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African Banker

Une Banque centrale attentive à ses missions

Laissant ses taux directeurs inchangés, la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest note la fébrilité de la conjoncture économique. Elle constate une résurgence de l’inflation, qui reste toutefois contenue sous les objectifs.

Par Aude Darc

La BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest) fait montre d’un optimisme très prudent, face à l’évolution de la conjoncture mondiale et sous régionale. Son Comité de politique monétaire (CPM), qui s’est réuni le 2 décembre sous la présidence du gouverneur Tiémoko Meyliet Koné, a décidé de maintenir inchangés ses taux directeurs, ainsi que le niveau des réserves obligatoires imposées aux banques. Si l’activité économique mérite sans doute un nouveau coup de pouce, la situation sur le front de l’inflation préoccupe le banquier central. 

Des investisseurs encouragés par le maintien de la notation financière de la Côte d’Ivoire par les agences Moody’s (Ba3, perspective stable) et Fitch (B+, perspective positive), une notation classée parmi les plus élevées d’Afrique subsaharienne.

Certes, l’activité économique mondiale s’est inscrite dans une phase de reprise progressive au troisième trimestre, après la levée des mesures de confinement et la mise en œuvre de politiques budgétaire et monétaire expansionnistes en riposte à la crise économique et sanitaire.

Pour autant, « de fortes incertitudes pèsent sur les perspectives, en raison de la résurgence, sur la période récente, des infections au coronavirus dans de nombreux pays conduisant au rétablissement de mesures de restriction de mobilité ». D’ailleurs, le FMI anticipe pour 2020 « une récession sévère », juge le CPM. Soit une baisse de la production mondiale de 4,4%, après une hausse de 2,9 % en 2019.

Sur les marchés internationaux, les cours des matières premières se sont redressés durant le trimestre, dans le sillage de l’économie mondiale. Selon les données de la Banque mondiale, les prix de l’énergie ont rebondi de 33,9% après la forte chute du deuxième trimestre. Cette orientation favorable reflète les augmentations de 5,7% des cours des matières premières agricoles, de 16,5% de ceux des métaux précieux et de 19,5% pour les autres métaux et minéraux.

Aggravation attendue des déficits publics

Examinant la conjoncture interne, le Comité a relevé que l’activité économique dans l’Uemoa a « légèrement progressé » au troisième trimestre 2020. Le PIB de l’Union a progressé de 0,6% en trois mois, après une baisse de 2,0% un trimestre plus tôt. Pour l’ensemble de l’année 2020, les dernières prévisions situent la croissance du PIB de l’Union à 0,9% contre 5,6% en 2019.

Pour autant, « l’exécution des budgets nationaux sur les neuf premiers mois de l’année 2020 fait ressortir une aggravation des déficits par rapport à la même période de l’année précédente ». Déficits induits par les effets de la pandémie sur les recettes ainsi que par les mesures de riposte et de relance prises par les États. En effet, le déficit budgétaire, base engagements, dons compris, s’est chiffré à 3 742,1 milliards de F.CFA, soit 5,5% du PIB, à fin septembre 2020 contre 1 576,3 milliards (2,4% du PIB) un an plus tôt.

Sur le plan monétaire, la masse monétaire s’est consolidée par rapport au même trimestre de l’année précédente, avec une progression de 15,5% contre 13,2%. Les réserves de change de l’Union se sont établies à un niveau « confortable », assurant la couverture de 5,6 mois d’importations de biens et services.

Il correspond à un taux de couverture de l’émission monétaire de 74,7% contre 75,3% un trimestre plus tôt. Sur le marché monétaire, les conditions de financement ont poursuivi leur détente.

Poussée de l’inflation en octobre

Abordant la situation de l’inflation dans l’Union, le Comité a relevé que le niveau général des prix s’est établi à 2,9% en moyenne au troisième trimestre, après une hausse de 1,7% le trimestre précédent.

Lors de la réunion du 2 décembre, les membres du CPM étaient sans doute informés de la hausse des prix de 3,4% en octobre, son plus haut niveau mensuel depuis 2013, après un précédent « record » en août. L’inflation dépasse 4% au Burkina Faso, au Bénin, au Mali. Principalement, ce sont les composantes « produits alimentaires » dont les prix ont le plus augmenté, en octobre.

L’accélération du rythme de progression du niveau général des prix est imprimée essentiellement par le renchérissement des céréales locales, des produits de la pêche, des légumes frais ainsi que des tubercules et plantains, explique le CPM.

Cette évolution s’explique par les perturbations des circuits de distribution dans le contexte de la pandémie de la Covid-19, et de la baisse de la production céréalière de la campagne agricole 2019-2020. Rien d’alarmant, toutefois : pour l’ensemble de l’année 2020, le taux d’inflation est projeté à 2,2% après -0,7% en 2019.

À l’horizon de huit trimestres, soit à fin septembre 2022, les prévisions situent le taux d’inflation dans la zone de confort (entre 1,0% et 3,0%) définie pour la mise en œuvre de la politique monétaire de l’Union.

ENCADRE

Un financement attractif pour la Côte d’Ivoire

La récente émission d’eurobonds sur les marchés financiers internationaux a permis à la Côte d’Ivoire de récolter un milliard d’euros, à des conditions particulièrement favorables. Le taux d’intérêt s’est porté à 5% – contre 5,5% envisagés – sur une maturité dix ans.

Outre un refinancement (rachat d’obligations en circulation) de la dette, l’opération permet de financer des investissements prévus au budget. « Ceci explique le timing que nous avons choisi. Grâce à ce timing bien choisi, nous avons pu obtenir un taux exceptionnel de 5% qui est un signe évident du succès de cette opération », a confié au quotidien Fraternité Matin le ministre de l’Économie et des finances, Adama Coulibaly. « La Côte d’Ivoire, en sa qualité de premier émetteur de ce marché local, devait y réduire son recours afin de permettre aux autres pays, qui n’ont pas accès au marché international, de combler leurs besoins financiers. »

Bceao

« Récemment, avec les violences observées à l’occasion des élections présidentielles, l’on aurait pu croire que cette confiance ait été ébranlée. Pourtant, les investisseurs ont affiché un intérêt remarqué pour les titres d’emprunt internationaux émis par la Côte-d’Ivoire. » 

Des investisseurs encouragés par le maintien de la notation financière de la Côte d’Ivoire par les agences Moody’s (Ba3, perspective stable) et Fitch (B+, perspective positive), une notation classée parmi les plus élevées d’Afrique subsaharienne.

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