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African Banker

Afrique : Les banques financent trop peu le commerce

Il est nécessaire de financer les activités commerciales pour assurer leur relance, souligne un rapport. Qui pointe que 40% seulement des activités commerciales en Afrique sont financées par l’intermédiaire des banques. 

Par Laurent Soucaille

Afreximbank et la BAD (Banque africaine de développement) publient le troisième volet de la série de recherches Trade Finance in Africa. Le rapport pointe les caractéristiques des financements du commerce en Afrique lors de la décennie écoulée. Il met en évidence un certain relâchement des banques dans ce type de financement, tandis que de nouvelles contraintes apparaissent.

« Nous espérons que les conclusions de ce rapport motiveront les décideurs politiques et les experts du secteur pour l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies permettant de rendre le financement des activités commerciales plus accessible aux opérateurs africains. »

Les auteurs comparent l’attitude des banques au regard du poids du commerce dans l’économie mondiale ou africaine. Entre 2011 et 2019, le déficit de financement du commerce en Afrique avoisine 91 milliards de dollars.

Ce déficit avait diminué lentement mais régulièrement, revenant à 70 milliards $ fin 2016, avant de se creuser depuis, à 82 milliards $. Soit, d’après les estimations, 5,5% de l’écart de financement du commerce mondial. On le sait, le commerce africain total ne représente que 3% du commerce mondial.

Pour la période 2011-201919, la taille moyenne du financement du commerce assuré par les banques en Afrique ressort à 417 milliards $. Le commerce africain total pour la même période s’établissant en moyenne à 1077 milliards $, les banques ont dont financé en moyenne 40% du commerce de l’Afrique. En comparaison, 80% du commerce mondial est financé par les banques, ce qui suggère que le commerce africain est nettement mal desservi par ces institutions financières.

Lentement, la contribution des banques au financement du commerce a diminué, d’un sommet de 17% en 2011 et 2012 à 10% en 2018-2019. Entre 2014 et 2019, les revenus du financement du commerce ont diminué pour toutes les banques, à l’exception des institutions publiques nationales.

« Cela pourrait être le résultat de frais élevés de la part de clients captifs de banques publiques », commentent les auteurs. En effet, pour la même période, la commission moyenne d’ouverture de lettre de crédit facturée par les banques publiques était le triple de celle facturée par les banques privées.

Des PME rentables mais délaissées

Sur la période, le commerce intra-africain représentait environ 17% du total du financement, soit une part équivalente à ce qu’il représente dans le commerce africain. Ce qui fait conclure aux auteurs que le commerce intra-africain a reçu « sa juste part » de financement.

Concurrence, nouvelle réglementation bancaire sur la connaissance du client, lutte contre le blanchiment d’argent et des exigences de capital strictes introduites après les crises financières mondiales ont augmenté les coûts des dossiers et diminué les marges. Cela a rendu les petites transactions, en particulier pour les PME, non rentables pour les banques.

Pourtant, les taux de défaut des PME du secteur ont fortement diminué. La part des demandes de financement du commerce des PME rejetées par les banques est passée de 20% en 2013 à 40% en 2019. Aujourd’hui, la crainte est que la pandémie de Covid-19 n’aggrave encore le taux de rejet des demandes de financement du commerce des PME et ne fasse dérailler les progrès réalisés.

Les taux de défaut sur les transactions liées au commerce en Afrique ont toujours été inférieurs à ceux des prêts bancaires globaux. En 2017-2019, le taux de défaut moyen était de 7,5% sur les facilités de financement du commerce, contre 11% pour les prêts improductifs moyens globaux pour la même période.

Fait saillant : les données montrent donc que le respect des réglementations internationales strictes en matière affecte l’accès au financement du commerce pour les entreprises en Afrique. Parmi les contraintes nouvelles, les banques citent les procédures de KYC (Know Your Customer, connaissez votre client) et d’AML (Anti-Money Laundering) de lutte contre la fraude et le blanchiment.

De l’intérêt des institutions de développement

De 2015 à 2019, 16% des banques interrogées ont indiqué que la conformité KYC était la troisième raison la plus importante de rejet des demandes de financement du commerce.

Cette constatation concorde avec « les conclusions d’une enquête récente qui a identifié le KYC comme le principal facteur influençant le volume du taux de rejet ». Alors que les exigences réglementaires liées au KYC-AML sont devenues plus strictes, les banques sont également devenues plus sélectives, s’éloignant des clients qui présentent des risques importants pour moins de rémunérations.

De leur côté, les Institutions financières de développement (IFD) jouent un rôle plus actif dans le soutien de l’intermédiation du financement du commerce en Afrique. En 2015-2019, 60% en moyenne des banques qui se sont engagées dans des activités de financement du commerce ont reçu une forme ou une autre de soutien des IFD.

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