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African Banker

Le eNaria se fait attendre

Les Nigérians devront patienter avant d’acquérir le eNaria, la cryptomonnaie émise par la Banque centrale. Cette dernière se veut rassurante, le lancement est acté et la technologie est en place. La Haute Cour fédérale vient d’en approuver la diffusion.

Par Véronique Clara-Véronne

Au dernier moment, la Banque centrale du Nigeria a décidé le report du lancement de la monnaie numérique du pays. Les premiers échanges du eNaira devaient pourtant intervenir ce 4 octobre 2021, après un lancement officiel le 1er octobre.

Le premier argument de la Banque centrale (CBN) peut surprendre : ce lancement, s’est-elle aperçue tardivement, pouvait nuire aux festivités prévues pour le 61e anniversaire de l’Indépendance du Nigeria.

La cryptomonnaie aura le statut de monnaie légale, mais ce sera un actif ne portant pas intérêt. Les transactions client et les transactions basées sur la valeur seront plafonnées. Comme prévu, la popularité de la CBDC a été immense : le site enaira.com avait enregistré plus d’un million de visites, moins de 24 heures après son lancement.

Certains viennent rappeler que ce report a été annoncé au lendemain d’une plainte d’une entreprise (ENaira Payment Solutions Limited) devant la Haute Cour fédérale contre la CBN au sujet du nom « eNaira ».

Le cabinet avait par l’intermédiaire de ses avocats averti la Banque de s’abstenir d’utiliser ce nom. Ce week-end, apprend-on ce 4 octobre, la Haute Cour fédérale du Nigeria a pourtant approuvé le lancement de la cryptomonnaie, et de « sa diffusion à un large public ».

Dans sa déclaration, le porte-parole de la CBN, Osita Nwanisobi, n’a pas donné de nouvelle date de lancement. À son sens, « il n’y a aucune raison de s’alarmer » : « La CBN a pris la décision de reporter le lancement, qui avait été initialement prévu pour coïncider avec l’anniversaire de l’indépendance, par respect pour l’ambiance de réengagement national au rêve collectif de One Nigeria. »

Le porte-parole assure que la CBN et ses partenaires s’efforçaient d’assurer un processus transparent qui profitera globalement au client, en particulier à ceux des zones rurales et de la population non bancarisée. Selon l’institution, la monnaie numérique faciliterait les transferts d’égal à égal, paierait les biens et services chez certains commerçants, une fois lancée.

En effet, l’eNaira a pour fonction de limiter l’utilisation de la monnaie et assurerait la stabilité de l’économie nigériane. Un argument qui porte dans un pays où l’inflation atteignait 17%, en glissement annuel, à fin août. Et alors que le naira dévisse, depuis plusieurs mois, sur les marchés.

De légitimes préoccupations

Concernant l’état de préparation des banques et autres institutions financières de l’écosystème financier pour le lancement d’eNaira, le porte-parole a réitéré qu’eNaira constituait « un long processus », expliquant que tous les clients des banques n’étaient pas censés commencer les transactions le jour du lancement.

Réunion du Comité de fabrication du eNaria, le 18 septembre 2021 ; source : enaria.com

La Banque centrale reste convaincue que les institutions financières au Nigeria restaient des acteurs clés et constituaient un élément essentiel de la monnaie numérique de la banque centrale.

Néanmoins, elle se dit « consciente des préoccupations exprimées au sujet de l’eNaira », laquelle est supposée devenir l’une des premières monnaies numériques émise par une Banque centrale (CBDC), dans le monde. La CBN a installé une structure pour traiter rapidement tout problème pouvant découler de la mise en œuvre pilote de l’eNaira.

Pas question, visiblement, de se lancer dans une course contre la Chine, qui devrait lancer sa propre CBDC prochainement. Le Nigeria était plutôt bien avancé, le pays disposant d’un site internet (enaira.com) spécialement dédié à sa monnaie virtuelle.

La Banque centrale avait distribué des documents aux banques locales détaillant la conception de l’actif numérique qui sera bientôt lancé. Il contenait également des informations sur les rôles attribués aux participants impliqués dans le déploiement de la devise.

La cryptomonnaie aura le statut de monnaie légale, mais ce sera un actif ne portant pas intérêt. Les transactions client et les transactions basées sur la valeur seront plafonnées.

Comme prévu, la popularité de la CBDC a été immense : le site enaira.com avait enregistré plus d’un million de visites, moins de 24 heures après son lancement. Certains économistes, toutefois, préviennent qu’il faudra au gouvernement lancer une meilleure campagne de prévention des risques inhérents à l’usage des cryptomonnaies, fussent-elles émises par une institution publique.

Reste à régler le conflit sur le nom de domaine : le site Web n’est pas enregistré avec le domaine gov.ng car il sert à des fins commerciales. Le nom de domaine du site lui-même avait été enregistré par un particulier, avant l’initiative de la Banque centrale…

VCV 

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