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African Banker

Le Franc CFA ausculté par le Sénat

Un rapport du Sénat français se montre plutôt indulgent à l’égard du Franc CFA, face aux nombreuses critiques venues d’Afrique. Les sénateurs prennent acte, non sans scepticisme, de la création de l’Eco dans l’UMOA et préconisent des mesures d’accompagnement.

Par Marie-Anne Lubin

Un rapport conduit par deux sénateurs permet de prendre le pouls de la France dans le débat sur le Franc CFA et le futur éco de la zone UMOA (Union monétaire ouest-africaine). Cette réforme a attiré l’attention sur la Zone franc, « un sujet qui reste cependant méconnu et incompris ».

Au-delà de l’aspect pédagogique à destination de leurs collègues parlementaires ou du grand public, ce rapport tente de s’écarter des arguments binaires sur le franc CFA. Les sénateurs ont auditionné plusieurs économistes, dont Kako Nubukpo et Dominique Strauss-Kahn.

Les sénateurs préconisent d’accompagner cette modernisation des accords de coopération monétaire. Considérant que la modification de l’accord monétaire avec l’UMOA n’est qu’une première étape vers un ajustement plus profond des mécanismes de fonctionnement de la Zone franc.

Ils concluent que la monnaie ne peut pas tout. Elle ne peut pas se résumer à un instrument de domination, – ils en veulent pour preuve le recul de la présence économique de la France en Afrique de l’Ouest. Elle n’est pas non plus garantie de stabilité.

Elle est, rappelle la théorie économique, un instrument d’échanges et d’épargne. Devant les rapporteurs, Kako Nubukpo a rappelé un aspect essentiel de la monnaie : c’est une unité de compte, c’est une référence commune et partagée par une population, c’est un objet de la vie quotidienne dont le nom renvoie à une identité. « Tellement évidente, cette dimension symbolique est parfois négligée par les institutions françaises dans les débats sur le franc CFA. »

Cette dimension symbolique permet de comprendre pourquoi il faut s’affranchir non seulement de la dénomination « franc CFA », mais également des attaches trop lourdes avec les institutions françaises. Pour autant, peut-on conclure, à l’image de Gérard Longuet, ancien ministre, cité dans le rapport, que « le franc CFA souffre de sa dénomination, mais, pour le reste, il est parfait » ?

Les rapporteurs, Nathalie Goulet et Victorin Lurel, ne vont pas jusque-là, même s’ils trouvent bien plus de vertus que de défauts à la monnaie des deux zones africaines et des Comores.

Les rapporteurs émettent plusieurs propositions pour poursuivre la nécessaire modernisation des accords de coopération monétaire qui façonnent la Zone franc. Ces propositions visent, expliquent-ils, « à prolonger le travail entamé depuis plusieurs décennies pour mettre fin aux symboles les plus irritants du franc CFA, et à faire œuvre de prospective ».

L’Afrique centrale ne doit pas être négligée

Ils conseillent de mieux encadrer la nomination par la France de représentants au sein des instances techniques des banques centrales de la Zone franc.

Quitte à réduire la part de la représentation française, avant d’aboutir à la nomination d’administrateurs indépendants. La France pourrait réduire, à court terme, le niveau des réserves que doivent déposer auprès du Trésor.

Dans l’UMOA, selon le nouvel accord de coopération monétaire, la mise en œuvre de mécanismes de remontée d’informations (reporting) doit se substituer à l’obligation de centralisation, « qui n’est plus le mécanisme le plus adéquat pour permettre à la France de piloter le risque financier que représente sa garantie de convertibilité ». Toutefois, si le retour d’expérience se révèle positif, la BEAC pourrait en venir à ce système.

Les sénateurs ne s’opposent pas à ce qu’on engage une réflexion sur les bénéfices économiques que pourrait apporter un découplage des taux de parité du franc CFA avec l’euro. Ces deux monnaies ne sont pas librement convertibles entre elles mais leur parité est identique, alors même que les caractéristiques économiques de ces deux zones monétaires sont différentes.

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