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African Banker

La BSIC en quête d’un nouveau souffle

L’explosion des frais de gestion, deuxième faiblesse, est quant à elle imputable à l’augmentation des frais du personnel (de 22 %, déjà, en 2013), des frais de voyage, mais aussi au dérapage du coût d’acquisition et d’installation d’un nouveau système d’information. 

Alors que le budget initial n’était que de 6 millions d’euros, la facture a déjà atteint 28 millions, et « va certainement continuer à grimper », estime un expert : cinq ans après son lancement, le chantier est encore ouvert. 

La BSIC peut-elle encore être sauvée ? La question mérite d’être posée, car ce n’est pas la première fois que la direction met sur la table un plan de développement ou de réforme. Qui n’aboutit pas.

Le premier remonte à 2009. Désireux de développer l’activité de la banque, Mohamed Hadi Alwarfalli charge un cabinet étranger d’élaborer un business plan sur cinq ans (2009-2013) pour chacune des quatorze filiales et pour le navire amiral du groupe. 

Rebelote en 2013. À peine une année après sa nomination, le nouveau PDG commande, non pas un business plan, mais un véritable plan stratégique quinquennal, afin d’atteindre quatre objectifs : optimiser l’organisation de la Banque « afin de la rendre plus efficiente et plus efficace dans ses interventions dans le financement du développement » des pays membres, définir « des règles d’intervention et les moyens à mettre en oeuvre dans le cadre du financement des actions de développement conformément …

…aux orientations des plus hautes autorités de la CEN-SAD », élaborer une stratégie de mobilisation de ressources « permettant de contribuer d’une manière plus efficace au financement des projets de développement » et, enfin, améliorer les parts de marché des filiales et de leur rentabilité. 

Le PDG doit être Libyen 

Malheureusement, les objectifs fixés n’ont pas été atteints, car le business plan et le plan stratégique n’ont pas été appliqués ! Un aboutissement qui n’étonne guère ce banquier étranger familier des arcanes de la BSIC. À qui des cadres maghrébins basés dans des pays d’Afrique subsaharienne avaient assuré en 2013 que « rien n’allait changer ,car le mode d’organisation et de fonctionnement de la banque constitue une entrave insurmontable ». 

De fait, à la BSIC ce n’est pas la compétence mais la nationalité qui prime dans la nomination aux postes de responsabilité. Ainsi, d’après les statuts, le PDG ne peut être que Libyen, le vice-président inévitablement Soudanais – le Soudan étant, avec près de 10 % du capital, le deuxième plus important contributeur derrière la Libye (56 %). 

Autre inconvénient de ce mode de gouvernance, l’« allégeance des cadres et des employés ne va pas à la banque mais à ceux qui les ont nommés », constate un expert financier. Deux maux aux conséquences néfastes sur les performances de la banque.

D’ailleurs, le premier PDG, Mohamed Hadi Alwarfalli, appelé à la rescousse par les actionnaires, « va devoir y pallier notamment en abandonnant cette manière et en mettant en place une nouvelle gouvernance basée sur la compétence », s’il veut que son établissement reprenne des forces. Dernière hypothèque : les quatorze États actionnaires le laisseront-ils remettre en question un système dont ils tirent profit depuis vingt ans ?

ENCADRE

Le retour risqué de Mohamed Hadi Alwarfalli 

Sans doute, Mohamed Hadi Alwarfalli croyait avoir définitivement quitté la BSIC lorsqu’il a été contraint de prendre sa retraite, en 2012. Sept ans après, le fondateur et le premier PDG de la banque va devoir mettre entre parenthèses sa nouvelle carrière d’auteur – il a publié deux ouvrages, Guide des opérations bancaires et Guide des opérations bancaires internationales – et en reprendre les commandes. 

Mohamed Hadi Alwarfalli est entré dans le monde de la banque en 1966, mais sa carrière décolle véritablement après la réception d’un diplôme de l’Institut des études bancaires et financières de Paris, en 1969.

Recruté d’abord par la Libyan Foreign Bank, il enchaîne, pendant 43 ans, les postes de directeur général, de vice-président ou de président du conseil dans plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient et contribue à créer plusieurs banques.

Son parcours le mène ainsi du Tchad (Banque libyo-tchadienne) à AbOu Dhabi (ARBIFT), en passant par le Togo (Banque libyo-togolaise), la Mauritanie (Banque libyo-mauritanienne), le Niger (Banque libyo-nigérienne) et la Libye (Banque du Maghreb arabe pour l’investissement et le commerce). 

En plus de son solide curriculum vitae, son appartenance à la tribu des Werfella, la plus grande de Libye, alliée de Kadhafi, suscite inévitablement l’intérêt du leader libyen. En 1999, Khadafi le charge de piloter le chantier de la création de la BSIC et, ensuite, de la diriger. 

En raison de son âge – près de 80 ans –, Mohamed Hadi Alwarfalli n’aurait pas accepté le poste de PDG mais uniquement celui-ci de président du conseil. 

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