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African Banker

Comment poursuivre l’activité en 2021 ?

Après le choc constitué par la crise sanitaire, les banques africaines ont plutôt bien résisté. L’année 2020 a accéléré la digitalisation de la profession, ce qui représente autant d’opportunités que de risques, notamment en matière de protection des données.

Par Paule Fax

Les banques et institutions financières ont, très tôt, mis en œuvre des plans de continuité de l’activité, face à la pandémie de la Covid-19. Quelles seront leurs priorités, ces prochains mois, tandis qu’incontestablement, l’année 2020 a changé la donne ? Trois spécialistes de l’ingénierie financière, réunis par i-conférences, apportent leurs connaissances et leurs réflexions.

L’Afrique a d’incroyables ressources, et qu’il convient d’être optimiste. Les jeunes ont une capacité forte d’adaptation, c’est de la jeunesse que viendront les réponses aux problèmes de connexion, de technologies différenciées, que l’on rencontre encore sur le continent.

Mounir Soussi est manager chez Dell Technologie. Il revient sur l’impact de la pandémie pour les industries de la technologie et de la finance. L’année écoulée a été marquée par une accélération de la digitalisation ; 80% des clients ont participé, d’une manière ou d’une autre, à la transformation digitale.

Cette évolution est créatrice d’opportunités, que ce soit dans le Mobile Banking, dans les solutions de paiements en ligne… De plus, les banques et institutions financières utilisent davantage les technologies afin de mieux apprécier les risques (fraudes, faillite, etc.). Ceci entraîne, en parallèle, une meilleure rationalisation des agences, dans la distribution des produits bancaires et d’assurances. Bref, la pandémie a été accélératrice de la transformation digitale.

Nous voyons aussi apparaître de nouvelles synergies entre les processus des métiers à la banque et les solutions technologies, ce qui accroît, finalement, la résilience de l’ensemble. Et, fait nouveau, nous voyons davantage de banques et institutions financières soucieuses d’investir dans la formation des ressources humaines. La connaissance est davantage partagée, dans la banque africaine, elle n’est plus réservée aux cadres dirigeants.

Souleymane Diaw évoque le cas de la Banque nationale de développement économique du Sénégal, dont il est directeur adjoint. Cette institution est de création récente. Son agilité lui a permis de s’adapter aux comportements nouveaux décrits par Mounir Soussi. Ne serait-ce que dans le dialogue avec les clients à distance. Beaucoup de managers ont appris sur le tas.

Le DG décrit un élément peu mentionné : dans de nombreux cas, les malades atteints de la Covid-19 ont été stigmatisés, tenus à l’écart au sein de leur bureau. Il a donc fallu aux cadres dirigeants adopter de nouvelles attitudes, en matière de ressources humaines, afin de ne laisser personne de côté durablement. Sans compter la gestion des effectifs et de la maladie elle-même.

De coûteux chantages en ligne

Toute opportunité vient avec des risques qui n’ont pas été planifiés, fait observer Mounir Soussi. Qui évoque des cyberattaques très importantes, ces douze derniers mois. Ce phénomène n’est pas une surprise. En 2019, le cabinet Accenture évoquait des pertes de fonds de l’ordre de 5 200 milliards de dollars, dans le monde, en cinq ans !

L’impact d’une seule cyberattaque sur une entreprise est passé à 13 millions $, en moyenne. Une attaque signifie perte de revenus, de crédibilité, d’image, des frais d’avocats et de communication, etc. Cet impact a quasiment doublé en deux ans.

ESG évalue, pour la région MENA, que quatre serveurs sur cinq ont subi des attaques, en 2020. Tandis que quatre décideurs sur cinq ne se sentent pas armés, en Afrique, pour affronter ce type d’attaques. L’Afrique, notamment ses secteurs financiers et bancaires, va subir des pressions de plus en plus fortes en raison de ce risque.

Celui-ci doit être correctement planifié, afin que les usages progressent dans les meilleures conditions, par exemple dans le « Cloud ». Les données clients sont, par définition, très sensibles. Il ne s’agit pas de se lancer, de manière aveugle, dans des technologies qui ne seraient pas pleinement sécurisées. Les gouvernements et Banques centrales doivent se montrer très sévères sur ce point, ce qui n’est pas encore tout à fait le cas en Afrique, tandis que les pays européens sont plus avancés.

