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African Banker

BAD : Confiance maintenue de S&P… et des actionnaires ?

L’agence S&P maintient sa notation AAA à l’égard de la Banque africaine de développement. Ce, alors que quelques inquiétudes se font jour concernant l’apport de tous les actionnaires à l’augmentation de capital, pourtant votée à l’unanimité en 2020.

Par Laurent Soucaille 

L’agence de notation S&P Global a confirmé la note de crédit « AAA/A-1+ » de la BAD (Banque africaine de développement) pour ses émissions en devises. Cette note « triple A » est assortie d’une perspective stable.

L’agence de notation américaine motive sa décision par le sentiment que la BAD, au cours des deux prochaines années, « continuera de gérer de manière prudente son capital tout en maintenant un niveau de liquidité robuste composé d’actifs de haute qualité, et un profil de financement solide ».

Les analystes de l’agence américaine ont intégré, dans leur appréciation, la dégradation de la notation du Canada, intervenue en juin 2020. Mécaniquement, cette dégradation a des répercussions sur la qualité de la signature de la BAD.

De plus, l’agence de notation estime que « le soutien extraordinaire des actionnaires de la banque restera intact ». Ce rapport de notation, daté du 29 janvier 2021, prend en compte l’augmentation de capital de 115 milliards de dollars de la Banque, approuvée par les actionnaires en octobre 2019.

S&P poursuit : « Notre notation de la BAD reflète son rôle important en Afrique, marqué par une longue expérience dans l’accomplissement de son mandat de développement à travers les cycles économiques, combinée à un solide soutien de ses actionnaires. »  En octobre 2019, les actionnaires de la banque ont approuvé sa septième augmentation générale de capital (GCI-VII), augmentant effectivement sa base de capital de 115 milliards $, à 208 milliards.

L’agence de notation juge que l’augmentation de capital « permettra à la BAD de continuer à étendre la portée de ses opérations, en particulier à la lumière de l’accent renouvelé mis sur le financement des infrastructures et les prêts au secteur privé ». S&P constate que la banque a déjà connu une croissance régulière au fil des ans. Aussi, est-elle « en mesure de soutenir les efforts croissants de mobilisation de ressources, et attirer des fonds supplémentaires du secteur privé ».

L’augmentation de capital n’est pas achevée

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, considère que le maintien de ce AAA « confirme la gestion financière prudente des finances et des risques de la Banque africaine de développement, ainsi que la solidité de ses systèmes de gouvernance ».

Il rappelle, dans un communiqué publié le 2 février, que la banque a été en mesure de maintenir « ses normes élevées » malgré les défis considérables posés par la pandémie de la Covid-19, toujours en cours.

« La BAD reste déterminée à fournir aux pays africains le soutien financier dont ils ont besoin, et nous continuerons à gérer les risques et les besoins en capitaux pour aider leurs économies à se redresser et à devenir encore plus fortes. Akinwumi Adesina conclut : « Nous devons également reconnaître le soutien indéfectible de nos actionnaires qui nous font confiance ».

Ses propos font écho à des informations de presse faisant état d’un certain retard pris par l’augmentation de capital, ici saluée par S&P. Certains pays semblent attendre le dernier moment avant de verser leur dû. Selon le site Financial Afrik, seuls 16 pays sur 81 avaient libéré les 7% de leur quote-part, au 30 novembre 2020.

En l’occurrence dix africains, le Nigeria, le Sénégal, le Maroc, le Bénin, l’Erythrée, le Burkina Faso, le Kenya, le Lesotho, le Rwanda, la Libye. Et six pays non régionaux, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, la Norvège, l’Arabie saoudite, l’Espagne. D’autres partenaires, et non des moindres (États-Unis, Grande-Bretagne, Canada, ainsi que la France) tarderaient à concrétiser leur apport à l’opération financière de la banque.

La note AAA de S&P vient néanmoins atténuer les inquiétudes. En effet, les analystes américains ont intégré, dans leur appréciation, la dégradation de la notation du Canada, intervenue en juin 2020. Mécaniquement, cette dégradation a des répercussions sur la qualité de la signature de la BAD, puisque l’institution africaine est adossée à une garantie de capital de ses partenaires.

Si l’un d’eux devient plus « risqué », la BAD perd un partenaire sûr. La banque africaine se tourne vers l’Allemagne, qui conditionnerait un relèvement de ses garanties à une augmentation de ses droits de vote, ce que les statuts de la BAD ne permettent pas, en l’état.

Va-t-on vers une « réduction de voilure », comme le craignent certains spécialistes, c’est-à-dire une réduction des financements de la BAD à l’économie africaine ? Pour l’instant, rien ne l’annonce.

LS

 

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