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African Banker

Pourquoi la Banque centrale du Congo relève son taux directeur

La Banque centrale du Congo a surpris, ce week-end du 15 août, en relevant son taux directeur de 7,5% à 18,5%. L’institution note une reprise des tensions inflationnistes, mais juge que la récession économique en RD Congo pourrait être moindre que redouté, en 2020.

Par Kimberly Adams 

Comme la plupart des Banques centrales africaines, la BCC (Banque centrale du Congo) avait diminué son taux directeur, afin de soutenir l’économie, avant même les premiers signes de l’arrivée de l’épidémie à coronavirus, au printemps.

Désormais, la BCC entend contenir l’expansion monétaire et juguler l’inflation. D’ailleurs, avec une inflation prévue de 20,7% sur un an, le taux de 18,5% se situe un peu en dessous de « la positivité » demandée par le gouverneur Déogratias Mutombo Mwana Nyembo. Lequel souhaite « observer comment le marché va évoluer » avant d’ajuster le taux directeur, potentiellement à la hausse.

La Banque centrale « exhorte le gouvernement à poursuivre et à densifier les efforts d’ajustement budgétaire et de mobilisation des recettes ». L’État doit « contribuer davantage à la stabilité macroéconomique indispensable pour jeter les bases d’une reprise économique forte et résiliente ».

Le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque centrale du Congo détaille, ce 17 août, ses conclusions. Il fait le constat que l’économie mondiale demeure « fortement affectée » par les conséquences de la Covid-19.

L’impact de cette pandémie dans les économies africaines devrait être plus sévère, particulièrement en 2020, que celui des crises précédentes qu’a connu le continent. Ce recul de l’activité des pays (-3,4% selon la BAD) en 2020 est la conséquence des mesures prises par les autorités pour limiter la propagation de la maladie. « Cette situation est de nature à saper les performances enregistrées ces dernières années, notamment en matière de réduction de la pauvreté. »

Dans ce contexte, les gouvernements sont encouragés à prendre des mesures adéquates et urgentes visant non seulement à atténuer l’impact socio-économique de la crise mais surtout, à protéger les populations les plus vulnérables grâce à des mesures de protections sociales bien ciblées. Toutefois, une reprise de l’activité est attendue à partir de 2021.

Concernant les cours mondiaux des matières premières, le CPM note la hausse des cours du cuivre et du pétrole, amorcée depuis mai. En juillet, les prix de ces produits ont augmenté de près de 11% et 6% respectivement. Le cobalt, un produit intéressant aussi la RD Congo, a vu son prix enregistrer une baisse de 2,1%.

Des résultats encourageants

Sur le plan intérieur, le CPM considère que la contraction de l’économie congolaise devrait être moins forte que celle estimée sur la base des réalisations à fin mars. En raison notamment du bon comportement des activités dans le secteur minier, à la faveur du confinement des ouvriers dans les mines, ainsi que de la tendance à la bonne tenue des cours mondiaux.

La Banque centrale prévoit une contraction de 1,7% du PIB en 2020, contre -2,4% estimés en mars. Le CPM constate « les résultats encourageants » enregistrés eu premier semestre. Lesquels, conjugués aux mesures de riposte contre la Covid-19, ont amélioré la confiance des chefs d’entreprise, en juillet.

En revanche, sur le marché des biens et services, en rythme mensuel, il apparaît une légère accélération de l’inflation en juillet. Soit 2,95% contre 2,55% le mois précédent. Ce, sur fond de déficit d’offre, dans un contexte de sorties de confinement, aussi bien en RD Congo que chez les pays d’importations. En glissement annuel, l’inflation ressort à 14,6%. Dans ce contexte, à conditions inchangées, l’année pourrait s’achever sur une inflation de 20,7%, contre un objectif à moyen terme de 7% l’an.

Sur le plan des finances publiques, les opérations financières de l’État se soldent, en juillet, par un déficit de 182 milliards de francs congolais (78,84 millions d’euros). Toutefois, les dépenses de l’État ont été financées par les émissions de bon du Trésor, pour 23,7 milliards de francs congolais, et a bénéficié de l’appui du FMI, pour 158,2 milliards.

Des risques de tensions

Enfin, en matière de changes, le CPM constate que les mesures prises ont permis de contenir les pressions sur le franc congolais, observées sur le marché. La monnaie a même tendance à s’apprécier, durant la dernière semaine de juillet et les premières semaines d’août.

De même, les réserves de change se maintiennent à 3 semaines et 2 jours. De leur côté, les instruments de la politique monétaire sont tous orientés vers la ponction de la liquidité. Cette coordination des instruments a contribué à l’assèchement de la liquidité bancaire, comme l’atteste le niveau des avoirs libres des banques, devenu négatif.

C’est pourquoi, eu égard « aux risques de tensions aussi bien sur le marché des biens et services que sur celui des changes », le CPM a décidé de resserrer davantage son dispositif. Il décide donc de relever le taux directeur à 18,5% Les coefficients de réserves obligatoires sont maintenus (à 13% sur les dépôts en devises à vue, par exemple). La Banque centrale estime qu’ainsi, la régulation de la liquidité va se poursuivre, le bon qu’elle émet (Bon BCC) devenant plus attractif avec la hausse des taux.

Enfin, le CPM « exhorte le gouvernement à poursuivre et à densifier les efforts d’ajustement budgétaire et de mobilisation des recettes ». L’État doit « contribuer davantage à la stabilité macroéconomique indispensable pour jeter les bases d’une reprise économique forte et résiliente ».

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