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African Banker

Financer la reprise et affronter les défis climatiques

La Banque européenne d’investissement publie un volumineux rapport sur l’état de la banque et de la finance en Afrique. Les banques traditionnelles ont fait preuve de résilience et se tournent davantage vers la finance verte, constatent ses analystes. Qui encouragent le déploiement de la microfinance.

Par Véronique Clara-Véronne

Une enquête menée auprès de 78 banques africaines par la BEI (Banque européenne d’investissement) confirme la résilience de la finance africaine aux défis de la crise sanitaire. Si les investissements futurs des entreprises sont menacés par une demande réduite et la qualité des actifs, les banques africaines exploitent la technologie numérique et intensifient la finance verte.

« Les banques africaines sont cruciales pour garantir l’accès au financement, ce qui est essentiel pour la croissance du secteur privé et l’action climatique. Elles comprennent également les défis sans précédent déclenchés par la pandémie », résume Thomas Östros, vice-président de la BEI.

« La microfinance a évité une crise de liquidités pendant la pandémie grâce à la résilience des institutions de microfinance, à leurs démarches volontaristes et à l’appui des décideurs politiques. Toutefois, la qualité des actifs semble avoir diminué fortement et pourrait menacer la solvabilité des petits établissements », prévient l’étude.

Certes « le rapport montre à la fois la résilience du secteur financier africain et l’engagement enthousiaste à adopter la numérisation », précise Abdelkader Benbrahim, coordinateur du partenariat Faire fonctionner la finance pour l’Afrique (MFW4A), corédacteur de ce rapport. Dans le même temps, il pointe les risques futurs qui pourraient entraver le financement de la croissance des entreprises, des énergies renouvelables et de la reprise après la pandémie.

 « La pandémie a déjà provoqué des changements majeurs dans la conduite des affaires et a accéléré les tendances de numérisation qui étaient déjà en cours avant la crise mais qui étaient plus lentes à adopter. » La crise a ouvert de nouvelles opportunités aux institutions financières africaines d’innover et de favoriser l’inclusion financière.

« Les banques africaines peuvent également jouer un rôle important dans l’ajustement de la société au changement climatique et contribuer à son atténuation, par exemple en incluant les risques environnementaux dans leur processus de crédit et d’investissement, ou en incitant les clients à investir dans l’environnement », juge Abdelkader Benbrahim.

Ces derniers mois, le secteur financier africain est resté stable mais le financement du secteur privé pourrait se redresser lentement, les petites entreprises et les micro-entrepreneurs étant les plus touchées. Certes, la crise de liquidité dans le secteur bancaire a été évitée, car la plupart des banques étaient bien capitalisées avant la crise et les décideurs ont réagi rapidement.

Toutefois, les impacts persistants peuvent retarder le financement pendant la reprise. Les entreprises de toute l’Afrique ont été durement touchées par la crise et la qualité des actifs du secteur bancaire risque de baisser une fois les mesures de soutien retirées.

La numérisation dans une bonne dynamique

Malgré les progrès, les petites entreprises et les micro-entrepreneurs restent mal desservis et risquent de perdre l’accès au financement si les prêts se redressent lentement. Les prêts aux petites entreprises restent limités par des barrières structurelles, et 55% des banques africaines identifiant les antécédents de crédit et les garanties comme des contraintes majeures ou sévères au financement des petites entreprises. Peu ont signalé ces défis pour les grandes entreprises.

L’adoption rapide de l’argent mobile a été un moteur clé de l’inclusion financière en Afrique. La numérisation des services financiers africains était initialement motivée par de nouveaux entrants dans les secteurs financiers africains, mais le rapport révèle que les banques d’Afrique subsaharienne élargissent désormais leur offre numérique. Cette dynamique de numérisation, que les banquiers jugent durable, est accélérée par la pandémie.

L’enquête révèle que les banques africaines sont de plus en plus conscientes de la nécessité de faire face aux risques posés par le changement climatique et commencent à tirer parti des opportunités de la finance verte. D’autres institutions financières, notamment la microfinance, les capitaux privés et les assureurs, comblent également les lacunes du marché de la finance verte.

En Afrique sub-saharienne, souligne le rapport, la reprise économique devrait être progressive et les besoins de financement sont importants. Une reprise durable et inclusive post-Covid-19 nécessitera 1 000 milliards de dollars supplémentaires par an, en plus des 2 500 milliards $ nécessaires pour atteindre les ODD (Objectifs de développement durable), qui manquaient déjà chaque année avant la crise.

Bien que les flux de financements extérieurs privés se redressent et que le soutien international s’organise, cela ne suffira pas à couvrir tous les besoins. « Dans ce cadre, les secteurs financiers africains peuvent jouer un rôle important en faveur d’une reprise durable, intelligente et inclusive en aidant à attirer les investissements étrangers et à affecter les ressources nationales de manière efficace », souligne le rapport.

Le rôle essentiel de la microfinance

L’activité bancaire dans les pays africains est faible par rapport à la taille de leur économie, et les obstacles au financement des micro entreprises et des PME sont particulièrement importants. Les banques interrogées ont cité le manque de garanties, d’antécédents de crédit et de projets bancables comme les principales contraintes à l’expansion de leur activité de prêt

La microfinance est souvent la seule source officielle de financement pour certains groupes, tels que les pauvres, les femmes et les plus petites entreprises. C’est pourquoi elle joue un rôle essentiel dans la relance économique inclusive.

Au cours de la dernière décennie, l’Afrique a réalisé des progrès notables dans le développement de l’inclusion financière, principalement grâce à l’expansion des services financiers numériques. Toutefois, d’importantes lacunes subsistent dans l’accès au financement, en particulier parmi les plus pauvres, les femmes et les personnes vivant dans des zones rurales difficiles d’accès.

« La microfinance a évité une crise de liquidités pendant la pandémie grâce à la résilience des institutions de microfinance, à leurs démarches volontaristes et à l’appui des décideurs politiques. Toutefois, la qualité des actifs semble avoir diminué plus fortement que dans d’autres régions et pourrait menacer la solvabilité des petits établissements », prévient l’étude.

De son côté, le capital-investissement en Afrique est très limité par rapport à d’autres régions, « mais il joue un rôle important dans le soutien aux jeunes entreprises innovantes et aux nouvelles industries », juge la BEI. Qui considère que « la faiblesse prolongée des levées de fonds rendra probablement difficile le maintien de volumes d’investissement élevés à l’avenir ».

L’année dernière, la BEI a fourni plus de 5 milliards d’euros de nouveaux financements pour soutenir plus de 12 milliards d’euros d’investissements privés et publics transformationnels, à travers l’Afrique.

@VCV

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