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African Banker

L’État recapitalise la banque des PME

En difficulté depuis sa création en 2015, la BC-PME peine à financer les PME qui constituent plus de 90 % du tissu industriel camerounais. L’État vient d’engager sa recapitalisation, à hauteur de 10 milliards de F.CFA, pour sauver la banquer.

Douala, Frédéric Nonos

Sa recapitalisation a été ordonnée en mai 2019 à la suite de la révi­sion de la loi de Finances par le chef de l’État : dix milliards de F.CFA (près de 15 millions d’euros) ont été pourvus au renflouement du capital de la Banque camerounaise des PME (BC-PME).

Son conseil d’administration avait déjà annoncé en janvier, l’augmen­tation du capital de la banque de 10 à 20 milliards de F.CFA (30,5 millions d’euros).

Cette recapitalisation survient après une sanction financière suivie de l’ouverture par la Cobac (Commission bancaire de l’Afrique centrale), le 30 août 2018, d’une procédure disciplinaire contre la BC-PME et ses dirigeants.

En 2017, le régulateur bancaire de la Cemac repro­chait à la banque de n’avoir pas respecté, depuis août 2015, la norme prudentielle relative au capital minimum. Ce qui signi­fie que depuis cette période, la BC-PME ne disposait pas assez de fonds propres.

Promise en 2011 par le président Paul Biya au cours du comice agropastoral d’Ebolowa, et ouverte quatre ans plus tard, la BC-PME n’est jusqu’ici fonctionnelle que dans les deux principales villes du pays, Yaoundé et Douala.

Entièrement détenue par l’État, elle ambitionne de réduire les difficultés d’accès aux financements des PME, qui constituent pourtant plus de 90 % du tissu industriel camerounais.

Restructuration

Pourtant, après avoir ouvert ses guichets en 2015, la BC-PME s’est rapide­ment retrouvée limitée dans ses interven­tions. Fin 2015, sa directrice générale en appelait déjà à une injection des liquidités par l’État. Cet appel de fonds, selon Agnès Ndoumbe Mandeng, devait permettre à la banque de pouvoir octroyer aux clients des crédits à long terme, plus adaptés à l’investissement pour les PME.

Plus qu’une recapitalisation, la restructuration de la BC-PME semblait urgente. Au-delà du sauvetage de cette banque de la banqueroute, la question du modèle de financement des PME camerounaises se pose avec acuité, face aux pesanteurs du système actuel et aux besoins des entreprises.

Cette recapitalisation intervient dans un contexte de restructuration de la banque dictée par le Programme écono­mique et financier triennal 2017-2019, entre le Cameroun et le FMI. « Le plan d’affaires de la Banque des PME sera remis à jour. En particulier, nous étudierons la possibilité de favoriser l’octroi de garanties ou de lignes de financement à des banques commerciales, plutôt que l’octroi de prêts directs », avait annoncé l’institution de Bretton-Woods dans un rapport publié en janvier 2018.

En juillet 2017, la BC-PME a présenté un bilan, selon lequel elle avait accordé 11,5 milliards F.CFA de prêts et près de 40 milliards de caution, au profit de 1 600 personnes.

Seulement, la rentabilité de ces prêts n’a pas produit les effets escomptés, d’où la restructuration en cours. Dans un rapport sur l’« évolution des taux débiteurs pratiqués par les établissements de crédit de la Cemac », la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) révèle que les PME n’ont capté que 18,8 % des financements bancaires au deuxième semestre 2018. Contre 63,5 % pour les grandes entreprises.

Le nouveau modèle économique de la banque que prépose le FMI, permettra, d’autre part, de s’appuyer sur l’expertise des banques commerciales en matière de gestion des risques et aura un effet multiplicateur en incitant ces dernières à octroyer plus de crédits aux PME.

Ce dispositif sera-t-il efficace ? Assu­rément, considèrent les experts financiers qui expliquent que ce nouvel attelage permettra à la banque de se déployer avec plus de flexibilité et recentrer son rôle sur l’intermédiation.

Néanmoins, certains observateurs préviennent qu’il faudra aller encore plus loin dans la gouvernance, « en invitant les pouvoirs publics à désigner des professionnels de la PME au sein de l’équipe dirigeante de la banque, plutôt qu’exclusivement des fonctionnaires, qui ont souvent de la peine à comprendre les difficultés des entreprises », suggère Gabriel Ngolle, promoteur d’une entreprise de BTP à Douala.

Modèles de financement

Au-delà de ce recadrage souhaité par les acteurs institutionnels, écono­miques et financiers, il s’agit davantage d’assainir un environnement peu enclin au financement des PME. Selon Alban Clovis Fogang, l’« environnement régle­mentaire au Cameroun n’autorise pas les banques à prendre certains risques avec les PME. Car elles ne peuvent pas financer des structures qui ne présentent pas un certain nombre de garanties ».

Or, très souvent, déplore le directeur général de Finec, une institution de microfinance, ces entreprises évoluent dans l’informel. À cause du non-paie­ment de ses commandes à temps auprès des PME, l’État contribue à fragili­ser les PME dont les trésoreries sont prises dans l’étau de la fiscalité et du non-remboursement des crédits.

D’où création d’autres institutions périphé­riques pour leur accompagnement. Notamment la Bourse de sous-traitance et de partenariat, les centres de gestion agréés, l’Agence des PME, le Bureau de mise à niveau et bien d’autres.

Des « adjuvants salvateurs qui permettent à la PME d’être formée, d’être capable, d’être compétitive. Il faudrait que la PME qui est passée par ces structures, arrive à la banque avec un projet bancable, susceptible d’affron­ter très aisément les conditionnalités que la banque lui oppose », souhaite Achille Bassilekin III, ministre des PME, de l’économie sociale et de l’artisanat.

Plus qu’une recapitalisation, la restruc­turation de la BC-PME semblait urgente. Au-delà du sauvetage de cette banque, la question du modèle de financement des PME se pose avec acuité. Pour les promoteurs de ces entreprises, cette reca­pitalisation ne peut être efficace que si elle sert de levier pour apporter des solu­tions aux véritables pesanteurs que sont, entre autres, la faible capitalisation des institutions de financement des banques pour des investissements dans un envi­ronnement à haut risque ; l’asymétrie de l’information entre entrepreneurs et banquiers ; la difficile sécurisation des crédits sur les PME ; ou encore la difficile valorisation des garanties…

En dépit de ces contraintes, « nous devons trouver des solutions alternatives, celles de rapprocher des bailleurs de fonds qui peuvent accorder des ressources longues pour financer les hauts de bilan des PME », suggère de son côté Alphonse Nafack, directeur général d’Afriland First Bank.

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