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African Banker

Test de solidité des banques africaines

La BCEAO et HEC présentent des sessions de formation et d’échange afin d’améliorer les connaissances des professionnels de la banque à l’aune de la crise sanitaire. La session inaugurale a permis de faire le point sur la vulnérabilité des banques ouest-africaines.

Par Paule Fax

Le Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires (Cofeb) organise en partenariat avec HEC, des conférences en ligne à destination des professionnels de la banque. Elles se doublent de deux « webinars » de renforcement des capacités et d’accompagnement du secteur bancaire de l’Uemoa dans le contexte de la crise de Covid-19.

Une conférence de lancement, placée sous la présidence Tiémoko Meyliet Koné, gouverneur de la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) s’est déroulée le 18 juin 2020, en prélude aux prochaines sessions de formation. Lesquelles traiteront du diagnostic et des scénarios de crise pour les banques (26 juin) ainsi que de l’adaptation des banques et des scénarios de sortie de crise (8 juillet).

Grâce à la bancarisation croissante de l’économie, on observe l’important potentiel des banques africaines. « Bien sûr, il reste un risque de solvabilité, dans la période actuelle, mais le potentiel est toujours là », juge l’économiste Patrick Legland.

Le gouverneur de la BCEAO a rappelé les efforts accomplis par l’Afrique de l’Ouest en matière de résilience et de financiarisation de l’économie. « Nous tentons de garantir un financement sain et profitable de l’économie, hier comme face à la crise pandémique. »

La politique de la Banque centrale est de veiller aux conditions applicables aux banques privées, dont le gouverneur « apprécie d’ailleurs l’attitude dans ce contexte si difficile ». Pour les soutenir, il a paru nécessaire et urgent d’engager un programme complémentaire de renforcement des capacités. Dont fait partie la nouvelle plateforme de formation, qui « regroupe les acteurs permet d’engager des réflexions sur les voies et moyens de réduire la crise ».

Ces dernières années, la BCEAO a procédé à diverses réformes structurantes, notamment pour accroître la bancarisation et améliorer la résilience. Par exemple, Umoea-Titres a permis d’améliorer considérablement les ressources à disposition des agents économiques. La prise en compte du risque a fortement augmenté, ce qui permet de rassurer les investisseurs.

Améliorer l’interopérabilité

« Notre cadre réglementaire permet de réduire l’asymétrie d’information, l’un des obstacles à l’essor du crédit », a insisté Tiémoko Meyliet Koné. Le « credit bureau » (BIC) permettra d’accélérer l’accès des investisseurs au crédit, à des taux plus réduits et à conforter le travail des établissements financiers.

« Nous accentuons nos efforts en direction des PME et TPME. Nous avons un cadre réglementaire spécifique, désormais, pour la finance islamique », a précisé le gouverneur.

Néanmoins, l’expérience d’autres zones montre que l’UMOA (Union monétaire ouest-africaine) doit accélérer l’intégration des systèmes de paiements. C’est pourquoi la BCEAO a procédé en ce sens et « mis en place les infrastructures appropriées pour favoriser l’interopérabilité des plateformes de paiements ».

S’agissant de la résilience, les réformes entreprises ont permis l’entrée en vigueur de normes nouvelles, inspirées des standards internationaux, notamment Bâle 2 et Bâle 3. « Nous avons l’ambition de ne pas rester en marge des réformes susceptibles d’intervenir dans le monde en matière de comptabilité et de normes prudentielles », promet le gouverneur.

Qui précise que les mesures prises contre l’argent sale et l’argent du terrorisme ont permis à la zone de ne pas subir les phénomènes de delisting connus ailleurs. La supervision bancaire a été améliorée, condition indispensable à ce que l’édifice fonctionne.

« Nous avons enregistré de grands progrès », résume le gouverneur, chiffres à l’appui. Le ratio des encours des titres publics mobilisés sur le marché rapportés au PIB, est passé de 8,4 % en 2013 à 13,6% en 2019. De son côté, le ratio crédits/PIB est de 27,1% en 2019 contre 19,9% en 2012. De même, le taux d’inclusion financière dans l’UMOA est estimé à 59,7% en 2019 (+ 31,1 points en sept ans).

Un centre de référence en Afrique

Néanmoins, les autorités monétaires doivent répondre à la crise nouvelle et poursuivre les tests de la situation et des hypothèses qui se présentent. « Depuis le 27 mars, l’ensemble des besoins des bancaires sont couverts par la BCEAO. La Banque centrale a autorisé pas moins de 1 500 milliards de F.CFA (2,29 milliards d’euros) de refinancement. Les taux interbancaires ont diminué, ce qui est plutôt rassurant », précise Ismael Dem, conseiller de la BCEAO.

Par ces webinars de HEC, la Banque centrale aura davantage de retours des banques et des économistes. L’institution devrait engager un nouveau plan de sauvetage dans le secteur bancaire afin de limiter les dégâts économiques.

Grâce à ses instruments conventionnels, la Banque permet aux établissements de crédit de disposer des conditions nécessaires de refinancement et d’un cadre réglementaire applicable. « Si nous avons déjà amélioré la formation des agents bancaires, cette initiative avec HEC Paris permet d’améliorer le dispositif », précise le banquier central. Qui entend faire du Cofeb un centre de formation et de recherche de référence afin de mieux améliorer l’ensemble des acteurs du secteur bancaire et financier.

« Le Cofeb est une institution exigeante, qui a le souci de l’excellence », commente Nicolas Lemoine, directeur exécutif de HEC. Les formations en ligne revêtent un format nouveau, puisqu’elles sont disponibles en digital, mais restent associés à deux certificats délivrés par la célèbre école (Management bancaire et Ressources humaines).

Entre autres interventions de cette session inaugurale, retenons le « cours magistral » de Patrick Legland. L’économiste rappelle que le monde ne fait pas face à la première crise de son histoire.

On se réfère souvent à la crise boursière de 1929. Déjà, cette crise avait entraîné un renforcement du contrôle bancaire. Il en a été de même des crises suivantes, jusqu’à celle de 2008-2010. En 1929, le monde avait subi quatre années de baisse du PNB (-33% au total) et les économies n’ont retrouvé leur niveau d’avant crise que dix ans plus tard. Cette fois, « on peut espérer que la crise actuelle ne sera pas si forte », considère l’économiste.

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