Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

Un coup d’accordéon pour sauver UBC

L’État camerounais va prendre le contrôle du capital d’Union Bank of Cameroon et confier ses créances douteuses à une structure de défaisance. L’opération est un soulagement pour l’actionnaire Ecobank TI, qui versera un ticket de sortie 5 de milliards de F.CFA.

Par Aude Darc

Réunis en Assemblée générale extraordinaire, le 22 novembre à Douala, les actionnaires de UBC (Union Bank of Cameroon) ont approuvé le plan de restructuration de la banque. Celui-ci prévoit la prise en charge par l’État du Cameroun, à hauteur de 17,681 milliards de F.CFA (près de 27 millions d’euros), d’une diminution du capital social suivie d’une recapitalisation.

Cette technique dite du « coup accordéon », pour reprendre le jargon de la finance, permet de réduire l’endettement d’une entreprise et, la plupart du temps, de trouver un nouvel actionnaire. Dans le cas précis, c’est l’État qui devient actionnaire de référence de l’UBC. Il supervise le nettoyage de bilan en cédant une part des créances compromises à la Société de recouvrement des créances (SRC).

Officialisant les négociations entre les entreprises concernées et l’État, le président Paul Biya, demandait, le 18 février 2021, au Premier ministre « de prendre les mesures appropriées afin qu’au terme de la restructuration, l’État du Cameroun récupère la totalité des sommes investies pour sauver les deux banques », UBC et NFC Bank.

Cette entrée de l’État au capital s’accompagne de la sortie de ETI (Ecobank Transnational Incorporated), qui détenait 54,5% des actions. Le retrait de la maison mère d’Ecobank, négocié depuis de nombreuses années, et engagé formellement avec l’État depuis le début de 2021, n’est en rien une surprise. Il a été, comme prévu, acté par les actionnaires en AGE.

ETI qui trouve enfin une porte de sortie à sa convenance, après plusieurs tentatives avortées. Le groupe avait trouvé cette part de 54,5% du capital de la banque camerounaise parmi les actifs de la nigériane Oceanic Bank International, racheté en 2011. Dès cette année-là, Ecobank tentait de céder ses parts ; le groupe togolais avait même proposé la cession pour un franc symbolique à l’autre actionnaire de référence, la Cameroon Cooperative Credit Union (Camccul).

Cet organisme regroupe quelque 300 coopératives camerounaises. Cette opération, qui arrangeait tout le monde, s’est heurtée au refus de la Commission des opérations bancaires de la Cemac, la Cobac.

Un long feuilleton

Il est vrai qu’au tournant des années 2010, la situation financière de la Camccul ne l’autorisait guère à reprendre les actifs d’une société elle-même dans une situation peu florissante. UBC, pointaient les analystes financiers et la Cobac, était même en délicatesse avec les principaux ratios prudentiels exigés dans cette industrie.

Le départ du groupe panafricain, aux reins solides, du capital d’UBC, aurait signifié le dépôt de bilan de cette dernière, justifie-t-on aujourd’hui du côté de la Cobac. Depuis lors, les négociations portaient sur le « ticket de sortie » qu’ETI pourrait payer pour sortir du capital.

La Cobac demandait 9 milliards de F.CFA, que la holding togolaise a toujours refusé de débourser. Finalement, ETI accepte de débourser 5 milliards de F.CFA dans l’opération. Depuis 2014, les rapports financiers d’ETI classent UBC au sein des actifs prévus à la vente et jugés non essentiels, conformément aux normes comptables en vigueur.

Pour le gouvernement camerounais, le sauvetage de l’UBC est une nécessité. En effet, l’éventuelle faillite de l’établissement aurait des conséquences sociales fortes, ne serait-ce que pour les 600 000 déposants, dont les 300 coopératives regroupées par son actionnaire la Camccul. Cette dernière, à terme, espère retrouver sa part de 44% au capital.

L’État du Cameroun utilise la même technique du « coup d’accordéon » pour renflouer un autre établissement, la National Financial Credit Bank (NFC Bank). Le coût financier global de ce sauvetage des deux établissements serait de 47 milliards de F.CFA (71,7 millions d’euros).

Sept milliards seront injectés dans le capital de chacune des deux banques, le solde servira de garanties pour les créances douteuses ou perdues, ainsi qu’à financer des exonérations fiscales permettant à ces deux établissements d’achever leur restructuration. Un schéma similaire à celui appliqué en 2012, avec succès, pour la CBC (Commercial Bank of Cameroon).

UBC se redresse

Reste à savoir, du côté de la NFC Bank, le sort réservé à l’actionnaire principal, le financier Zacharia Awanga (60% du capital), avec qui les négociations semblent plus difficiles qu’avec ETI, à qui rien n’est reproché. En effet, l’État soupçonne le milliardaire camerounais de détenir lui-même de nombreuses créances douteuses inscrites dans les comptes de NFC Bank.

Tel est le prix à payer pour éviter leur faillite, bien que les comptes d’UBC s’améliorent depuis deux ans. En effet, l’AGE a permis de dévoiler des résultats 2020 en croissance, en dépit du contexte économique. Les revenus ont augmenté de 9%, pour une croissance qualifiée de « record », 18% des dépôts. L’établissement affiche un bénéfice net de 1,5 milliard de F.CFA.

Charge à l’État, à terme, de trouver de nouveaux actionnaires privés. Telle est la mission confiée par Paul Biya, qui demandait, le 18 février 2021, au Premier ministre « de prendre les mesures appropriées afin qu’au terme de la restructuration, l’État du Cameroun récupère la totalité des sommes investies pour sauver les deux banques ».

@AD

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts