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African Banker

Maroc : Baisse inédite du taux directeur

La Banque Al-Maghrib a abaissé de 50 points de base son taux directeur et a décidé de libérer le compte de réserves des banques commerciales. Face à l’incertitude économique, internationale et nationale, la Banque centrale ne sort pas d’une politique conventionnelle, notent les experts.

Par Kimberly Adams 

« Les projections macroéconomiques restent entourées d’un degré exceptionnellement élevé d’incertitude et font clairement ressortir une forte contraction de l’économie nationale cette année suivie d’un certain rebond en 2021. »

« À travers ces nouvelles mesures, la Banque centrale renforce son rôle de régulateur et appuie sa capacité d’écoute des besoins des opérateurs économiques synonymes de confiance et précurseurs d’une reprise viable », commente Attijari Global Research.

Tel est le constat du Conseil de la Bank Al-Maghrib, la Banque centrale du Maroc, lors de sa réunion du 16 juin. C’est pourquoi, le Conseil a décidé, après la baisse de 25 points de base en mars, de procéder à une deuxième réduction du taux directeur de 50 points, le ramenant à 1,5%, et de libérer intégralement le compte de réserve au profit des banques.

« L’orthodoxie monétaire est préservée », commentent les analystes d’Attijari Global Research. Selon leurs calculs, la réduction des réserves obligatoires libère une manne de liquidité de près de 12,9 milliards de dirhams (1,19 milliard d’euros) au profit des banques.

Dans le même sens, Bank Al-Maghrib a décidé de dispositions spécifiques pour fournir un appui au refinancement des banques participatives et aux associations de microcrédit.

Ces nouvelles décisions s’ajoutent aux différentes mesures d’assouplissement déjà mises en œuvre, notamment l’élargissement du collatéral éligible à ses opérations de refinancement, le renforcement de ses programmes non conventionnels, ainsi que l’allègement temporaire des règles prudentielles. Selon la Banque, ces mesures devraient contribuer, « avec celles prises par le Comité de Veille économique, à atténuer l’impact de la pandémie et à soutenir la relance de l’économie et de l’emploi ».

Après s’être établie à 1,4% en moyenne au premier trimestre 2020, l’inflation est revenue à 0,9% en avril, dans le sillage du repli des prix des carburants et lubrifiants. À moyen terme, et dans un contexte de faibles pressions inflationnistes émanant de la demande et des cours bas des matières premières, elle se maintiendrait, selon les prévisions de BAM, à un niveau modéré autour de 1% aussi bien en 2020 qu’en 2021. Soient 0,8% cette année et 0,7% en 2021, après 1% en 2019, selon les prévisions d’Attijari Global Research. 

Sur les marchés des matières premières, l’accord conclu par les membres et partenaires de l’OPEP pour réduire la production de pétrole « ne devrait que partiellement compenser l’effet de la forte baisse de la demande mondiale sur les prix », juge la Banque. Qui se base sur un baril à 40 dollars en 2020 et à 52,5 $ en 2021.

Contraction du PIB en 2020

Dans ces conditions, l’économie mondiale subirait de fortes pressions désinflationnistes en 2020, avec notamment un reflux de l’inflation à 0,9% aux États-Unis et à 0,5% dans la zone euro. En 2021, l’inflation connaîtrait une hausse, s’établissant à 2,4% aux États-Unis, et en Europe, elle resterait en deçà de l’objectif de la BCE, à 1,3%.

Au niveau national, pâtissant de l’effet conjugué de la sécheresse et des restrictions pour limiter la propagation de la Covid-19, l’économie accuserait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, une contraction de 5,2% en 2020, la plus forte depuis 1996. Avec un recul de 4,6% de la valeur ajoutée agricole, qui serait suivie d’un rebond de 12,4% en 2021.

Au regard de l’« évolution rapide et incertaine de la situation », ces prévisions restent entourées de fortes incertitudes, avec une balance des risques orientée à la baisse. En effet, selon les scénarios d’une reprise plus lente de l’activité ou de la persistance de la faiblesse de la demande étrangère et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, la récession serait beaucoup plus profonde.

Bank Al-Maghrib appellera, si les circonstances l’exigent, à une réunion exceptionnelle de son Conseil avant celle prévue le 22 septembre 2020.

« Ces mesures peuvent être qualifiées d’historiques par la Banque centrale », insistent les experts d’Attijari Global Research. Pour la première fois, l’institution procède à un mouvement d’un seul coup de 50 points de base, faisant suite à une précédente baisse de 25 points un trimestre auparavant. Le taux directeur est ainsi à son plus bas niveau de ces quinze dernières années. Avec la libération totale du compte de réserves, il s’agit là de « décisions inédites » qui « s’inscrivent dans une tendance lourde à l’échelle internationale ».

En effet, les instruments monétaires ont été très utilisés pour réduire les dommages collatéraux occasionnés par la pandémie de Covid-19. À cet effet, la réduction du taux d’intérêt et l’amélioration de la liquidité bancaire ont constitué les deux premières lignes de défense de la politique monétaire contre le choc sanitaire.

Les conditions d’une reprise sont remplies

D’une part, plusieurs institutions ont procédé à plusieurs baisses du taux directeur pour soutenir le financement de l’économie. D’autre part, les Banques centrales ont procédé à l’amélioration de la liquidité bancaire à travers différents canaux, notamment l’élargissement des garanties admissibles dans le cadre d’octroi de liquidités, la baisse du taux de réserve obligatoire ou encore l’augmentation de l’accès à la liquidité par le biais des opérations de rachats d’actifs.

Lors de son intervention, le gouverneur de Bank Al Maghrib a exclu tout recours à des moyens non conventionnels de financement. Le Wali confirme poursuivre une politique accommodante qui vise le soutien de la croissance économique sans pour autant adopter d’autres méthodes, notamment la planche à billets « qui pourraient être nuisibles à terme aux fondamentaux de l’économie marocaine ».

Au niveau national, pâtissant de l’effet conjugué de la sécheresse et des restrictions pour limiter la propagation de la Covid-19, l’économie accuserait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, une contraction de 5,2% en 2020, la plus forte depuis 1996. Avec un recul de 4,6% de la valeur ajoutée agricole, qui serait suivie d’un rebond de 12,4% en 2021.

Il est vrai, souligne Attijari Global Research, que la détente des taux fait écho à « une inflation modérée au Maroc ». Le niveau des prix ne constituerait actuellement pas un enjeu majeur pour la Banque centrale, même si l’inflation est remontée à 1,4% au premier trimestre.

Cette baisse du taux directeur a été en grande partie anticipée par les marchés financiers. En témoigne la baisse plus prononcée de la partie courte de la courbe des taux. Sans surprise, la partie moyen et long terme de la courbe des taux est plus résistante et ce, dans la perspective des besoins de financement croissants du Trésor sur cet horizon.

L’accès au crédit demeure une plainte structurelle des entreprises au Maroc. De ce fait, l’injection de liquidité dans le système bancaire et le rabaissement du coût de refinancement « sont de nature à renforcer l’ensemble du dispositif mis en place par le système bancaire pour assurer une reprise rapide de la croissance ». À travers ces nouvelles mesures, la Banque centrale « renforce son rôle de régulateur et appuie sa capacité d’écoute des besoins des opérateurs économiques synonymes de confiance et précurseurs d’une reprise viable ».

« À travers ces nouvelles mesures, la Banque centrale renforce son rôle de régulateur et appuie sa capacité d’écoute des besoins des opérateurs économiques synonymes de confiance et précurseurs d’une reprise viable », commente Attijari Global Research.

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