Le manager de Dell dévoile quelques chiffres : 39% des attaques proviennent de ramsonware, c’est-à-dire de chantage en ligne. Et 92% d’entre eux sont très difficiles à détecter. Deux tiers des victimes ont subi des conséquences négatives de ces chantages. En moyenne, les pirates demandent 30 000 dollars !

Néanmoins, poursuit-il, la technologie permet un équilibre entre utilisation et protection de la donnée ; une gouvernance africaine est donc possible. Le défi réside désormais dans la publication des bons textes, une harmonisation des législations. Un citoyen du Togo, par exemple, n’a pas à être l’otage d’un hébergeur de données situé hors de sa région.

Ibrahima Magassouba représente la Banque nationale de Guinée. Il considère que depuis le début de la pandémie, et la perturbation des chaînes de valeur mondiale, les organisations ou établissements bancaires qui disposaient d’un plan d’activité et de continuité ont limité les effets dévastateurs. L’exposition au risque est une donnée constante ; les banques s’emploient en permanence à développer les capacités d’appréhension de ces risques et de résilience.

Un accès hétérogène aux technologies

Il relève cinq types de risques : cybernétiques, sanitaires, de réglementation, de marché, de catastrophe naturelle. Chaque risque a trois composantes : la menace (humaine ou un aléa), la vulnérabilité, l’impact. Au niveau des banques, les risques cybernétiques sont majeurs, confirme-t-il.  Les menaces d’intrusions sont très élevées dans le domaine financier, surtout avec l’essor récent du télétravail.

Cet outil a permis aux banques de « sauver les meubles » mais il a des implications en matière de sécurité. D’autant que les systèmes bancaires sont amenés à développer des interfaces avec d’autres produits, comme dans le Mobile Banking.

L’exposition au risque technologique est une dimension qu’il faut davantage prendre en compte dans les prochains plans de continuité. L’Afrique n’est pas en avance sur ce point, mais n’est pas inerte ; plusieurs initiatives prennent en compte comme il convient la sécurité des systèmes. Tandis que les banques adoptent progressivement les normes de sécurité les plus strictes. Au 31 décembre 2020, la plupart des banques seront aux normes de la technologie Swift, notamment.

Souleyma Diaw confirme : la technologie permet presque tout ! Encore faut-il que le cadre législatif suive. Nous devons obtenir une internationalisation des cadres juridiques, définir des passerelles entre les différentes législations. On relève des initiatives, en Afrique de l’Ouest, mais elles sont encore disparates. Le Sénégal est plutôt bien placé. Le pays amende sa loi de 2008 ; un nouveau texte devrait offrir un meilleur cadré légal à la protection de la donnée, à l’Intelligence artificielle, à l’utilisation du « Cloud ».

Les utilisateurs doivent savoir si les données qu’ils communiquent sont conservées dans l’espace ouest-africain ou non. C’est certain, il va falloir changer, très rapidement, nos habitudes, dans le monde financier. Ce qui n’est pas si facile, tandis que les clientèles vivent dans des décennies différentes !

Certains découvrent le monde digital, d’autres sont de plain-pied dans le numérique, d’autres restent dans l’analogique. Tout cela dans un même pays… Or, on ne propose pas le même produit à un client qui n’a qu’un accès limité à l’Internet qu’à celui qui vient d’acquérir la 5G.

Une jeunesse au fait de la technologie

Ibrahima Magassouba juge que les initiatives africaines sont plutôt rassurantes. En Afrique de l’Ouest, nous arrivons à un système unique de paiement. Dans ce cadre, le volet sécurité est très pertinent. À l’échelle de l’Afrique, il existe également des initiatives en faveur d’un système unique de paiement, l’Union africaine en discute. Le bras financier de la Zone de libre-échange devient une réalité ; la structure tiendra le choc, côté sécuritaire. Les organismes interbancaires sont très performants.

Une zone d’ombre demeure dans l’« open banking », qui permet à des organismes non bancaires de disposer de données sensibles. Il devient nécessaire de définir un cadre réglementaire précis. Qui devra être assez agile pour s’adapter à un monde financier en forte évolution.

Mounir Soussi (Dell Technologies) considère que l’Afrique a d’incroyables ressources, et qu’il convient d’être optimiste. Les jeunes ont une capacité forte d’adaptation, c’est de la jeunesse que viendront les réponses aux problèmes de connexion, de technologies différenciées, que l’on rencontre encore sur le continent.

Un avis partagé par Souleyma Diaw qui s’attend à « un saut technologique » permettant de généraliser l’usage des nouveaux outils dans la population, y compris chez les moins jeunes.

PF  

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