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African Banker

Réinventer la banque

Le Forum d’été du Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique a permis de riches échanges, en particulier sur les stratégies à succès dans le contexte d’automatisation et de digitalisation des processus et solutions bancaires, la formation des collaborateurs, ainsi que l’ouverture à l’international.

Par Estelle Brack

Pour la troisième fois en dix ans, le Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique s’est réuni à Paris pour son forum d’été, à l’invitation de la BRED Banque Populaire.

Dans ses propos introduc­tifs, la présidente du Club, Aïssata Kone Sidibe, a souligné les initiatives du Club au service de ses adhérents, mentionnant la formation organisée avec Skema Business School et SFAF en octobre 2019 à Paris.

De même, sur le plan du rayonnement externe du Club, un deuxième ouvrage est en préparation, avec les éditions Revue Banque, dans lequel une trentaine de contributeurs traitera cette fois de ce que seront devenues les banques africaines dans trente ans, à paraître fin 2019.

La longue expérience d’Alain Le Noir sur le continent l’amène à estimer le budget formation à, en moyenne, 3 %-4 % de l’ensemble des dépenses de la banque ; mais dans les faits, il a constaté que le personnel ne suit pas autant que nécessaire les formations.

Le directeur général de la BRED, Olivier Klein, a exposé les enjeux et diffi­cultés pour les banques d’un environ­nement de taux longs bas – à 1 % -, ainsi que les stratégies mises en oeuvre par la banque, lui permettant de générer un revenu d’exploitation en progression de 24 %, tandis que la plupart des concur­rents ont réalisé des résultats atones.

L’un des axes majeurs de cette stratégie consiste à utiliser le digital comme un moyen de dégager du temps aux forces commerciales, leur permettant de mieux répondre aux exigences accrues des clients pour une banque à la fois simple, pratique, mais aussi prodiguant des conseils person­nalisés à forte valeur ajoutée.

À l’heure où le client peut trouver réponse à toute question sur l’Internet, son chargé de clientèle doit pouvoir lui apporter une réponse plus rapidement et selon le canal qu’il aura choisi ; pour la BRED, il ne s’agit pas de fermer les agences, mais de recentrer le travail des conseillers en agence sur du conseil à forte valeur ajoutée avec une proximité relation­nelle, et les libérer des opérations au quotidien répétitives et sans valeur ajoutée, comme le virement.

Un effort a, dans ce contexte, été fait sur la formation des conseillers, en progression de 40 % ; les agences ont également été réorganisées afin de permettre aux conseillers de consacrer davantage de temps – et du temps de qualité – au client (PME, entreprise, gestion privée, parti­culiers), en agence ou à distance en utilisant les outils numériques.

Il s’agit de mieux comprendre les besoins des clients et d’augmenter la surface de la rela­tion. Certains concur­rents qui ont procédé à la fermeture d’agences dans le cadre de leur transformation sont d’ailleurs en train de revoir leur stratégie, car ils ont constaté que cela n’était pas concluant pour faire progresser le résultat.

La Sillicon Valley de la banque ?

Luc Rigouzzo, cofondateur d’Amethys, a souligné le risque que repré­sente l’ampleur de la dette de long terme détenue par des fonds dans un contexte de taux très bas, qui pourrait devenir insoute­nable si les taux augmentent. Il lui semble essentiel de bancariser les entreprises les plus structurées du marché informel ; il estime que recruter seulement 20 % d’entre elles changera la physionomie de l’économie africaine, et ce peut être fait grâce aux nouveaux outils technolo­giques, tels que le scoring.

Il rappelle que les taux de rentabilité du capital (ROE) sur le continent sont bons, variant entre 8 % et 25 % selon les endroits. La zone grise entre les grandes entreprises et les PME est difficile à capter ; certaines institutions, telles que Cofina, en ont fait leur coeur de métier. Des discussions seraient en cours avec la Bceao autour d’un nouveau type d’agrément pour adresser cette zone, également appelée « méso finance ».

Pour Alexandre Maymat, respon­sable de la Société Générale à l’inter­national, la stratégie de spin-off mise en oeuvre pour créer le porte-monnaie électronique YUP – avec la solution de TagPay – est marquée de succès, avec 800 000 clients déjà enregistrés, et un objectif d’un million fin 2019.

Pour Yves Eonnet, cofonda­teur de TagPay, il s’agit bien d’une guerre à laquelle les banques doivent réagir. Les banques ont été créées il y a cinquante ans, sur la base de systèmes qui ont permis de faire une banque pour tous en Occident, mais pas pour l’Afrique, pour laquelle ce modèle bancaire devient celui de l’exclusion.

Il s’agit aujourd’hui de réinventer la banque grâce au digital et non pas de la seule digitalisation de la banque ; la banque historique ne peut pas traiter le non-bancarisé ou le mal bancarisé où qu’il soit (États-Unis, Afrique, etc.).

Le continent serait aujourd’hui devenu la Silicon Valley de la banque, avec des clients disposant de téléphone portable mais pas de compte bancaire. Les banques qui ciblent les PME, comme Cofina et Coris, ont également choisi le modèle de Core Banking dans le Cloud de TagPay.

La technologie est aujourd’hui disponible, il s’agit de définir de nouveaux modèles avec des partenaires. Il estime que ce ne sont pas les vieilles banques qui auront le leadership en 2030, et que les grandes banques à ce moment n’existent pas ou sont en formation. Et bien habile celui qui saura dire ce que deviendront des initiatives comme le libra de Facebook, certainement suivie par d’autres.

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