient la garantie de convertibilité illimitée et inconditionnelle assurée par la France.

Cet apparent décalage s’explique, selon les sénateurs, par la mise en œuvre de nouveaux mécanismes de remontée d’information pour permettre à la France d’avoir de la visibilité et de piloter son risque financier. En outre, « ces dispositifs seraient plus souples et plus efficaces pour mesurer le niveau des réserves de change de la BCEAO et le risque d’appel en garantie ».

Ce n’est donc pas le maintien d’une « mainmise » française, mais la contrepartie de l’octroi de la garantie de convertibilité en l’absence de centralisation des réserves et de représentants français dans les instances techniques de la BCEAO, concluent-ils.

Entre une réforme purement symbolique et une autre plus profonde, les décideurs souverains des pays de l’Uemoa ont choisi la première option. « Ils se sont attachés aux garanties que leur apporte la Zone franc, notamment en matière de stabilité macroéconomique et de convertibilité des devises. »

Écrit par
Par Marie-Anne Lubin

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